Altilis / Ajinomoto : le point sur les besoins nutritionnels des monogastriques

La réunion technique organisée conjointement par Altilis Nutrition animale et Ajinomoto Eurolysine, en marge du Space, a permis de présenter l’avancée des connaissances sur l’équilibre entre acides aminés et la recherche d’animaux en bonne santé. Des problématiques soulevées dans le contexte de volatilité des prix des matières premières.

Mathieu Gloaguen (INRA Rennes) : « Poursuivre l’identification des facteurs limitant la baisse de la teneur en protéines ».

Les monogastriques étaient une fois encore à l’honneur lors de la réunion technique du 11 septembre, présidée cette année par Jean Noblet, de l’INRA de Rennes. « Dans un contexte de pression économique et réglementaire plus forte que l’année dernière, nous sommes renforcés dans nos convictions, notamment sur l’importance d’une maîtrise technique de l’alimentation », a introduit Laurent Bastide, directeur d’Altilis, avant de céder la parole au Dr Mathieu Gloaguen, de l’INRA de Rennes, venu faire le point sur l’estimation des besoins en leucine et histidine du porcelet. « La réduction des rejets d’azote nécessite de connaître les besoins des acides aminés les plus limitants comme la lysine, la thréonine, la méthionine et le thryptophane », lance le conférencier. Si ces quatre acides aminés ont largement été étudiés, d’autres acides aminés comme la valine ont été étudiés plus récemment depuis 2009. Par contre, les besoins en isoleucine, leucine et histidine restent mal connus du fait d’un plus petit nombre d’études (43 pour l’isoleucine, mais seulement trois pour la leucine et deux pour l’histidine).

Selon une étude réalisée par Gloaguen et al en 2012, un apport en isoleucine augmente la croissance du porcelet jusqu’à 49 % d’isoleucine/lysine digestible. Le porcelet répond également à un apport d’isoleucine en augmentant sa consommation, et ceci jusqu’à 50 % d’isoleucine/lysine digestible. Une étude expérimentale a également permis à l’INRA d’étudier les réponses des porcelets aux apports d’histidine et de leucine. Les conclusions de cette étude montrent que pour avoir une croissance maximale, le besoin en histidine/lysine digestible est estimé à 32 %, tandis que le besoin en leucine/lysine digestible est estimé à 102 %. Ces besoins en histidine et leucine sont confirmés par rapport aux estimations des tables nutritionnelles.

Quelles sont les perspectives de cette étude et peut-on baisser davantage la teneur en protéines chez le porcelet ? « Il faut poursuivre l’identification des facteurs limitant la baisse de la teneur en protéines et travailler sur d’autres acides aminés limitants tels que la phénilaniline, la tyrosine, l’arginine et d’autres acides aminés », conclut Mathieu Gloaguen. Les résultats présentés peuvent-ils être extrapolés à d’autres stades physiologiques que le porcelet ? À cette question de Jean Noblet, la réponse du conférencier est claire : « Si les besoins varient en apports totaux, le profil de la protéine idéale ne devrait pas varier avec des acides aminés comme la leucine et l’histidine ».

 Protéines fonctionnelles

Dr Joe Crenshaw (APC) : « De nombreuses études montrent les effets du plasma sur l’augmentation de la vitesse de croissance, la réduction des diarrhées et de la mortalité des porcelets. »

Dans l’intervention suivante, le Dr Joe Crenshaw, directeur technique d’APC États-Unis (American Plasma Cooperation), s’est intéressé à la réduction des antibiotiques dans les aliments porcelets et aux protéines fonctionnelles comme alternative. « Le sevrage est l’une des périodes les plus stressantes dans la vie du porc », lance le conférencier en préambule. Si les effets négatifs du stress au sevrage sont la réduction de la croissance et de la consommation d’aliments, le sevrage a aussi des conséquences moins visibles comme l’inflammation de l’intestin et les dégâts au niveau de la barrière de la muqueuse, tant au niveau de leur structure que de leur fonction.

Les protéines de plasma atomisé incorporées à des aliments porcelet non-médicamenteux ont montré récemment un effet bénéfique sur le rôle de barrière de l’intestin, l’inflammation et la diarrhée (Peace et al., 2011). De plus, la supplémentation d’aliments avec des protéines de plasma a été décrite comme soutenant et maintenant le rôle de barrière de l’intestin dans un modèle avec inflammation intestinale de l’animal (Moretó and Pérez-Bosque, 2009). Les protéines de plasma ont été utilisées pendant plus de 20 ans dans les aliments sevrage des porcelets pour améliorer la croissance et la consommation d’aliment et réduire les diarrhées et la mortalité, surtout pendant les 2 premières semaines après sevrage. (…)

Ratio phosphore/calcium

Dans l’intervention suivante, Angela Riemensperger, de Danisco Animal Nutrition, s’est intéressée au ratio phosphore/calcium en poulet de chair et à son effet sur la digestibilité des nutriments et la qualité de la litière. « Le calcium et le phosphore ont un rôle sur l’ossification, l’activité musculaire et l’activation de diverses enzymes », lance la conférencière au début de son intervention, avant de préciser les multiples interactions existantes entre calcium et phosphore.

Le ratio calcium/phosphore idéal pour le poulet est d’environ 2:1. À noter que les facteurs influant sur les besoins en calcium et en phosphore sont nombreux : vitesse de croissance, âge, ingéré alimentaire, sexe, génétique/souches, vitamine D, autres macro-minéraux, santé, environnement. « Une croissance plus forte induit une plus grande sensibilité au calcium alimentaire », souligne ensuite Angela Riemensperger, avant de préciser qu’un apport insuffisant en calcium et phosphore entraîne des troubles de l’ossification, une augmentation de la mortalité, des saisies à l’abattoir et du déclassement à la découpe.

Dr Nathalie Le Floc’h (INRA) : « Le métabolisme du tryptophane est complexe. »

Selon la conférencière, les statistiques américaines font état de 4,4 milliards de poulets présentant des problèmes de pattes à l’abattage, ce qui entraîne des pertes annuelles estimées à 80-120 millions de dollars. « 60 à 80 % du phosphore des matières premières végétales sont sous forme de phytate, et 1 % de phytate dans un aliment poulet peut capter 0,36 % de calcium », ajoute la conférencière qui précise que le besoin en calcium des poulets est accru de 50 % quand la teneur en phytate de l’aliment augmente de 0 à 1,25 %. Ainsi, le ratio calcium/phosphore non phytique pour maximiser la rétention du phosphore par le poulet est modifié par le niveau de phytate de l’aliment.

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Réponses variables au tryptophane

Dans son intervention, Nathalie Le Floc’h, de l’INRA, s’est intéressée aux variabilités des réponses des porcelets aux apports de tryptophane. « Le tryptophane est un acide aminé essentiel et le quatrième limitant pour la croissance des porcelets dans les aliments à base de céréales », introduit la conférencière, en précisant que le tryptophane, impliqué dans de nombreuses fonctions physiologiques, présente un métabolisme complexe. Il se caractérise également par une variabilité importante des besoins pour les porcelets : 17 à 23 % exprimés en SID (digestibilité iléale standardisée) Tryptophane/lysine. « La conséquence de cette variabilité est une absence de consensus en matière de recommandations nutritionnelles », ajoute Nathalie Le Floc’h. Une sélection de 37 essais issus d’une méta-analyse a permis de mieux comprendre les raisons de cette variabilité de la réponse des porcelets à un apport de tryptophane.

Si la composition de l’aliment ne modifie pas l’estimation des besoins, il existe une liaison entre la réponse au tryptophane et les niveaux de niacine et de lysine. « Le tryptophane est précurseur de la niacine mais la teneur en niacine de l’aliment n’influence pas la réponse au tryptophane », précise la conférencière qui ajoute que d’autres facteurs de variation ont été mis en évidence, comme l’état de santé (meilleure valorisation du tryptophane en situation d’inflammation, le tryptophane limitant le ralentissement de la croissance chez les animaux sensibles à E.coli). « Le tryptophane est impliqué dans d’autres fonctions et de nombreux autres facteurs restent à explorer comme la génétique ou l’équilibre entre acides aminés et autres nutriments », conclut Nathalie Le Floc’h. (…)

Philippe Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 660 – octobre 2012

 

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