Porc : une compétitivité en question

Éleveurs de porcs, groupements de producteurs, entreprises de la viande et distribution main dans la main : c’est l’image que l’on retiendra de la relance du logo « Viande porcine Française » (VPF), médiatisée à la veille du Salon de l’agriculture. La filière n’est toujours pas sortie de la crise initiée, en 2007/08, par la flambée des matières premières, qu’elle n’a pas pu répercuter au niveau de ses prix de vente, désespérément en berne. Les fabricants d’aliment bretons sont en première ligne, qui alertent depuis un an sur le niveau de leurs engagements financiers chez les éleveurs, comme sur le désengagement des banques. La filière porcine dans son ensemble est fragilisée et certains hauts responsables professionnels confient qu’elle n’en a pas fini de sa restructuration. Une nouvelle cure d’amaigrissement se profile, tant au niveau de l’abattage-découpe que de la fabrication d’aliment. Trop d’usines seraient aujourd’hui en sous-utilisation. Le repli de la production d’aliment porc enregistré en 2009 (-6,8 % en France, -6,2 % en Bretagne) ne va pas arranger les choses. La baisse globale des fabrications d’aliments composés (-5,9 %) non plus. Les rapprochements d’entreprises ne sont pas achevés, ainsi qu’en témoigne la création, début février, d’Aveltis, qui fusionne dans un groupement unique trois coopératives bretonnes (LT, PBO et Pigalys), et auquel adhère la section porcine de Terrena.

Acheter du porc « VPF » est présenté, par les éleveurs, comme un « acte citoyen ». C’est aussi une invitation pressante à mobiliser toute la fi lière, à l’heure où le découragement menace. « Nous avons de gros soucis de compétitivité », convient Jean-Michel Serres, le président de la FNP. Grand pays d’élevage, la France pourtant a vu son déficit en viande doubler en 2009 et atteindre 623 millions d’euros. Les exportations françaises de viande porcine arrivent loin derrière celles de l’Allemagne, du Danemark, de l’Espagne, des Pays-Bas ou de la Belgique. Ce problème de compétitivité dépasse largement le cas de la seule filière porcine, fait valoir la distribution (FCD). De fait, le solde agroalimentaire français est tombé de 8,7 à 5,2 milliards d’euros entre 2008 et 2009. Même si la crise économique et financière mondiale porte une part de responsabilité, il y a péril. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, va d’ailleurs lancer une série d’audits par filières agricoles, de façon à disposer d’un « diagnostic précis » et de « comprendre cet écart de compétitivité des filières françaises ».

À l’heure de la relance du logo VPF, on pourra aussi se demander si le principal concurrent du porc français n’est pas la volaille, réputée meilleur marché, plutôt que le porc produit à l’étranger. Sur le dernier trimestre 2009, les fabrications d’aliment poulet et pondeuse progressent de 3 % et 2 % respectivement. Quand celles d’aliment porc abandonnent encore 4,3 %.

Par Benoît Contour,

La Revue de l’Alimentation Animale – Mars 2010 – N° 634

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