Glon-Sanders : pour un plan d’investissement courageux

En nutrition animale, Sanders conforte sa place de leader national avec un volume d’aliments commercialisés de 3, 367 millions de tonnes en 2012, en progression de 2 % par rapport à l’année 2011. De bons résultats qui ne suffisent pas à effacer les inquiétudes de l’entreprise, dans un marché européen concurrentiel et parfois déséquilibré. Sanders mise sur l’investissement et sur des partenariats nouveaux pour assurer l’avenir de la nutrition animale française.

 

Bernard Mahé, directeur national Sanders : « [La nutrition animale]est le métier qui a le plus investi en matière de bien-être animal et d’environnement. »

Bernard Mahé, directeur national Sanders : « [La nutrition animale]est le métier qui a le plus investi en matière de bien-être animal et d’environnement. »

En plus d’évoquer des résultats globalement flatteurs, les représentants du pôle animal de Sofiprotéol ont profité de la conférence de presse organisée au Space pour partager leur vision de la nutrition animale de demain. Une vision qui ne cache pas son ambition : « Il s’agit désormais de conduire la 2e révolution agricole. » Le directeur de Sanders, Bernard Mahé, a dressé l’état des lieux des filières animales françaises en évoquant les années 1960 à 1980, « âge d’or de la production agricole ». La France devenait alors le 1er producteur agricole européen et le 2e exportateur mondial de produits agricoles. Un succès imputé par Éric Philippe, directeur général adjoint de Sofiprotéol en charge du Pôle animal de Glon, au développement d’un modèle agricole performant, s’appuyant sur un tissu dense d’éleveurs et d’entreprises agroalimentaires motivés. « Jadis en tête de course, la France se trouve aujourd’hui à la 5e place des pays exportateurs européens », pointe le directeur. Un retard par rapport aux autres pays de l’union qu’il explique par l’attentisme d’acteurs qui continuent de vivre sur les acquis de la première révolution agricole.

Loin de céder aux sirènes de la nostalgie, Bernard Mahé préfère s’atteler aux défis actuels. « Jamais un secteur d’activité n’a concentré en lui autant d’attentes sociétales. C’est autant de défis à relever pour nos entreprises, dans un contexte de coût social, de fiscalité lourde et d’outils industriels vieillissants », fait-il remarquer. (…) Pour Bernard Mahé, la nutrition animale n’a pas à rougir. « C’est le métier qui a le plus investi en matière de bien-être animal et d’environnement », assure-t-il. (…)

 Accompagner la transformation des élevages

Pour mener à bien cette 2e révolution Glon-Sanders misent sur 3 axes. Le bien-être et la santé des animaux tout d’abord, avec en particulier la diminution de l’emploi des antibiotiques médicamenteux. « Il s’agit de remplacer les antibiotiques par des soins non médicamenteux. En élevage porcin, nous avons mis au point une gamme de médication raisonnée qui réduit d’ores et déjà de 40 % l’emploi d’antibiotiques, mieux que la réduction prévue par le plan EcoAntibio 2012-2017 », défend-il.

Sanders se mobilise également pour répondre aux attentes des différents modes de production. La part des aliments pour animaux bio, commercialisés sous la marque Alinat, continue d’augmenter. Dans le même sens, Sanders accompagne les labels et cahiers des charges spécifiques en proposant des aliments sans OGM et sans huile de palme et des produits adaptés au cahier des charges des fromages de chèvre AOP, du Comté et du Beaufort.

La prise en compte de l’environnement n’est pas en reste, avec des travaux importants menés par Glon et Sanders, pour réduire de près de 10 % les émissions de gaz à effet de serre des filières de Glon. « Nous faisons le pari de l’économie circulaire. Trade Alliance, filiale de Glon, mobilise les coproduits sains issus de l’industrie alimentaire, pour concevoir des matières premières riches en protéines pour l’alimentation des animaux. Notre filiale Terrial transforme les effluents d’élevage en engrais organique et valorise les coproduits des élevages et des usines comme sources de matière premières pour les installations de méthanisation », commente Éric Philippe.

 Un plan d’investissement

Face à la concurrence nationale mais aussi frontalière, Glon et Sanders font le choix d’investissements de modernisation et d’innovation. « La seule façon de regagner des parts de marché », estime Éric Philippe. Glon a récemment investi 9 millions d’euros dans son abattoir de porcs Abera installé à Saint Brice-en-Coglès (35), afin d’augmenter les capacités de l’unité de surgélation et gagner des nouveaux marchés à l’exportation. Il y a quelques années, le groupe avait installé 30 millions d’euros dans un outil industriel entièrement neuf dédié à l’abattage de volailles et situé à Mûr-de-Bretagne (22).

En nutrition animale, Glon a établi un « plan directeur industriel » de 100 millions d’euros à investir sur les 6 années à venir. « Un plan d’investissement courageux dans un contexte de stagnation, pour ne pas dire de baisse, indispensable à la restructuration et la modernisation du parc d’usines de fabrication d’aliments de Sanders », défend Bernard Mahé. Quinze millions d’euros ont déjà été mobilisés principalement pour la modernisation des usines de Landrecies (Nord), d’Allègre-les-Fumades (Gard), de Saint-Gérand (Morbihan) et de Saint Thégonnec (Finistère).

 Développer les alliances entre concurrents

« Seul, Sanders ne peut mener à bien la 2e révolution agricole que nous prônons. Les années 2012 et 2013 ont été marquées par l’engagement de partenariats avec des entreprises concurrentes. Inconcevables il y a encore quelques années, ces accords permettent de mutualiser les moyens de chacun, pour atteindre un but commun », détaille Bernard Mahé. Cette stratégie a pu entraîner le rapprochement de Sanders avec le Groupe Michel en Bretagne, la coopérative Agrial, Sabe, la coopérative Limagrain, Ucab Val Soleil et bien sûr Euralis pour le Sud-Ouest.

En conclusion de la conférence de presse, les dirigeants ont insisté sur le rôle de l’État dans la réussite de leur dessein industriel. « Il ne s’agit pas d’un appel au secours. L’État doit être partie prenante de la 2e révolution agricole », explique Éric Philippe. Ecotaxe, harmonisation de la fiscalité et du coût du travail en Europe, étiquetage des viandes dans les plats élaborés, délivrance des autorisations d’exploiter pour les projets agricoles conformes aux exigences réglementaires… autant de sujets sur lesquels l’État et ses administrations doivent s’engager.

Olivier Wendling

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la RAA 670 – Octobre 2013

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