AG Afab : la contractualisation, une fausse bonne solution ?

L’Afab (Association des Fabricants d’Aliment du Bétail) a tenu son assemblée générale le 16 juin dernier à Pontivy, dans le Morbihan, placée sous le signe de son 20e anniversaire. Une part importante des débats a porté sur les enjeux de la contractualisation, au sujet de laquelle les intervenants ont émis de nombreuses réserves.

Hervé Vasseur, président de l’Afab, a présenté en introduction les tonnages de fabrication d’aliments en 2010 pour la France et la Bretagne (qui enregistre un tonnage total de 8 642 736 tonnes d’aliments composés industriels, hors allaitement et petfood), soulignant les progressions de l’aliment bovin et volaille en Bretagne (1,114 million de tonnes en bovin, 2,108 millions de tonnes en volaille de chair, 1,091 million de tonnes en pondeuses). « En ce qui concerne les bovins, il existe une corrélation positive entre l’intensification des élevages et l’utilisation de concentrés, explique le président de l’Afab. En aliment volaille, il faut garder en tête que le poulet tire les chiffres vers le haut, mais la production de dindes est une production qui souffre, avec une baisse continue depuis 12 ans. » Hervé Vasseur a ainsi rappelé que les importations de dindes avaient connu une forte croissance en France et que la balance commerciale se dégradait avec les pays voisins. Notant que la dinde était en progression partout en Europe sauf en France, Hervé Vasseur a parlé de « vrai malaise sur la dinde ».

Les trois présidents de l’Afab, Hervé Vasseur (actuel), Ferdinand Richard (1991-1997) et Adolphe Thomas 1997-2004), étaient présents à l’assemblée générale, à l’occasion du 20e anniversaire de l’association.

En aliments pondeuses, le président de l’Afab rappelle que l’augmentation des volumes (+2,2 % en Bretagne, qui assure près de 50 % de la production nationale) s’explique en bonne partie par la mise aux normes des pays tiers, notamment de l’Allemagne. Cette anticipation des pays tiers sur la législation européenne risque de se retourner contre la France, car « beaucoup de bâtiments ne sont toujours pas aux normes et un report de calendrier est illusoire », souligne Louis Biannic, directeur régional de la Draaf Bretagne (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt), qui a insisté sur le caractère essentiel de ce dossier, sur lequel professionnels et administration ont tout intérêt à « travailler ensemble ».

Concernant l’aliment porc, celui-ci apparaît sans surprise en régression en France (-2,5 %) et en Bretagne (-1,4 % soit 4,171 millions de tonnes produites en 2010). « La part de l’aliment sur le prix de revient du porc est revenue à la norme en 2009-2010, et on devrait s’approcher de la situation 2008 cette année. Mais le problème reste que le prix du porc n’évolue pas en corrélation avec le prix de l’aliment », note Hervé Vasseur. Ces résultats renforcent par ailleurs « le gap qui se crée entre la France et l’Allemagne », poursuit le président de l’Afab. Outre Rhin l’aliment porc affiche en effet une progression constante de 30 % en dix ans. Le prix du porc n’est pas beaucoup éloigné, explique Hervé Vasseur, mais les éleveurs sont largement entrés dans des systèmes de rachat d’énergie économisée. Par ailleurs lors des départs à la retraite des exploitants, les productions sont reprises de manière concertée. Enfin les éleveurs ne fonctionnent pas avec la même TVA que les producteurs et bénéficient d’aides à l’investissement. « Il existe en Allemagne une volonté politique qui n’existe pas en France », lance une personne parmi le public.

Une logique de filière

Yves Trégaro, de FranceAgriMer, est intervenu pour présenter les enjeux de la contractualisation dans le secteur des productions animales, à savoir si celle-ci pouvait apporter des éléments de réponse dans le contexte de dérégulation des marchés. « Le contrat n’est pas une fin en soi ; il doit s’inscrire dans une dynamique de l’amont à l’aval, dans une logique de filière », a annoncé Yves Trégaro, pour qui la fixation des prix peut intervenir en chaîne (sur le minerai, les matières premières, l’aliment, les animaux) à partir du moment où le prix final est apprivoisé. Deux outils principaux peuvent y contribuer : les marchés à terme (mais pas pour le porc) ou les plateformes de mise en marché à livraison différée. La contractualisation implique d’avoir une bonne vision du marché, y compris à long terme. Mais dans la filière bovine par exemple, la diversité des produits rend « l’exercice relativement difficile, selon qu’il s’agit de troupeaux femelle, de vaches allaitantes… »

Sarah Le Blé

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 648 – juillet/août 2011

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