Société Française de Nutrition : de l’étable à la table

 À l’heure où la place des produits animaux dans l’alimentation humaine est régulièrement remise en question, l’École de la SFN (Société Française de Nutrition) a rappelé les intérêts d’une alimentation animale de qualité. Tour d’horizon.

 En plus des nutriments indispensables (vitamines, fer, protéines…), Philippe Legrand, d’Agrocampus Ouest, met en avant les interactions insoupçonnées entre les acides gras des produits animaux. Celles-ci semblent avoir des effets protecteurs vis-à-vis de carences via l’épargne des précurseurs alimentaires et des dérivés à longues chaînes, par exemple. Cela augmente la biodisponibilité des AGPI à longue chaîne. De plus, les produits animaux représentent 75 % des sources d’acide α-linolénique, précurseur des oméga-3 dont les effets bénéfiques sur la santé humaine ont été démontrés. « Si l’ensemble de la filière élevage améliore les apports en ɷ3 dans la nutrition animale, même de manière infime, cela améliorera véritablement l’apport de ɷ3 chez l’homme », continue Philippe Legrand. Ainsi, malgré un taux de conversion faible – environ 1 % –  l’utilisation répétée et généralisée en nutrition animale de matières premières riches en acide α-linolénique telles le lin, l’huile de noix ou de colza, présente un grand intérêt. « Ce sont les petits courants qui font les grandes rivières ! »

 Apport ajusté de minéraux

Il en est de même pour l’alimentation minérale dont Agnès Narcy, de l’Inra de Nouzilly, nous rappelle la complexité : « La maîtrise des rejets d’élevage doit être considérée tant en termes de qualité que de quantité. » L’alimentation minérale des monogastriques évolue vers un apport ajusté pour épargner les ressources, dont certaines se raréfient et se retrouvent en compétition avec l’alimentation humaine. Cet ajustement permet d’améliorer le bien-être animal, la qualité des produits (viandes, œufs) et l’impact écologique tout en limitant les coûts. L’ajustement passe par la dose apportée mais aussi par une amélioration de la disponibilité des minéraux. Cette disponibilité est fonction de la nature de la source du minéral mais aussi du résultat des interactions avec les autres composés de la matrice alimentaire, par exemple les autres minéraux. Ainsi, il est possible de prédire la disponibilité du phosphore en fonction de la dose de calcium apportée.

Par ailleurs, une gestion dynamique de l’alimentation minérale permet de mettre à profit la capacité des animaux à compenser une alimentation minérale inférieure à leurs besoins pendant les premiers mois de vie. En ajustant les apports de phosphore seulement à partir de 80 kg, des porcs ont ainsi présenté un contenu minéral osseux similaire à celui de porcs dont les apports étaient suffisants tout le long de leur croissance. Cette approche permet de diminuer de 40 % la quantité de phosphate ingéré et de 18 % les rejets de phosphore. L’intégration informatique de l’ensemble des mécanismes permet de prendre en considération la variabilité des réponses (bénéfiques ou néfastes) en fonction des critères observés, que ce soit pour le bien-être animal, la qualité des produits ou les rejets. L’alimentation minérale tend actuellement vers des systèmes multicritères et durables.

 L’alimentation du futur ?

Autre évolution de l’alimentation animale : l’alimentation de précision. « Quel animal dois-je nourrir dans un troupeau ? Celui qui a le plus de besoins ? Celui qui en a le moins ? Ou l’animal moyen ? Dans tous les cas, une grande partie de la population est ‟mal” nourrie », s’interroge Jacob van Milgen, de l’unité Pégase de l’Inra (unité mixte de recherche Physiologie, Environnement et Génétique pour l’Animal et les Systèmes d’Élevage). La solution serait dans le pilotage individuel permettant de maximiser les potentiels de croissance de chaque animal tout en limitant le gaspillage d’éléments nutritifs et les rejets. Pour cela, il est nécessaire de fixer les objectifs – par exemple : nourrir un porc pour qu’il atteigne un poids de 110 kg à 6 mois d’âge – pour ensuite savoir quel protocole mettre en place. Si pour le moment, les connaissances ont besoin d’être approfondies pour appliquer ce concept sur le terrain, Jacob van Milgen envisage de pouvoir définir les besoins de chaque animal et de suivre sa croissance quotidiennement grâce à un ensemble de capteurs (accéléromètres, balance…) pour créer une alimentation à la carte pour chaque animal. Le métier des fabricants d’aliments évoluerait alors vers une expertise pour une fabrication finale à la ferme assistée par ordinateur. Cependant, cette modélisation de l’animal risque de ne pas être acceptée par le grand public selon le chercheur.

 Émilie Auvray

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