Bourgogne : Lagrost au cœur du mash

Cherizet est la plus petite commune du département de Saône-et-Loire. Elle compte 24 âmes la nuit… mais deux fois plus dans la journée grâce à l’unique entreprise locale : l’usine d’aliments Lagrost, créée et gérée par Armand Lagrost, par ailleurs maire de la commune depuis 15 ans. Rencontre avec un entrepreneur à la fois ancré dans sa région et dans son métier et ouvert sur le monde.

Armand Lagrost a créé l’entreprise en 1994. Il était alors engraisseur et fabriquait l’aliment de son troupeau.

Armand Lagrost a créé l’entreprise en 1994. Il était alors engraisseur et fabriquait l’aliment de son troupeau.

Armand Lagrost a fondé l’entreprise qui porte son nom en 1994. Alors éleveur, il engraissait des charolais depuis vingt ans dans la ferme héritée de ses parents et de ses grands-parents à Cherizet, en Saône-et-Loire. « Après avoir été naisseurs, nous étions devenus “emboucheurs” : nous achetions les bovins maigres adultes, que nous nourrissions à l’herbe et aux compléments », décrit-il. C’est auprès de ses animaux – il a compté jusqu’à 600 vaches à l’auge – qu’il a appris les matières premières et conçu ses premiers mélanges : « Les matières premières jouent un rôle primordial pour faire une belle qualité de viande. Les aliments que je pouvais acheter à l’époque ne me satisfaisaient pas pleinement. J’ai simplement cherché à reconstituer l’aliment que mes grands-pères donnaient à leurs bêtes, à base de betterave, de son de blé, de tourteaux… C’est ainsi que j’ai appris à formuler auprès de mes animaux, raconte-t-il. J’ai testé les matières premières et les formules sur mes bêtes, j’ai vu les résultats très concrètement. »

Devant la demande croissante des voisins, amis et connaissances qui souhaitent utiliser son aliment, Armand Lagrost crée son entreprise en juin 1994 avec comme objectif de vendre 2 000 t annuelles pour rentabiliser l’investissement industriel. Dès la première année, 12 000 t sont vendues. Dès octobre un camion est acheté pour assurer les livraisons les plus proches. En juin 1996, vu le rythme de croissance de la production qui atteint 18 000 t, les deux activités sont officiellement séparées : Armand Lagrost prend les rennes de l’usine de mash et laisse le troupeau familial à son frère. « Les 25 000 premières tonnes ont été vendues sans un commercial : les clients étaient demandeurs, ils nous sollicitaient. Nous avons vraiment répondu à une demande à cette époque. » En 2003, l’année de la sécheresse, l’usine atteint son pic d’activité à 48 000 t, qu’elle maintiendra pendant quatre années. Pendant ces dix premières années, l’usine s’est agrandie au rythme d’un investissement par an, pour couvrir rapidement 8 000 m2.

45 000 t de mash

Vingt ans plus tard, toujours 100 % indépendante et familiale, l’entreprise Lagrost fabrique 45 0000 t de mash par an et emploie 33 salariés. Sa capacité est de 80 000 t, qui serait atteinte en élargissant les plages horaires de fonctionnement. Sans granulation, il n’y a pas de goulet d’étranglement technique dans le process de production : le temps de mélange n’est que de vingt minutes. La spécificité du process réside dans le savoir-faire des chauffeurs d’engins qui doivent manipuler les matières premières avec beaucoup de respect, malgré la taille et la puissance de leurs machines. Une dizaine de personnes travaillent à la production.

Armand Lagrost définit le mash comme « un mélange de matières premières nobles, en l’état, sans granulation, ni broyage pour garantir l’apport de particules grossières à la vache. Un mélange transparent, à l’image d’une salade composée, dont tous les composants sont visibles à l’œil. Chez nous, il n’y a pas de noyau : le minéral est introduit sous forme de semoulette et fabriqué sur place depuis 2003. »

La ligne Agrofibre permet à Lagrost de fabriquer un aliment complet fibreux.

La ligne Agrofibre permet à Lagrost de fabriquer un aliment complet fibreux.

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Diversification

En 2008, au plus fort de son activité, Lagrost investit deux millions d’euros dans une unité d’incorporation de la fibre Agrofibre : 4 000 m2 de bâtiment supplémentaires, du stockage, une mélangeuse, deux presses. L’activité consiste à incorporer des fourrages (ensilage, enrubannage, paille) pour fournir des bottes rectangulaires d’aliment fibreux complet de 250 à 350 kg. Le produit existe en version humide pour les chevaux, enveloppé dans un plastique opaque pour éviter les fermentations. Grâce à son outil de compactage, Lagrost fabrique également des balles de fourrages, paille ou foin, et d’aliments fibreux pour les jardineries.

« Cet investissement a été salvateur, reconnaît Armand Lagrost. À partir de 2009, notre activité traditionnelle s’est mise à stagner et nous avons dû engager un processus de diversification. Nous avons investi à temps, car il n’est pas dit que nous aurions pu le faire un an plus tard. » Au final, la production de fibre représente 15 % de l’activité et a permis à Lagrost de se positionner sur des marchés nouveaux : basse-cour, nouveaux animaux de compagnie… « Nous avons aussi pris des contacts avec le secteur des AOC − contraints par leur cahier des charges pour le niveau d’ensilage − qui se révèle intéressé par ces rations complètes de qualité. »

Jamais à court d’idée, Lagrost créait il y a deux ans la Fibre du Père Lagrost, un aliment très fibreux compacté dans le but d’occuper les animaux de compagnie, lapins, octodons, cochons d’Inde, chèvres naines… Dans son étude de marché, Armand Lagrost a découvert qu’il en existait une population de quatre millions de têtes en France. « Dont 1,5 million de lapins nains, qui mangent chacun 20 g de foin tous les matins, soit un marché potentiel annuel de 30 t. » C’est avec ce petit bloc à ronger, présenté fortuitement au Space sur le stand d’un fabricant de mélangeuse, qu’Armand Lagrost a retenu l’attention d’Inzo° et développé avec la firme-services le bloc à ronger pour les lapins, couronné d’un Innov’Space au dernier salon : « L’innovation est toujours payante, c’est le moteur de l’entreprenariat », estime Armand Lagrost.

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Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 673 janvier-février 2014

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