Journées de la recherche cunicole : recherche et innovation pour la filière lapin

Petite par sa taille, la filière cunicole française est néanmoins très dynamique. Toute la profession s’est réunie au Mans fin novembre pour deux journées consacrées à la recherche cunicole. Les développements scientifiques et techniques dans le secteur de l’élevage du lapin y ont fait l’objet d’une cinquantaine de communications. Voici un résumé de celles ayant trait à l’alimentation.

Cesare Castellini, de l’université Pérouse, en Italie, a présenté un travail s’interrogeant sur les effets des acides organiques sur la santé digestive. Partant du principe que les pathologies digestives post-sevrage sont la cause principale de la morbidité et de la mortalité en engraissement chez les lapins, l’équipe de Romero et Castellini a entrepris de tester l’effet des acides formiques et citriques comme alternative aux antibiotiques. Dans leurs essais, une supplémentation a été menée dans le cadre d’une restriction alimentaire, pratique courante pour son effet positif sur la mortalité.

Preuve du dynamisme et du progrès de cette filière, en 2010 l’indice de consommation des lapins s’est amélioré de 2 %. Les élevages alternatifs restent rares en lapins. Le label rouge est quasi inexistant et le bio peine à se développer.

À l’occasion de deux expérimentations, 240 lapins ont testé soit un régime contenant un mélange d’acides formique et citrique microencapsulés additionnés de colistine, soit des régimes identiques non supplémentés en acides mais enrichis en colistine et/ou bacitracine de zinc. En termes de résultats, « l’effet de cette suplémentation en acides est significatif sur la croissance en fin d’engraissement. La faible mortalité observée, peut-être due à la stratégie de restriction alimentaire, n’a pas été réduite par les acides. Le régime acidifié a donné des villosités du jujénum plus longues, ce qui est bénéfique au lapin en augmentant la surface d’absorption des nutriments. » (…)

Matières premières et additifs

Benoît Teillet, de la société Copri, a testé une matière première distribuée en France par son entreprise : le Sanigut. « C est un extrait de caroube obtenu par décorticage et broyage partiel de la graine. Il a la particularité d’être riche en tanins, 2,4 %, et en mananes, 24,6 % », décrit-il. Copri l’a testé dans sa ferme expérimentale pour observer les performances d’engraissement et de viabilité du lapin. « Au niveau sanitaire, incorporée à hauteur de 5 kg / t et 3,5 kg / t, la graine de caroube montre un effet positif sur les mortalités par diarrhées en début d’engraissement, relève Benoît Teillet. Par contre, aucun effet sur les performances de croissance et l’efficacité alimentaire n’a été démontré mais le rendement à l’abattage tend à être amélioré dans le cas du dosage à 5 kg / t. »

La société Techna a quant à elle travaillé sur le mash. Gwénaël Rebours a présenté un essai sur l’effet de l’introduction d’aliment sous forme de matière première en l’état dans le régime des lapins en croissance entre 32 et 70 jours d’âge. (…) Il s’avère que malgré une bonne consommation du mash, sans gaspillage, le poids, la croissance et l’indice de consommation ont été affectés négativement par le mash sur la première phase de rationnement : quel que soit le taux de mash incorporé, la consommation est supérieure aux granulés, ce qui dégrade les performances zootechniques. « Une croissance compensatrice s’est ensuite mise en place sur la période d’alimentation à volonté mais qui ne permet pas d’atteindre le niveau de croissance du régime sans mash. » (…)

François Le Bas a présenté, au nom de l’association Cuniculture, un essai sur la présence accidentelle de formol dans l’aliment. « À la suite du tannage ou de l’utilisation de tourteaux tannés au formol dans les usines d’alimentation du bétail, une contamination accidentelle des circuits peut exister et les aliments pour lapins peuvent alors contenir du formol en quantité plus ou moins importante, introduit-il. Pour déterminer quelle était l’incidence de cette présence accidentelle dans une formule, un aliment a été artificiellement contaminé à 0 – 15 – 30 et 100 ppm. »

Il s’avère que la présence de formol entraîne un comportement de sélection : que l’aliment soit fraîchement sorti d’usine ou fabriqué depuis plus de 3 semaines, les lapins ayant le choix préfèrent l’aliment témoin à celui contenant du formol. (…) Les craintes d’une altération substantielle de la valeur nutritive des aliments pour lapin en cas de contamination accidentelle par du formol dans les circuits de fabrication s’avèrent donc non fondées. (…)

Conduite alimentaire

Thierry Gidenne, de l’Inra UMR Tandem, Castanet-Tolosan, a présenté un travail mené par le GEC, groupement d’expérimentation cunicole, réunissant les firmes et les entreprises de recherche publique, sur l’effet d’un traitement croisant restriction alimentaire et variation du taux protéique sur les rejets azotés. « Pour aider les lapereaux à lutter contre les troubles digestifs post-sevrage, il est devenu courant de rationner l’aliment, rappelle Thierry Gidenne. Mais si la mortalité post-sevrage est ainsi réduite, particulièrement en lien avec les troubles digestifs lors des épisodes d’enterocolite épizootique, la croissance et le rendement à l’abattage sont défavorablement affectés. Le GEC, groupement d’expérimentation cunicole, a donc voulu tester l’effet sur ces paramètres d’un aliment certes rationné mais enrichi en protéines. »

L’essai a ainsi croisé une alimentation restreinte et ad libitum, et un régime à haut niveau protéique (18 %) contre un régime à teneur basse en protéine (15 %). Il en ressort que « la restriction alimentaire améliore la digestibilité de l’énergie et des fibres, tandis que le niveau protéique n’a pas d’effet : le lapin restreint s’adapte donc en augmentant sa capacité de digestion, et sa croissance est moins affectée qu’attendu. (…) »

Angélique Travel de l’Itavi, UMT Bird, Centre Inra de Tours, à Nouzilly, a présenté les résultats de ces mêmes essais du GEC, sur le rendement carcasse et la qualité de la viande. « L’application d’une stratégie de restriction engendre évidemment une moindre vitesse de croissance, mais dégrade aussi le rendement des carcasses. (…) »

La taille moyenne des ateliers cunicoles français est passée de 565 cages-mères en reproduction en 2009 à 582 en 2011. Plus de 90 % des élevages cunicoles français fonctionnent en bande unique avec un rythme de reproduction de 42 jours.

« Aucun effet significatif de la teneur en protéine de l’aliment n’a été observé sur le poids vif des lapins à 70 j ni sur le poids du tube digestif. Mais l’augmentation du niveau protéique de la ration a conduit à une légère amélioration du rendement à + 0,3 point et de l’adiposité de la carcasse qui est inférieur de – 0,2 point.(…) »

Enfin, en termes de qualité des viandes, l’étude révèle « des interactions significatives entre la teneur en protéines de l’aliment et le niveau d’alimentation sur la luminance et l’indice de rouge de la viande du râble. Le rationnement a légèrement augmenté le pH ultime de la viande du râble, la restriction a réduit la coloration de la viande (…). »

Rythme d’alimentation

Mélanie Martignon, de l’Anses laboratoire de Ploufragan-Plouzané / Inra Castanet-Tolosan, a également présenté un travail sur les effets de la restriction alimentaire, mais observée du point de vue comportemental. Pour valider les conséquences d’une restriction alimentaire sur le comportement et le bien-être des lapins, cette étude a consisté à observer deux groupes de lapins, les uns nourris ad libitum, les autres restreints. « Les lapins du premier groupe se nourrissent régulièrement tout au long du nychtémère, avec deux périodes privilégiées : la première heure d’obscurité et au cours des deux heures précédent la phase lumineuse, décrit la chercheuse. Mais ils effectuent autant de repas pendant la période diurne que nocturne ; cette alimentation en repas multiples est une spécificité des lapins. Pour les animaux soumis au régime restreint, le pic de consommation se situe dans l’heure qui suit la distribution, c’est-à-dire en début de période lumineuse. Ils ont tout consommé en 8 heures mais continuent de fréquenter la mangeoire. Aucun comportement d’agressivité ou de stéréotypie supplémentaire n’a été noté : les fréquences de lésions sont similaires dans les deux groupes. » Les auteurs de l’étude notent néanmoins que la restriction alimentaire n’a pas entraîné les effets positifs attendus sur les performances de croissance : les animaux rationnés recevaient 75 % de l’ingéré volontaire du lot ad libitum.  (…)

Françoise Foucher

 … Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 653 – Janvier-Février 2012

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