Transport des matières premières : performance et engagements

Face à l’écotaxe et au nouveau décret 44 tonnes, les transporteurs de matières premières doivent trouver des solutions pour rester compétitifs. Les coûts de transport se négocient de plus en plus avec les fabricants d’aliments et les exigences réglementaires se font de plus en plus strictes. Il faut savoir anticiper et une des solutions se trouve dans la mise en place de systèmes qualités performants, assurant engagement et confiance auprès des industriels.

Le transport de matières premières se doit d’être irréprochable aussi bien au niveau de la qualité que de la logistique. Les fabricants d’aliments ou les firmes-services établissent des plannings de production précis. Tout retard de livraison ou l’annonce de non-conformité peut entraîner des décalages de fabrication et donc probablement des pertes. La confiance que peut avoir un industriel envers son transporteur passe par des engagements mutuels et la recherche d’une relation longue durée de plus en plus difficile à maintenir. Les appels d’offres se multiplient et la concurrence entre les groupes de transporteurs et les indépendants devient rude, surtout en ces temps de nouvelle taxe et nouveau décret. Chacun cherche à proposer le meilleur rapport qualité-prix.

Pour se démarquer, l’une des solutions est de mettre en place des démarches qualité certifiées. En interne, elles permettent au transporteur de matières premières d’instaurer un ensemble d’actions garantissant un personnel qualifié et responsabilisé, une flotte de camions entretenus et une traçabilité complète. En externe, le transporteur est garant d’une qualité qu’il peut valoriser auprès de ses clients et ainsi mieux justifier ses coûts.

Qualimat Transport

M. Paul Bousquin, référent Qualimat Transport : «  Notre reconnaissance au niveau de l’Europe apporte une valeur ajoutée pour les transporteurs engagés ».

M. Paul Bousquin, référent Qualimat Transport : « Notre reconnaissance au niveau de l’Europe apporte une valeur ajoutée pour les transporteurs engagés ».

Paul Bousquin, référent Qualimat Transport, administrateur référent du dossier transport au sein du conseil d’Administration de l’Association Qualimat , anime depuis environ 2 ans le comité de suivi du référentiel  « Qualimat Transport ». L’association a commencé à s’intéresser dans les années 1990 à la propreté des bennes et à la prévalence de salmonelles. Elle s’est vite rendu compte, après des enquêtes d’évaluation en directe des bennes (prélèvements de croûtes, que l’on ne trouve plus aujourd’hui, et passage de chiffonnettes pour analyses), qu’il y avait des risques de contaminations entre deux chargements. « Les fréquences de présence de salmonelles étaient vraiment élevées », précise M. Bousquin.

En 2000, l’association a donc décidé de créer un cahier des charges nommé Qualimat Transport, en collaboration avec l’Afab (aujourd’hui Nutrinoë) et des fabricants des Pays de la Loire. Ce regroupement a permis d’établir une synthèse des cahiers des charges des fabricants d’aliments et d’en proposer un « unique ». « Suite à la découverte de ces risques de contaminations, beaucoup de fabricants d’aliments avaient mis en place leur propre cahier des charges, indique M. Bousquin. Mais pour les transporteurs, cela représentait trop de documents différents à traiter. »

C’est en 2001 qu’est apparue la première version du cahier des charges Qualimat Transport. Il concerne le transport « par route, en vrac, par des professionnels du transport de produits à destination des animaux producteurs de denrées alimentaires ». Les transporteurs ont très vite souhaité être impliqués.

En 2002, une version 2 est rédigée et est signée par les fabricants d’aliments et les représentants des transporteurs qui intègrent également le comité de suivi. En 2004, une version 3 intégrera les organismes certificateurs étrangers. Les premiers audits des transporteurs débutèrent en 2005 et étaient renouvelés tous les 18 mois.

Depuis 2007 et jusqu’à aujourd’hui c’est la version 4 du cahier des charges qui est la référence. Le cahier des charges bénéficie d’une reconnaissance mutuelle avec d’autres référentiels européens (GMP+ pour les Pays-Bas, QS pour l’Allemagne et Ovocom pour la Belgique). C’est pourquoi les audits sont dorénavant réalisés tous les 12 mois.

Une version 5 est en cours d’élaboration. Elle intègrera notamment la suppression de l’Annexe 1 du cahier des charges et la bascule sur l’IDTF (International database transport (for) feed) (voir encadré).

Engagement du transporteur…

Chaque marchandise est classée selon son risque de contamination. Tous les partenaires européens réunis au sein de l’ICRT (Comité international pour le transport routier) (voir encadré) apportent leur expertise afin de définir le niveau de nettoyage approprié. Il est possible de consulter cette liste dans une base de données : l’IDTF. « Mais attention, certaines spécificités ou certaines exigences réglementaires entre pays peuvent amener à des différences  lors de classement de certaines marchandises», rappelle M. Bousquin.

Si un transporteur souhaite être référencé, il doit respecter le cahier des charges qui répertorie toutes les exigences souhaitées. Des procédures adaptées doivent être mises à jour régulièrement, comprises et appliquées par le personnel, et mises à disposition lors des audits. « Il est important de rappeler que le cahier des charges est élaboré en collaboration avec des transporteurs qui peuvent donc donner leur avis sur la faisabilité de telle ou telle exigence. »

En cas de non-conformité ou de litige, le transporteur doit être en mesure de réagir rapidement par la mise en place d’actions correctives et d’amélioration. Les audits permettent de repérer des points à améliorer et de vérifier le suivi sur une longue durée des actions mises en place au sein de l’entreprise.

Les audits permettent de repérer des points à améliorer et de vérifier le suivi sur une longue durée des actions mises en place au sein de l’entreprise.

Les audits permettent de repérer des points à améliorer et de vérifier le suivi sur une longue durée des actions mises en place au sein de l’entreprise.

Chaque auditeur est qualifié et formé par un organisme de formation (Tétraèrdre). Des sessions de formation de nouveaux auditeurs ont lieu en moyenne une fois par an. Chaque auditeur passe un examen qualifiant permettant de vérifier sa compréhension du cahier des charges. Lors d’un audit, il élabore un rapport avec ses observations, des remarques particulières et formalise des fiches d’écarts en cas de non-respect d’exigence du cahier des charges. « Ces écarts peuvent être mineurs : nettoyage de niveau B (à l’eau) non enregistré, manque de données sur la qualité de l’eau… ou bien majeur : absence de désinfection, sous traitance auprès d’un transporteur non référencé, transport de marchandise interdite… », précise M. Bousquin. S’il existe un ou plusieurs écarts majeurs et/ou plus de quatre écarts mineurs, une commission est mise en place (composée d’un fabricant d’aliments, d’un comité de suivi, d’un transporteur du comité de suivi et de l’organisme certificateur ayant réalisé l’audit). Les dossiers sont étudiés de manière anonyme par les commissions. Pour chaque écart, le transporteur doit mettre en place une action corrective (à vérifier sur place ou bien grâce à des documents). Si celle-ci est jugée recevable par la commission, le référencement et donc la certification Qualimat sont bien attribués. Sinon l’entreprise de transport peut avoir une attestation provisoire associée à un audit complémentaire ou des vérifications documentaires ou bien une sanction (suspension de certificat ou interdiction de se représenter selon la gravité de l’écart). « Ces commissions prouvent une nouvelle fois l’implication importante des fondateurs de cette certification. »

Caroline Morice

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 668 – Juillet-Août 2013

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