Volaille : l’alimentation comme levier de développement durable

La WPSA, association spécialisée dans l’industrie aviaire, organisait le 23 mars dernier à Rennes une journée d’échanges autour du thème : « Innovation : moteur de la diversification et de la viabilité des filières ». L’alimentation constituait un thème prépondérant de cette journée en tant que levier d’action possible au service du développement durable.

Les 5e jeudis de la WPSA (World’s Poultry Science Association), qui se tenaient cette année à l’Agrocampus de Rennes, ont permis de revenir en détail sur des axes de recherche ou de production innovants pour la filière aviaire. La matinée était en grande partie consacrée au thème de l’alimentation au service du développement durable, et Sandrine Mignon-Grasteau, de l’Inra, a ainsi présenté les essais de l’institut visant la maîtrise quantitative et qualitative des rejets par la sélection. « Les moyens utilisés à l’heure actuelle reposent soit a posteriori sur le traitement des rejets soit en amont sur la réduction de la production de rejets par la voie nutritionnelle ou par la sélection d’animaux à faible indice de consommation, introduit la chercheuse. En revanche, la possibilité de sélectionner directement sur des caractéristiques des rejets n’avait pas encore été envisagée. »

L’Inra s’est donc penché sur l’efficacité digestive en prenant en compte différents facteurs (quantité de fientes fraîches ou fientes sèches par rapport au poids vif, indice de consommation et consommation résiduelle…), et a mené ses expériences sur 630 poulets nourris pendant 23 jours avec du blé difficile à digérer (rialto). Après avoir collecté les fientes entre le 17e et le 23e jour,  « il est apparu  que le poids de fientes fraîches rapportées à la consommation est peu héritable, contrairement au poids de fientes sèches rapportées à la consommation », indique la chercheuse.

(…) Pour conclure, Sandrine Mignon-Grasteau a précisé que la comparaison d’animaux sélectionnés ou non sur l’efficacité digestive montre que « la sélection sur l’énergie métabolisable ou sur le poids de fientes sèches rapportées à la consommation permettrait de réduire les rejets de 10 à 32 %, les rejets d’azote de 16 % et ceux de phosphore de 9 %, à performances de croissance équivalente ».

Nutriment CO2

Nicolas Brevault et Antoine Le Nepveu ont présenté la démarche « Économie Planète » de Sanders, qui prend en compte la question du développement durable dans la stratégie de production : « Le programme « Économie Planète » met en place plusieurs outils de calcul et élabore une méthode basée sur l’analyse de cycle de vie simplifiée », introduit Nicolas Brevault. L’approche de Sanders se focalise sur les émissions de gaz à effets de serre en cherchant les leviers d’action à travers différents maillons de la filière poulet.

Nicolas Brevault et Antoine Le Nepveu (photo) ont présenté la stratégie de production de Sanders consistant à identifier les leviers d’action possibles pour limiter les émissions de gaz à effet de serre à travers différents maillons de la filière poulet.

En ce qui concerne la formulation, cette démarche a permis à Sanders d’aboutir à l’élaboration du nutriment CO2, correspondant à la valeur carbone d’un aliment. « Le nutriment CO2 prend en compte les données issues de la mission développement durable, du Snia, de l’Afca-Cial, Coop de France NA et Tecaliman, précise Nicolas Brevault. La méthode considère également la déforestation due au soja et l’allocation économique entre produits et coproduits. L’outil de calcul a été ramené au kilo de filet, et l’indicateur retenu est donc l’indice GES (gaz à effet de serre) filet, c’est-à-dire l’équivalent kilo CO2 ramené au kilo de filet. »

La démarche a ensuite consisté à identifier les différents volets d’action impliqués selon les maillons de la filière poulet, depuis la formulation des aliments jusqu’à l’abattoir en passant par l’élevage et les cultures des matières premières. « Le maillon aliment, qui comprend la culture des matières premières et la stratégie nutritionnelle, contribue à lui seul pour 49 % du coût GES », précise Antoine Le Nepveu. Au niveau de la formulation sur le nutriment CO2, Sanders a donc comparé l’effet matières premières et l’effet densité nutritionnelle à partir de différentes formulations classiques : il apparaît notamment que le soja, qu’il soit en huile, graines ou tourteaux, contribue fortement au coût carbone. (…)

Les nutritionnistes de Sanders ont poursuivi la présentation de leur démarche en observant l’effet de la densification nutritionnelle sur l’indice de consommation et le rendement filet. « Densifier l’aliment de 5 % en énergie a un impact sur les performances zootechniques et augmente le rendement. (…) », conclut Antoine Le Nepveu.

Le maillon transports

S’intéressant au maillon élevage, qui contribue à hauteur de 35 % au coût GES, l’équipe de Sanders est partie de l’idée de replacer « l’éleveur au centre de l’activité », et a identifié plusieurs leviers d’action à même de baisser le bilan carbone de la filière : intervenir sur l’indice de consommation, valoriser les matières organiques et maîtriser la consommation énergétique, notamment en installant des échangeurs dans les élevages. Enfin concernant les transports, qui comptent pour environ 10 % du coût GES, Sanders a émis l’hypothèse d’une réduction des distances de 200 à 50 km entre l’élevage et l’abattoir aboutissant à une baisse de 0,8 % de l’IGES filet mais « le gain est à modérer en fonction des investissements et des difficultés rencontrées pour mettre en œuvre une telle mesure », note Antoine Le Nepveu.

(…) Sanders a relevé un impact positif du passage aux 44 tonnes puisque ce dernier permettrait une réduction de 3 à 5 % des émissions de GES du transport routier, soit un gain au filet de 0,3 %.

Le levier d’action au niveau de l’abattage concernerait quant à lui le poids vif du poulet avant abattage : « L’alourdissement du poulet à l’abattage permet jusqu’à 15 % de réduction de l’IGES au filet », observe Antoine Le Nepveu.

Environnement et économie

(…) Les techniciens évoquent aussi les limites de ces expériences en rappelant qu’ils se sont concentrés sur un seul enjeu environnemental, l’émission de gaz à effet de serre, alors que les leviers d’action peuvent être différents, voire contradictoires, selon l’impact pris en compte. « Une chose est sûre, l’enjeu environnemental est en phase avec l’économie », conclut Antoine Le Nepveu, qui ajoute que le défi reste de « produire de manière durable dans une économie de plus en plus instable. »

La volatilité des prix des matières premières et son incidence sur la nutrition animale constituaient justement le thème de l’allocution de Laurent Morin, de l’association Feedsim Avenir. (…) « Les prix locaux sont désormais largement influencés par les prix mondiaux. »

Laurent Morin, de Feedsim Avenir : « La formulation permet un lissage des prix, mais que sur du court terme. »

Dans ce contexte économique difficile, « l’expertise en formulation constitue un levier d’autant plus important, analyse le secrétaire général de l’Afab. La formulation permet en effet un lissage des prix, mais que sur du court terme », a-t-il rappelé. Partant du constat que la formulation peut directement orienter l’approvisionnement en matières premières des usines d’aliment du bétail, Feedsim Avenir a développé un modèle mettant en évidence cette interaction entre formulation et flux des matières premières dans le Grand Ouest. (…)

« Les variations des incorporations dans l’aliment volaille sont relativement plus rigides, note Laurent Morin. Si l’on observe de fortes substitutions entre les principales céréales, l’aliment volaille reste quant à lui dépendant du blé, du maïs et du tourteau de soja, avec des marges de manœuvre modérées. La R&D trouve tout son sens pour réduire cette dépendance et valoriser les matières premières et protéines locales », conclut le responsable de Feedsim, qui rappelle également que la consommation de soja dans l’Ouest représente seulement 1,4 % de la consommation mondiale.

Sarah Le Blé

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 656 – Mai 2012

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