Fin septembre, l’équipe de Cargill France fêtait les dix ans de son site de trituration de Colza implanté sur le port de Montoir-de-Bretagne.

Trituration du colza : Cargill fête les dix ans de son unité de Montoir

Cargill triture du colza à Montoir-de-Bretagne depuis 2008. Pour fêter les dix ans de son outil, la société avait invité ses partenaires et clients à une après-midi porte ouverte. Visite guidée au cœur des installations d’extraction de l’huile.

Fin septembre, l’équipe de Cargill France fêtait les dix ans de son site de trituration de Colza implanté sur le port de Montoir-de-Bretagne.

Fin septembre, l’équipe de Cargill France fêtait les dix ans de son site de trituration de Colza implanté sur le port de Montoir-de-Bretagne.

Maxime Medigue, responsable de production sur le site de trituration de colza de Cargill à Montoir-de-Bretagne, présente les installations : « Nous disposons de trois silos de stockage de matières premières de 7 000 t chacun. Nos tourteaux proviennent pour 85 % d’origine française. » Le site de Cargill est posé à deux pas du terminal vrac agroalimentaire du port de Montoir, près de Saint-Nazaire. D’autres silos accueillent eux les tourteaux de colza, coproduit de l’extraction de l’huile.

« La première étape est la préparation des graines, décrit-il. Ici les graines sont nettoyées, aplaties, préchauffées puis pressées. Il en ressort une première quantité d’huile et une partie solide, un peu pâteuse, que l’on appelle le cake », explique-t-il en ouvrant çà et là des trappes sur les machines pour donner à voir l’huile jaune et brillante qui s’écoule et la pâte déjà sèche qui s’agglomère. « Dans ce cake, il y a encore de l’huile. Environ 20 %. Cette huile résiduelle est extraite à l’aide d’un solvant, l’hexane. » Cette deuxième étape d’extraction se déroule dans une autre partie de l’usine, soumise à la stricte réglementation des zones Atex exposées au risque d’explosion. Le cœur de cette zone est l’extracteur : « Le cake y est mélangé au solvant, décrit le responsable de production. Au terme d’un temps de séjour d’environ 1h30, deux produits en sortent, l’huile et le tourteau, qui doivent tous deux être désolvantisés. » L’usine transforme ainsi chaque jour 3 000 t de graines, produisant quotidiennement 1 300 t d’huile et 1 700 t de tourteaux.

« Depuis sa création il y a dix ans, le site a augmenté sa production de +70 %, précise Jean-Marc Mouate, directeur du site de Montoir. Les graines de colza que nous valorisons sont pour 85 % d’origine française. Cette transformation offre des débouchés pérennes à près de 15 000 exploitations agricoles du Grand Ouest et du Centre de la France, ce qui représente 300 000 ha. La trituration est une activité clé pour le secteur de la nutrition animale, puisqu’elle offre, avec le tourteau de colza, une source locale de protéines aux éleveurs de la région. »

Un pari à Montoir-de-Bretagne

Quand le site s’installe à Montoir-de-Bretagne en 2008, Cargill est déjà présent dans la région. Le premier bureau de négoce s’installe à Saint-Nazaire en 1964 et une première usine triture soja et tournesol à Saint-Nazaire depuis 1970. À l’origine du projet de Montoir-de-Bretagne, Hervé de Praingy, président de Cargill France, se souvient : « Il a fallu convaincre le groupe et nos partenaires, notamment Saipol, de triturer du colza ici puis d’investir pour faire de ce site un outil ultra-performant. » Chose faite puisqu’il a été référencé dans le top cinq des usines Cargill dans le monde en 2014.

« L’investissement initial de 65 millions d’euros était un signe fort démontrant la confiance du groupe dans la filière oléagineuse française, rappelle Hervé de Praingy. Au cours de cette décennie, le site de Cargill situé à Montoir a considérablement augmenté sa production et transforme, aujourd’hui, plus d’un million de tonnes de colza, soit 16 % de la récolte française. » À l’heure actuelle, le site produit 445 000 t d’huile brute de colza par an, dont la grande majorité est destinée à l’usine de production de biocarburant de son partenaire Diester, située sur la zone portuaire, à proximité. L’ester de colza est ensuite acheminé à Donges où il est raffiné.

La production de tourteaux est de 570 000 tonnes par an. « Ces protéines végétales de colza sont destinées aux industriels de la nutrition animale et aux éleveurs, principalement du Grand Ouest, première région française d’élevage. Représentant environ 25 % de la production nationale, ce tourteau a permis aux éleveurs français de diversifier leurs approvisionnements avec une protéine végétale d’origine locale », ajoute Jean-Jacques Papi, directeur commercial Cargill.

Une politique d’investissements

L’ultime étape d’extraction se situe dans une zone soumise à un risque d’explosion et donc protégée par la réglementation Atex.

L’ultime étape d’extraction se situe dans une zone soumise à un risque d’explosion et donc protégée par la réglementation Atex.

Pour assurer ce développement, Cargill a mené une politique volontariste d’investissements. L’enjeu : permettre au site de conserver sa position sur le marché de la transformation du colza. Trente et un millions d’euros ont été investis au cours des dix dernières années. Une extension a été construite en 2010 et un nouveau procédé a été mis au point il y a trois ans. « La concurrence sur le marché des huiles en Europe est féroce. Pour rester dans la course, il est impératif non seulement de maintenir notre outil industriel à la pointe de la technologie mais aussi d’être innovants. Nous avons, par exemple, développé un nouveau procédé permettant de produire un tourteau enrichi en protéines, plus nourrissant pour le bétail. Ce produit, nommé Gold, représente une nouvelle alternative pour les fabricants d’aliments de bétail français, explique Jean-Marc Mouate, directeur du site de Cargill Montoir. D’abord étudié sur une unité pilote, ce procédé a été développé grâce à un investissement de cinq millions d’euros. Il permet de livrer un tourteau avec un taux de protéines supérieur de +15 à +20 % à un tourteau classique. » Cette technologie est protégée par un brevet et hébergée dans un bâtiment dédié… qui n’ouvrait pas ses portes à l’occasion de la visite des dix ans !

Au fil des années, de nombreux investissements ont concerné la maîtrise et la réduction de l’impact de l’activité de trituration sur l’environnement. « Les enjeux environnementaux ont été intégrés dès la conception du projet, à commencer par le choix du site, loin des zones urbanisées, assure Jean-Marc Mouate. Par ailleurs, un soin tout particulier a été apporté aux aspects logistiques : une ligne ferroviaire a été créée pour approvisionner le site de Montoir. Quant à l’acheminement de l’huile entre l’unité de trituration Cargill et l’usine d’estérification de Diester, puis entre l’usine Diester et la raffinerie Total de Donges, il s’effectue exclusivement par oléoduc. » Pour la part de transport routier incompressible (environ 50 % du trafic), Cargill s’est engagé à favoriser les formules « aller-retour » : un même camion arrive chargé de graines de colza et repart plein de tourteaux de colza, ce qui permet de diviser par deux les rotations.

Environ 1,5 million d’euros est dépensé chaque année afin d’augmenter la performance énergétique du site et de réduire ses consommations d’eau et d’énergie. « Dès la conception de l’usine, toutes les meilleures solutions techniques ont été intégrées au plan et aux premières études. Ces innovations ont permis de positionner rapidement l’outil de production parmi les plus performants du groupe Cargill. En dix ans alors que notre capacité de production a augmenté de +70 %, dépassant en 2017 la barre du million de tonnes de colza transformé par an, nous avons réussi à réduire de -25 % notre consommation énergétique. Montoir est aujourd’hui le premier site européen de Cargill en matière d’efficacité énergétique. » Il cite à titre d’exemple la centrale thermique au gaz naturel qui alimente en chaleur l’unité de trituration : « Elle atteint un rendement de 97 % grâce notamment à la récupération des calories dégagées tout au long de la fabrication. »

Les derniers travaux ont porté sur la thématique des odeurs ces dernières années : « Nous avons mis en place un partenariat avec Air Pays de la Loire, explique Hervé de Praingy. Cette collaboration a permis d’identifier les sources d’odeurs et déployer un plan d’amélioration. Nous avons investi plus d’un million d’euros pour réduire notre empreinte olfactive au cours des deux dernières années. Ce dernier trimestre, les signalements d’odeurs ont baissé de -80 %. C’est significatif et cela récompense nos efforts dans ce domaine. »

Avec ses deux activités de triturations à l’embouchure de la Loire, Cargill est aujourd’hui le premier client agroalimentaire du port de Nantes-Saint-Nazaire, le 4e toute activité confondu, avec près de 770 000 t de marchandises par an qui rentrent ou sortent du port par voie maritime, représentant 125 escales entre Montoir et Saint-Nazaire. « Mais la trituration d’oléoprotéagineux se situe sur un segment extrêmement concurrentiel et en pleine mutation, conclut Hervé de Praingy. Le site de Montoir ne fait pas exception et doit faire face à une concurrence mondiale exacerbée. »

F. Foucher

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