Journées de la recherche Valorex : Produire moins pour gagner plus?

Valorex, qui s’est spécialisée depuis 1992 dans la thermo-extrusion des graines oléagineuses, organisait les 5 et 6 avril derniers ses troisièmes journées de la recherche, sur le thème « L’agriculture à vocation santé et environnement, le champ des possibles ». L’occasion aussi pour la société d’annoncer le référencement de sa méthode Bleu-Blanc-Cœur par le ministère de l’écologie dans la réduction des émissions de méthane des ruminants.

Fidèle à son axe de valorisation des plantes dans la nutrition animale, Valorex a réussi à prouver scientifiquement l’effet bactéricide et anti méthanogène des oméga 3, largement présents dans les graines de lin.

Les journées de la recherche de Valorex, organisées les 5 et 6 avril à Pacé, près de Rennes, ont réuni trois fois plus de participants cette année (près de 200 personnes, venues de toute la France mais aussi d’Israël, Estonie, République tchèque, Italie, Espagne, Suède…), s’est réjoui Pierre Weil, président fondateur de la société. Ce rendez-vous fixé tous les trois ans est l’occasion de faire état des résultats de différents projets de recherche menés par les équipes scientifiques de Valorex, en partenariat avec l’Inra et d’autres instituts.

L’un des thèmes majeurs développés lors de ces rencontres concernait l’interaction entre la filière production animale et l’environnement, et en particulier les problématiques liées aux émissions de méthane entérique des élevages. Guillaume Chesneau, directeur de la R&D de Valorex, s’est ainsi penché sur les « relations vertueuses » entre lipogénèse et méthanogénèse, autrement dit entre la synthèse du méthane et des lipides, expliquant que le profil des acides gras du lait était un bon indicateur de l’émission de méthane. « La synthèse du méthane est un processus naturel de la digestion de la fibre, a rappelé Guillaume Chesneau. Le méthane éructé vient de l’excès d’hydrogène émis lors de la synthèse des acides gras volatils. On ne peut rien contre ce phénomène mais on peut faire baisser le niveau des émissions de méthane. » Ainsi plusieurs expériences relevant du projet Milko-méthane (pour lequel Valorex a déposé un brevet) ont démontré que plus il y avait d’acides gras de novo dans le lait, plus il y avait de méthane dans l’air, la mesure pouvant désormais s’établir à partir d’une méthode de routine par infrarouge.

S’appuyant sur une mise pratique effectuée dans le cadre du projet Greener cow, démarré en 2008 aux États-Unis par Valorex et Stonyfield, Guillaume Chesneau est venu exposer la corrélation positive et linéaire entre l’apport du lin et les émissions de méthane. Le projet concernait une quinzaine de producteurs bio de lait qui ont, pendant un an, élaboré des rations d’herbe et de foin naturellement riches en oméga 3 (lin, luzerne, pois, féverole…) ; il est ressorti de ce régime alimentaire un lait contenant moins d’acide palmitique (jusqu’à -13 %), une augmentation des oméga 3 (jusqu’à + 31 %), une réduction du méthane entérique allant de 15 à 22 %, « et une performance en hausse si l’on considère l’augmentation de la production de lait, à mettre en corrélation avec l’énergie non gaspillée ». L’augmentation des performances vient d’ailleurs compenser le surcoût engendré par le choix de ce régime à base de graines protéagineuses, précise Béatrice Dupont, directrice commerciale de valorex : « La ration à base de lin revient à 5 % plus chère en moyenne que la ration normale, mais la production de lait augmente assurément de 5 à 10 % »

Crédits carbone

Le méthane entérique, qui représente « 3 à 8 % des gaz à effets de serre », est « d’abord une perte économique pour l’éleveur », souligne Pierre Weil. Et de rappeler qu’une vache produisant 15 000 litres de lait n’émet pas autant de gaz que 3 vaches produisant 5 000 l. « Le modèle du futur serait une vache productive avec un impact moindre sur l’environnement », se plaît à imaginer le président de Valorex. En attendant il est possible de valoriser les effets de la nutrition sur le profil des acides gras du lait et d’y trouver un impact positif sur l’environnement. C’est tout le sens de la démarche Bleu-Blanc-Cœur défendue par Valorex, qui vient d’être reconnue par le ministère de l’Écologie comme méthode de réduction du méthane entérique, permettant désormais de monter un projet domestique rémunérateur (voir encadré). « Les revenus engendrés par l’application de cette méthode peuvent s’estimer à 0,4 centimes pour 10 000 litres de lait, sachant qu’une tonne de CO2 non émis vaut environ 10 euros », explique Pierre Weil.

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Sarah Le Blé

La méthode Bleu-Blanc-Cœur reconnue par le ministère

« L’association Bleu-Blanc-Cœur est la partie émergée de l’iceberg, connue du grand public », a rappelé Pierre Weil. Le président de Valorex a profité de ces journées de la recherche pour annoncer la reconnaissance officielle de l’efficacité environnementale de la méthode Bleu-Blanc-Cœur par le ministère de l’écologie et du développement durable. La mesure du méthane via les acides gras du lait va en effet faciliter le montage de projets domestiques permettant de compenser financièrement les rejets de gaz carboniques évités en URE (Unités de réduction d’émissions). « La possibilité de monter des projets domestiques entre dans un dispositif mis en place en 2007 par le ministère de l’écologie et le ministère de l’économie, a précisé Dimitar Nikov, du bureau des crédits carbones du ministère. C’est une application nationale de l’article 6 du protocole de Kyoto, qui vise à inciter financièrement la réduction des émissions de CO2, en complément du système communautaire d’échange de quotas d’émissions (SCEQE) ». Les porteurs de projet doivent pour cela s’appuyer sur une méthode de référencement reconnue par le ministère. Treize méthodes sont référencées à ce jour, avec celle de Valorex, et trois méthodes sont en cours d’instruction, dont celle défendue par Coop de France Déshydratation, qui vise à réduire l’énergie fossile au profit de la biomasse, et celle d’InVivo, concernant la dénitrification des sols agricoles par l’insertion de légumineuses dans les rotations agricoles.

« L’idée est maintenant de rallier les éleveurs à ce projet et de mettre en place une application avec des groupes d’éleveurs pour récupérer les équivalents gaz carboniques », annonce Pierre Weil. « On va vers une démarche de l’éleveur responsable et non plus de l’éleveur pollueur », a conclu le président de Valorex.

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 646 – Mai 2011

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