BNA : une R&D dynamique en porc

L’espèce porcine représente environ 40 % de l’activité de fabrication de prémix de la firme-services BNA. Pour faire le point sur l’avancée de sa recherche, celle-ci avait convié ses clients à une réunion technique, fin novembre, la 4e depuis le lancement de l’activité firme-services il y a 8 ans.

Benoît Quéméneur a présenté la dernière étude menée sur l’antioxydant proposé par BNA.

BNA poursuit ses recherches sur les fibres dans l’alimentation porcine. Après avoir identifié trois critères de description physico-chimique des matières premières et des aliments – encombrement, gonflement, capacité de rétention en eau (CRE) – BNA les a étudiés selon leur température, granulométrie et l’effet qu’a sur eux la granulation, et leur variabilité en fonction du pH du tube digestif. « L’objectif est de visualiser l’effet de la température (40 °C) et de la valeur pH, des compartiments du tube digestif sur le comportement des matières premières et aliments, présente Gaëtan Legrand. Au final, l’augmentation de la température entraîne une réduction des valeurs d’encombrement des matières premières et des aliments testés, sans que le pH ne semble avoir d’effet sur leur évolution. Une prochaine étape sera donc de réaliser ces mesures à 40 °C avec un pH neutre. »

BNA a ensuite constaté que « dans des plages industrielles courantes, la granulométrie des matières premières n’a pas d’effet significatif sur les 3 critères encombrement, gonflement et CRE : la d50 de la mouture des matières premières et de l’aliment demeurant stable, quelle que soit la granulométrie. » Par contre, sur les aliments, un test sur une formule 2e âge a montré que, quelle que soit la formulation, la valeur d’encombrement, le gonflement et la CRE du granulé sont systématiquement supérieurs à ceux de la mouture broyée. Sur un aliment poulet, un essai a montré une bonne corrélation entre l’encombrement du granulé et celui de la mouture avec ces mêmes différences de valeurs. Ce phénomène s’est également révélé pour la CRE sur un aliment poulet.

Malgré cet effet indéniable du process de granulation, Gaëtan Legrand met en garde contre la variabilité des process selon les usines. Il continue donc à considérer dans ses essais zootechniques les valeurs calculées, c’est-à-dire obtenues à partir des valeurs matricielles des matières premières formulées. Sur ce thème des fibres, BNA projette encore des études in vitro dans les mois à venir : notamment pour identifier les effets des différents process de granulation en comparant des valeurs de mouture aux valeurs granulées. Pour cela BNA lance un appel aux fabricants d’aliments : « Nous avons besoin de collecter des échantillons de moutures et granulés en provenance de plusieurs usines. » Puis BNA envisage de tester l’incorporation d’enzymes sur les critères d’encombrement, gonflement et CRE des matières premières. En outre, la firme-services développe actuellement une calibration NIR sur les matières premières et les aliments pour ces trois critères.

(…)

La problématique phosphore

Xavière Rousseau et Agnès Narcy, de l’Inra, ont exposé leurs connaissances sur le métabolisme phosphocalcique chez les porcs.

Agnès Narcy, du centre de recherche Inra de Nouzilly, a rappelé que dans la démarche d’optimisation de l’utilisation du phosphore, la première composante est l’étape digestive, où une série de réactions décide de l’absorption et de la disponibilité du phosphore. « La morphologie, le pH et le temps de transit sont les éléments majeurs à prendre en compte : le pH de l’estomac est dynamique, car compte tenu du pouvoir tampon de l’aliment, le pH est élevé au moment de la prise alimentaire. Au fur et à mesure des sécrétions acides, le pH baisse : le rythme d’ingestion a donc un rôle important dans la digestibilité du phosphore. L’effet de l’apport de phytase est plus marqué à bas niveau de phosphore car plus on se rapproche du besoin de l’animal, moins la réponse est marquée. Le calcium peut avoir un impact négatif au niveau digestif en limitant la solubilisation des phytates et du phosphate, mais il est important pour le dépôt osseux. Théoriquement, en formant un complexe insoluble au niveau du tractus, le calcium pourrait limiter l’absorption en empêchant l’hydrolyse de l’acide phytique. »…

Françoise Foucher

3 questions à Isabelle Corrégé, vétérinaire de l’Ifip

« Les salmonelles sont-elles toujours d’actualité pour la filière porcine ?

Le projet de réglementation européenne datant de 1997 n’est certes toujours pas finalisé. La filière est notamment toujours en attente du rapport coût-bénéfice pour les reproducteurs et de la fixation des objectifs de prévalence sur porcs charcutiers et reproducteurs. Un rapport a déjà montré que les efforts sont coûteux en porc charcutier et n’apportent pas de bénéfice. Si la DGAL a baissé sa pression sur le sujet, les salmonelles continuent de poser un problème de santé publique : par les toxi-infections alimentaires collectives qu’elles sont susceptibles de causer et par la multiplication des souches résistantes aux antibiotiques. Un rapport Afssa de 2010 a révélé que 10 à 20 % des cas humains de salmonelles sont dus au porc.

Connaît-on la prévalence des salmonelles dans la filière porc française ?

Un certain nombre d’enquêtes ont été menées dans le cadre de la réglementation européenne zoonose et plan de luttes salmonelles. Menées dans les pays européens selon des méthodologies communes, elles ont pour objectif de fixer les objectifs de réduction de la prévalence en porc charcutier et en reproducteurs. La première enquête en 2006-2007, sur une bactériologie représentative de la contamination à l’élevage puis pendant le transport et le temps d’attente à l’abattoir, donnait une moyenne européenne à 25 États membres de 10,3 % de porcs positif. La France se situait à 18,1 %.

Cette même année, une autre enquête, dont la bactériologie était menée sur les carcasses en fin de chaîne, donnait une moyenne européenne à 13 États membres volontaires de 8,3 % de positif et la France à 17,6 %. Une dernière enquête a été menée en 2009 en prélevant les fèces de reproducteurs, en sélectionnant 10 groupes de 10 truies par élevage. Un élevage étant considéré comme positif à partir du moment où il comptait un groupe positif. Étonnamment, cette étude a révélé que les élevages en production avaient de meilleurs résultats que les élevages de sélection-multiplication. En réalité, dans le détail, il y avait plus d’élevages positifs en sélection mais avec moins de cas positifs par élevage.

La France fait elle figure de mauvais élève ?

Tous les pays importants producteurs de porcs sont toujours largement au-dessus de la moyenne. Ce sont des pays où l’élevage est quasi-inexistant qui contribuent à faire chuter cette moyenne européenne. De même ce différentiel entre la sélection et la production est commun aux principaux pays producteurs. Il semble donc que les États membres à prévalence élevée aient intérêt à concentrer leurs efforts sur les élevages de sélection-multiplication, tandis que les États membres à prévalence faible ont plus intérêt à contrôler les salmonelles dans l’alimentation animale. Il me semble difficile d’échapper à une réglementation sur ces 2 points. L’alimentation animale notamment, en constituant le principal intrant de l’élevage, représente un axe de contrôle privilégié pour les autorités européennes… même si la probabilité de contamination par cette voie est minime. »

Propos recueillis par Françoise Foucher

 … Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 653 – janvier-février 2012

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.