Symposium Tecaliman : le Big Data nourrira-t-il les animaux demain ?

Comme chaque année à la Cité des congrès de Nantes, plus d’une centaine de professionnels du secteur de la nutrition animale se sont réunis, le 21 mars, pour le symposium annuel de Tecaliman. Tout comme le symposium 2016 consacré à l’innovation, cet événement était résolument tourné vers l’avenir de la filière, avec pour thème : la gestion et l’utilisation des données au service de la nutrition animale.

Après quelques mots de bienvenue de M. Yves Brochard, président de Tecaliman, David Le Glanaer de SYD Conseils a lancé le symposium par une intervention très suivie sur le Big Data aujourd’hui : actualités, perspectives et enjeux dans le monde industriel. Dès le début de son intervention, David Le Glanaer est pragmatique et très pédagogue en posant une question de fond : « J’ai des partenaires, des clients, des fournisseurs, comment recueillir et échanger des données et les transformer en services ? ». Pour ce faire, le conférencier va présenter une méthode en sept points visant au final à créer de la valeur et à « réinventer son métier ».

David Le Glanaer, Syd Conseils : « Changer de business model. »

David Le Glanaer, Syd Conseils : « Changer de business model. »

« La donnée n’est plus un coût mais un patrimoine et votre connaissance peut faire de vous un fournisseur de données raffinées », lance David Le Glanaer, invitant les participants du symposium « à faire des choses que les concurrents ne font pas », avec un credo novateur : « Plus vous partagerez vos données, plus vous serez généreux et plus vous générerez de la valeur ». À ce raisonnement « communautés » avec lesquelles on va faire des découvertes, s’ajoute une remise en cause de notre mode de pensée causale.

Le conférencier, qui est également animateur du Comité de pilotage national du Centre des jeunes dirigeants sur la prospective, invite les participants « à réinventer leur métier grâce à la vente de leur expérience ». « Votre défaut ? Vous êtes super bons dans votre métier et vous n’avez qu’un seul regard », ajoute David Le Glanaer pour argumenter son approche qui consiste à voir autrement les données, à les partager pour faire évoluer au final son business model. « Avec le Big Data, vous vendrez autre chose que de l’aliment », conclue le conférencier, laissant plus d’un participant à la renverse.

Le droit des données

Puis une présentation sur le droit des données est faite par Juliette Chavane de Dalmassy, du Cabinet d’avocat Cornet Vincent Segurel. La conférencière insiste tout d’abord sur la diversité des données de l’entreprise, qu’elle qualifie d’« actif essentiel et stratégique mais ne faisant pas l’objet de définition précise. Les données constituent une notion très large (toute information collectée ou développée par l’entreprise) et marquée par une absence de régime juridique général », note Juliette Chavane de Dalmassy, qui souligne l’omniprésence des données à caractère personnel. Ces dernières sont définies par la loi n° 6-78 du 6 janvier 1978, dite loi informatique et liberté. Cette dernière venant d’être complétée par un Règlement européen (2016/679) entré en vigueur en mai 2016 et applicable à compter de mai 2018.

Juliette Chavane de Dalmassy, du Cabinet d'avocats Cornet Vincent Segurel : « La propriété des données est une notion parfois difficile à déterminer. »

Juliette Chavane de Dalmassy, du Cabinet d’avocats Cornet Vincent Segurel : « La propriété des données est une notion parfois difficile à déterminer. »

Ce nouveau cadre juridique entraîne de nouvelles obligations pour les responsables de traitement en matière de données à caractère personnel, dont l’obligation de désigner un responsable de la protection des données (Data Protection Officer) pour les entreprises de plus de 250 salariés, ce responsable étant interne ou externe à l’entreprise et joignable 24 heures sur 24. Le nouveau Règlement européen impose également aux entreprises de réaliser une étude préalable de risques (principe d’accountibility) consistant à identifier les risques et la manière dont les données sont protégées. Les critères d’application des données personnelles sont très larges (santé, orientation politique ou sociale) et parmi les obligations principales figure également la déclaration des fichiers clients à la Cnil. La présentation a également évoqué l’évolution législative significative et récente en matière de données publiques, notamment les conditions de l’exploitation et de la réutilisation de ces données par différents acteurs économiques.

Enfin, la propriété des données reste une notion parfois difficile à déterminer. Juliette Chavane de Dalmassy a évoqué différents moyens, notamment juridiques, pour protéger les données, tels que le secret ou le contrat, ce dernier étant nécessaire pour l’exploitation des données personnelles (contrat avec l’utilisateur, contrat avec le sous-traitant).

Sécurité des données

Dans l’intervention suivante, Olivier Jouan d’Adventiel s’est intéressé à la protection matérielle des flux de données et des données. Le Big Data, fruit de l’explosion des collectes de données numériques, couplé à un besoin sans cesse plus important de disposer de l’information pertinente à tous les échelons de l’entreprise, y compris en déplacement, conduit le système d’information à se trouver réparti sur un ensemble de dispositifs fixes ou nomades, dans le Cloud, ou en transit sur les réseaux d’opérateurs. Dans un contexte de cybercriminalité croissante, cette révolution confronte les entreprises à de nouvelles problématiques de sécurité. Une approche par l’appréciation des risques sur les actifs d’information permet d’appréhender la sécurité des données stockées, ou lors de leur déplacement sous l’angle de la disponibilité, de l’intégrité et de la confidentialité, voire de la traçabilité à tous les niveaux de l’organisation.

« La sécurité des données peut alors être envisagée sous la forme de niveaux de service, comparables à ceux que vous mettez en œuvre pour vos clients et en ligne avec la stratégie de l’entreprise », affirme Olivier Jouan. Les solutions techniques indispensables, allant de la sauvegarde au cloud en passant par le Plan de continuité d’activité, découleront alors d’arbitrages raisonnés et revus régulièrement pour atteindre un rapport sécurité/coût accepté. « L’essentiel est d’adopter une méthode pragmatique pour avancer en associant tous les métiers de l’entreprise », résume le conférencier.

Yannick Blanchard, de l’Anses.

Yannick Blanchard, de l’Anses.

Bio-informatique

Puis Yannick Blanchard, du laboratoire de l’Anses de Ploufragan, a illustré l’apport des nouvelles technologies, notamment des données de séquençage haut débit, pour la santé animale. Le séquençage du génome humain, achevé en 2004 pour un coût total estimé à 3 milliards de $, a constitué une avancée majeure en médecine et en biologie. Réalisé par la technique classique de séquençage dite « technique de Sanger », technique bas débit, ce séquençage a été à l’origine d’une compétition technologique (the Archon genomics X prize) dont l’enjeu était un prix de 10 M$, pour le séquençage d’un génome humain (3 milliards de bases) pour 1 000 $ ou moins et la possibilité de séquencer 100 génomes humains en moins de 30 jours. Cette avancée technologique s’est traduite par l’apparition d’une nouvelle génération de séquenceurs (NGS) qui s’est rapidement diffusée à l’ensemble des domaines de la biologie, dont la médecine vétérinaire et la sécurité alimentaire. Ces nouvelles technologies font très largement appel à l’informatique dédiée à la biologie (bio-informatique) et ont nécessité le développement d’une expertise spécifique.

Depuis 2012, l’Anses a développé son expertise dans le traitement des données issues du NGS, mais s’est aussi équipée en matériels, afin de mener à bien ses différentes missions dont, tout particulièrement, la détection des émergences, qu’elles soient d’origines virales ou bactériennes. À travers différents exemples issus des travaux menés à l’Anses, l’apport de ces nouvelles technologies dans le domaine de la santé animale est illustré : détection de diverses émergences en France (DEP, virus Usutu), métagénomique appliquée aux maladies entériques du porcelet, travaux sur l’antibiorésistance.

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P. Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 706 – Mai 2017

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