De l’entomologie à la nutrition animale : Michel Magnin cherche la petite bête

Quand Michel Magnin part en balade en forêt, il ne ramasse ni des jonquilles, ni des champignons… mais des ronces. Tendres et fraîches. Pour nourrir ses phasmes. Le directeur technique de BNA voue une passion aux insectes en général et à ces étranges brindilles vivantes en particulier.

Michel Magnin est intarissable sur les phasmes, ces insectes longilignes qui ont l’étrange capacité de tomber en catalepsie pour se protéger des prédateurs.

S’il s’occupe toute la semaine d’animaux de rente, le week-end, Michel Magnin actuel directeur technique de BNA, retourne à ses amours de jeunesse : les phasmes. « Et les insectes en général », précise-t-il en ouvrant délicatement des cartons plein de vitrines de collection où sont épinglés papillons aux ailes colorées et phasmes aux pattes démesurées.

Thèses à l’appui : une thèse vétérinaire sur les phasmes, un mémoire de DEA d’entomologie médicale sur les mouches tsé-tsé, puis une thèse de doctorat universitaire sur la résistance des moustiques aux insecticides… « J’ai découvert les insectes en classe de sixième par un professeur de sciences naturelles », raconte-t-il en ouvrant l’aquarium posé le long du radiateur dans le salon familial. Dans un premier temps, il se contente d’observer au microscope les insectes ramassés dans les forêts proches de Paris où il vit, ou dans la campagne bretonne où il passe ses vacances en famille. « J’ai commencé à élever des phasmes en classe prépa », poursuit-il en manipulant les longilignes insectes aux antennes aussi fines que du fil à coudre. Sa passion envahissante se traduit par une multiplication sur les murs de sa chambre des boîtes d’exposition aux odeurs caractéristiques (pas forcément au goût de sa sœur qui partage sa chambre) puis des aquariums (dont les phasmes échappés jusqu’au salon familial se réjouissent du croquant des plantes). Sa passion trouve ensuite un écho dans les cours de biologie animale de l’école vétérinaire de Maison-Alfort. Sa chambre d’étudiant se remplit d’aquariums. « Pendant les stages de prophylaxie, je partais pendant plusieurs semaines sur le terrain, j’amenais mes aquariums… Une fois je les avais stockés dans la maison qu’on nous prêtait et le propriétaire est rentré à l’improviste : il a été très surpris de trouver mon élevage dans sa salle de bain ! »

Si l’élevage de phasmes de Michel Magnin n’occupe plus qu’un aquarium du salon familial, la décoration de la maison est dédiée à la passion de sa femme Sophie : les chiens de race Cavalier King Charles.

Son diplôme en poche, Michel Magnin enchaîne avec une année de service militaire agrémentée de gardes et de remplacement en cabinet de médecine vétérinaire de ville puis s’inscrit en DEA d’entomologie. C’est au cours de cette année que le laboratoire dépendant de l’Orstom (Office de recherche scientifique et technique d’Outre-Mer) lui propose un doctorat, à Montpellier. Entre-temps marié et futur père de famille, il entraîne toute la famille dans le sud de la France : « Nous allions en famille récolter des moustiques… sous les plaques d’égout » ! À l’occasion d’une mission il découvre l’Afrique et à l’issue de ces deux années d’étude, le laboratoire propose de l’y envoyer en poste. Alors qu’il hésite fortement à délocaliser la famille au Cameroun, le projet avorte faute de financements. En recherche d’emploi, il est alors sollicité par un groupement de défense sanitaire breton pour animer des formations sur les mouches qui présentent des résistances aux traitements d’éradication en élevage. « Cette expérience a distingué mon CV lors d’un recrutement chez Unicopa qui m’a fait entrer dans le domaine de la nutrition animale. » Michel Magnin croit aux hasards de la vie : « Si mon sujet de thèse vétérinaire sur les phasmes n’avait pas été accepté j’aurai planché sur l’incidence de la bacitracine- zinc sur le transfert de la vitamine A dans les œufs ! » Et si sa vie professionnelle l’a mené loin des insectes, il assure : « La curiosité est mon principal moteur. De ce point de vue je suis comblé chez BNA. »

Par Françoise Foucher,

La Revue de l’Alimentation Animale – Avril 2010 – N° 635

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