A Budapest : succès du 4e congrès Danube Soja

Le 4e congrès de l’association Danube Soja a eu lieu à Budapest du 24 au 25 novembre sur le thème Sustainaible Soya, Sustainable Europe (Soja durable, Europe durable). Suivi par plus de 300 professionnels de 26 pays, cet événement est venu prouver que la transition protéique de l’Europe est bien en marche.

Si jeune et déjà si mûre. Fondée il y a quatre ans, l’association Danube Soja n’a qu’un objectif : promouvoir le développement de la culture de soja non OGM dans la région du Danube et en Europe. « Nous sommes défenseurs d’une agriculture écologique et d’une meilleure protection des cultures, avec une prédilection particulière pour le soja », affirme dans son allocution d’ouverture Matthias Krön, le fondateur et l’actuel président de Danube Soja qui réunit aujourd’hui 240 membres dans toute l’Europe. Le soja se trouve au cœur des sujets d’actualité de l’agriculture européenne, avec chaque année plus de 40,5 millions de tonnes de soja (en graines ou farine) utilisées principalement pour l’industrie de l’alimentation animale, dont près de 90 % sont importées de l’étranger. « Les légumineuses occupent à peine plus de 2 % des surfaces agricoles européennes, précise le président de Danube Soja qui ajoute : Nous devons tout faire pour que les agriculteurs bénéficient des aides adéquates pour cultiver des légumineuses. Notre objectif est d’aider l’Europe à réaliser sa transition protéique qui est un sujet complexe et nous avons besoin de construire ensemble le marché avec l’aide des gouvernements et de l’industrie. »

Pendant la conférence de presse avant l'ouverture du congrès.

Pendant la conférence de presse avant l’ouverture du congrès.

Traçabilité et marques

Le congrès de Budapest a été une excellente opportunité pour découvrir quelles sont les actions menées par Danube Soja pour atteindre ses objectifs. La recherche, la promotion et le partenariat sont les trois mots-clés qui sous-tendent les activités de l’association. Cette dernière a mis au point une double certification (Danube Soja, Europe Soja) lui permettant d’assurer la traçabilité du soja sur toute la chaîne de production, du champ à l’assiette, et ceci avec trois niveaux de contrôle allant de l’autocontrôle à la certification par des organismes tiers indépendants. « Chaque maillon de la filière participante doit être certifié par un organisme tiers, lui-même référencé par l’association Danube Soya, précise Susanne Fromwald de Danube Soja qui ajoute : Notre but est que la moitié de la demande européenne en soja soit couverte par nos labels certifiés Danube Soja et Europe Soja d’ici 2025, et d’établir un climat de confiance autour de ces deux labels. » Comme l’a précisé Susanne Fromwald dans son intervention, l’association garantit aussi l’origine du soja commercialisé qui ne doit pas provenir de surfaces ayant fait l’objet de déforestation.

Toujours dans le domaine de la traçabilité, le Dr Bernd Bodiselitsch d’Imprint Analytics est venu présenter la première base de données analytique, existant depuis 2016, sur le soja et qui vient renforcer le système d’assurance qualité de l’association. Dénommée First comprehensive global isotope database of soya beans (Première base de données mondiale de connaissances sur les graines de soja), elle comporte les caractéristiques de plus de 600 échantillons de soja référencés par zone géographique et issus de 35 pays (européens ou non). Les informations qu’elle comporte (3 000 analyses, 15 variables) permettent de vérifier l’origine géographique du soja (soja européen ou non), et de différencier le soja certifié Danube Soya de celui qui ne l’est pas.

Toujours dans le but de distinguer le soja non OGM de celui qui ne l’est pas, une cotation quotidienne a été mise en place en coopération avec plusieurs pays. Disponibles sur le site internet de l’association Danube Soja, ces cotations permettent notamment de connaître les prix du tourteau de soja (ramené à 44 % de protéines) non OGM de plusieurs régions d’Europe : Allemagne du Nord et du Sud, Autriche, Hongrie, Italie. Comme l’a précisé dans sa présentation Bertalan Kruppa de Danube Soja, cette cotation va être enrichie à l’avenir de celle de Rotterdam, avec d’autres projets comme des applications smartphone, un annuaire du soja non OGM ou des notes mensuelles sur le prix du soja non OGM.

Nouveaux marchés

Le congrès de Budapest a été aussi l’occasion de mieux connaître les marchés du soja en Hongrie et dans les pays voisins, ainsi que les projets de développement menés dans la région par l’association Danube Soja. « Nous importons chaque année 700 000 tonnes de soja et nous sommes en faveur du développement d’une culture de soja non OGM », a affirmé Istvan Nagy, vice-ministre de l’Agriculture de Hongrie. Un travail de recherche est en cours dans le pays sur les semences de soja adaptées au marché hongrois et M. Nagy estime « qu’il faut s’inspirer des connaissances de nos grands-parents et l’adapter ». « La culture du soja s’est développée ces dernières années en République slovaque pour atteindre une surface record de 43 000 ha en 2015 », témoigne ensuite Štefan Ryba, directeur général de la section agricole du ministère de l’Agriculture et du Développement rural de la République slovaque. Le pays a mis les cultures non OGM en tête de ses priorités avec un objectif de 100 000 ha de soja d’ici 2025.

À propos des nouveaux marchés du soja en Europe, une présentation intéressante a été faite par Jovana Djisalov de Danube Soja Serbie à propos du développement du soja en Serbie. Le pays est le deuxième producteur de soja en Europe derrière l’Italie (voir tableau), avec 216 000 ha et 648 000 tonnes produites en 2015. « La Serbie est le seul pays d’Europe à couvrir ses besoins en protéines avec ses propres cultures de soja », affirme Jovana Djisalov qui ajoute qu’un tiers de la production est exporté en Europe une fois transformée en farine ou en huile, les deux-tiers restant étant destinés à l’industrie de l’alimentation animale. Le pays compte par ailleurs 1 000 ha de culture de soja bio à destination de l’export vers l’Europe. « Nous devons tout faire pour garder notre identité de producteur de soja non OGM », insiste la conférencière qui apporte ensuite des informations sur le marché du soja en Bosnie-Herzégovine. Dans ce pays, où 80 % des exploitations ont moins de 5 ha, la culture du soja a bondi de 76 % ces deux dernières années pour atteindre 7 200 ha. La production de soja a atteint 15 800 tonnes en 2015 et le pays est fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins. Chaque année, la Bosnie-Herzégovine importe environ 75 000 tonnes de farine de soja et 14 000 tonnes de graines, le principal transformateur de ces dernières étant l’entreprise Bimal. L’importation de produits de soja OGM a été légalisée mi-2015 par l’État bosniaque qui depuis a délivré vingt-neuf autorisations d’importation.

La contamination du marché par du soja OGM est également un challenge du marché ukrainien où des cultures illégales de soja OGM sont importantes. Les surfaces de soja y sont en forte augmentation, passant de 1,3 million d’hectares en 2013 à 2,1 millions d’hectares en 2015, avec des prévisions à 1,8 million d’hectares en 2016 et avec une production estimée à 3,8 millions de tonnes. Depuis 2015, l’association Danube Soja est présente en Ukraine et le congrès de Budapest a été l’occasion de présenter les activités de la société Adampol Soja qui, depuis cinq ans, œuvre pour une production de soja non OGM pour l’export. « Il existe un énorme potentiel de production de soja en Ukraine, environ 20 millions d’hectares et 15 millions de tonnes de production », estime Dmitry Motuzko d’Adampol Soja. La société vient d’investir dans une unité de broyage des graines de soja d’une capacité de 1 500 t/j. Adampol Soja a également investi dans un terminal logistique à Zlote Ziarno en Pologne, qui permettra à l’entreprise d’exporter ses produits de soja par voie ferroviaire à partir de l’Ukraine et à destination des marchés européens. « Il existe un potentiel d’exportation de soja ukrainien vers l’Europe de 5 millions de tonnes d’ici dix ans », estime Dmitry Motuzko.

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P. Caldier

 Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 703 – Janvier-février 2017

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