Assemblée générale du Snia : l’élevage made in France

Le Snia a tenu son assemblée générale le 25 mai dernier à Aix-les-Bains. Pour sa première intervention en tant que président, Alain Guillaume a tenu à ouvrir le débat sur les différentes solutions qui s’offrent à la France pour redynamiser son élevage et donc sa fabrication d’aliment composés. Aperçu.

Alain Guillaume, président du Snia : « Notre industrie se préoccupe de l’avenir de ses clients. »

Comme il en a pris l’habitude une année sur deux, le Snia organisait son assemblée générale en province. Cette année la région sud-est était à l’honneur, présentée et représentée par François Cholat, délégué régional sud-est du Snia et dirigeant de la société GAIC. Ce « fantastique bassin de consommation » produit plus de 29 % du PIB français, notamment grâce aux secteurs agricole et agroalimentaire bien implantés (13,3 % des volailles françaises produites, 18 % des bovins viande, 16 % des vaches laitières, 19 % des chèvres laitières, 19 % des moutons…). (…)

Comme annoncé dès le début de son mandat (lire RAA n° 653), Alain Guillaume a voulu intituler cette assemblée générale « S’engager pour la croissance de nos productions animales » alors que l’agriculture française paraît parfois péricliter. « Nous sommes inquiets car l’Allemagne nous a dépassés en termes de production d’aliments. En 10 ans, ils ont créé 3 millions de tonnes supplémentaires – imaginez le nombre d’usines que cela représente – tandis que notre production diminuait en France », introduit-il. « Il faut bien dire que le modèle de l’élevage en France est à réinventer, sans tabou. » La table ronde organisée à l’occasion de l’assemblée générale visait notamment à apporter des pistes de solutions grâce à la présence de différentes professions de l’agriculture. « Nous ne ferons rien tout seul car les fabricants d’aliments sont au cœur des filières ».

Des marchés à conquérir

Pour ce faire, Vincent Chatellier, économiste à l’Inra, a dressé le tableau des productions animales en France. « Nous arrivons à améliorer nos exportations et notre balance commerciale mais plus lentement que les Allemands. » Ainsi, la concurrence avec nos voisins allemands reste plus que jamais à l’ordre du jour, notamment au sein de la communauté européenne, or, « leur capacité à saisir les opportunités sur le marché mondial est meilleure ». Vincent Chatellier est plutôt optimiste pour le secteur bovin lait, qui représente « le plus grand potentiel de développement français » notamment grâce à une demande mondiale en croissance de plus de 10 milliards de litres par an du fait de la croissance de certains pays asiatiques principalement. « La question est de savoir si la France veut produire 17 milliards de litres de lait par an – soit la consommation interne – ou bien 30 milliards de litres pour capter des opportunités d’exportation », s’interroge-t-il. « Nous nous sommes longtemps contentés du marché communautaire or c’est là que nos amis allemands sont les plus forts ». (…)

Alléger les contraintes

« Il faudrait lâcher un peu les agriculteurs », réclame Joseph Giroud, président de la Chambre d’Agriculture du Rhône et secrétaire général de l’APCA (Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture). « À force de cumuler les normes, nous n’y arrivons plus. Que l’on ne nous mette pas des bouées en plomb autour du cou tous les matins. »

La table ronde a réuni (de gauche à droite) Vincent Chatellier (Inra), Jean-Michel Schaeffer (Jeunes Agriculteurs), François Cholat (GAIC), Joseph Marquet (Gatine Viande), Stéphane Dahirel (Gaevol) et Joseph Giroud (Chambre d’Agriculture du Rhône).

Ces contraintes proviennent parfois aussi de la PAC (Politique Agricole Commune) qui, dans son ambition de durabilité, devrait entraîner un verdissement des aides. Cette évolution est parfois vue par les agriculteurs comme une contrainte supplémentaire. « Les Allemands font de l’environnement une force économique ; en France, c’est vu comme une norme qui empêche l’économie, déplore Vincent Chatellier. Nous n’avons pas la modernité de vision de l’environnement ». Il lie ce trait de caractère avec la « capacité des Allemands à se positionner sur les marchés gagnants ».

Se coordonner pour mieux avancer

Jean-Michel Schaeffer, président des Jeunes Agriculteurs et éleveurs de volailles, dénonce une organisation de l’agriculture française peu efficace. « Comme une équipe de football, nous avons beau avoir de très bons joueurs, s’ils ne savent pas jouer ensemble, on ne marquera pas de but ». Il souhaite alors que chaque maillon de la filière soit « optimisé au maximum » et rentre « dans des relations très partenariales avec son amont et son aval ». Le gouvernement accompagnerait alors un pilotage mené par les agriculteurs. « Il faudra être capable de se remettre en ordre de marche. »

Symptôme de ce cloisonnement de certains métiers, la contractualisation peine à prendre forme un an après l’annonce par Bruno Le Maire, ancien ministre de l’agriculture, de sa généralisation. « Bien peu de contrats ont été signés depuis un an entre les fabricants et leurs clients, déplore Alain Guillaume. Non que des offres n’aient été faites par les fabricants mais plutôt que la visibilité et le niveau des prix des produits animaux, très bas, face à des matières premières très chères et très volatiles, ont découragé les éleveurs à s’engager. Nul doute que si la situation avait été inverse, nous aurions croulé sous les contrats. Mais, ne rêvons pas. Quoi qu’il en soit, plus les prix des matières premières sont élevés, plus le savoir-faire du fabricant d’aliment, comme de l’éleveur, prend de la valeur. » Et Jean-Michel Schaeffer de compléter : « On a présenté la contractualisation comme un objectif, mais ce doit être un moyen. On aurait dû partir du débouché et non pas de l’agriculteur ».

Émilie Auvray

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 657 – juin 2012

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