Sommet de l’élevage : alimentation des animaux et impact environnemental

Jean-Michel Boussit (Thivat Nutrition Animale). « Depuis un an, la profession travaille à l’évaluation de l’impact environnemental des aliments. »

Comment mesurer, pour mieux le limiter, l’impact environnemental de la fabrication des aliments pour les animaux ? Quelle est la part de responsabilité des matières premières et des coproduits, pour quelles conséquences économiques dans les entreprises ? Les professionnels de la nutrition animale, réunis l7 octobre au Sommet de l’élevage, ont livré une première approche.

Coop de France Nutrition animale, le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) et l’Union régionale des fabricants d’aliments composés Auvergne et Limousin (Urfacal) ont tenté de répondre à la question de l’évaluation de l’impact environnemental de l’alimentation des animaux au cours d’une table ronde au Sommet de l’Elevage, à Cournon (Puy-de-Dôme). Conclusion : des pistes sont ouvertes, avec un passage obligé : « La nécessité d’être réaliste au plan économique, dans un monde très concurrentiel », a commenté le président du Snia, Adolphe Thomas. Face aux « nouvelles attentes » de la société en matière environnementale, la réflexion n’est pas restée en panne chez les professionnels de l’alimentation animale. Elle a aujourd’hui pour cadre la Mission technique sur le développement durable (MDD) qui réunit les trois syndicats de la nutrition animale – dont l’Afca-Cial – et associe Tecaliman.

À Cournon, les professionnels ont annoncé que le développement durable s’appliquerait à la nutrition animale autour de trois éléments prioritaires, d’après leur réflexion. D’une part l’indicateur de gaz à effet de serre, d’autre part les autres indicateurs de l’« affichage environnemental », enfin tout ce qui se situe « au-delà de ces indicateurs ». (…)

Eau et biodiversité

À propos des autres indicateurs environnementaux, la mission estime que des critères « biodiversité » et « eau » sont à construire pour évaluer les aliments. « Nos premières approches sur le critère « eau » lié à l’eutrophisation aboutissent à une hiérarchie des matières premières inversée par rapport à celle découlant du critère « gaz à effet de serre ». Toute amélioration par la formulation de l’un de ces deux critères dégrade l’autre. C’est l’impasse ! » Concernant ce qui se trouve « au-delà du champ de l’affichage environnemental », les professionnels se disent « prêts à construire avec les filières animales la contribution de l’alimentation au coût environnemental des produits animaux. Nous souhaitons travailler avec elles sur d’autres indicateurs du développement durable – proximité des productions, valorisation des coproduits, etc. » La mission reconnaît que la marge de manœuvre du fabricant d’aliments pour améliorer la performance environnementale de ses produits par la formulation est limitée et coûteuse. Le gain est inférieur à la variabilité des valeurs « gaz à effet de serre » des matières agricoles non transformées dont découlent les valeurs « matières premières ». De plus, une évaluation environnementale des aliments composés « sur le seul critère « gaz à effet de serre » aboutit à un contresens. En se basant sur ce critère, un aliment à faible impact « gaz à effet de serre » serait pauvre en coproduits. Or, la valorisation des coproduits dans la nutrition animale est un atout pour le développement durable. »

Matières premières

L’affaire est désormais entendue. La part de responsabilité des matières premières dans les émissions de gaz à effet de serre des aliments du bétail est tout simplement « prépondérante ». En conséquence, selon les professionnels, l’évaluation de l’impact environnemental des aliments « passe par la définition de valeurs de gaz à effet de serre fiables pour les matières premières qui les composent ». La MDD a travaillé à l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre – exprimées en kilo équivalent CO2 par tonne (kg éq CO2/t) de matière première –, depuis la fabrication des intrants pour leur production agricole jusqu’à leur livraison dans les usines de fabrication d’aliments. Un grand nombre de matières premières a été passé au crible : blé, maïs, orge, triticale, colza, soja, pois protéagineux, luzerne pour les matières premières végétales agricoles non transformées ; issues de meunerie et d’amidonnerie, tourteaux et huiles, drèches de distillerie de blé pour les coproduits de première transformation. La mission a étudié des matières premières minérales (carbonate de calcium, phosphates) et des additifs (méthionine, lysine, urée, vitamines). Au cours de ses travaux sur les matières premières végétales agricoles non transformées, « la mission s’est appuyée sur des sources bibliographiques et des études réalisées principalement par Arvalis et l’Inra, qui fournissent des valeurs sortie de champ auxquelles a été ajouté le transport jusqu’à l’usine ». Il ressort que les « émissions en sortie de champ sont très dépendantes du rendement des cultures. Plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre des cultures sont liées à la fertilisation ». (…)

Produit/coproduit

Sur le point crucial de l’« allocation produit/coproduit » ou le partage des responsabilités entre l’un et l’autre dans les émissions de gaz à effet de serre, les professionnels ont rappelé que « le cycle de vie des coproduits inclut une étape supplémentaire de transformation de la matière première initiale en produit(s) et coproduit(s) ». Par exemple, de la graine de soja naîtra l’huile de soja et le tourteau de soja. En clair, les « impacts environnementaux générés pendant la transformation doivent être répartis entre les produits et les coproduits selon une méthode d’allocation ». Le problème étant de choisir entre plusieurs méthodes : méthode par substitution, allocation massique (en fonction des masses valorisées), méthode économique (selon les valeurs économiques), énergétique (d’après les contenus énergétiques). « Après avoir réalisé une analyse de sensibilité des différentes méthodes et noté que celles-ci influencent peu la hiérarchie des matières premières, nous avons retenu l’allocation économique. C’est une méthode utilisée au plan international qui a le mérite d’être cohérente pour le fabricant d’aliments. »

À propos cette fois de l’intégration d’une contrainte « gaz à effet de serre » dans la formulation des aliments, les professionnels ont indiqué avoir effectué une évaluation du « coût gaz à effet de serre » de plusieurs grandes familles d’aliments. Cependant, « compte tenu de la variabilité des valeurs « gaz à effet de serre » des matières premières et des choix méthodologiques, les valeurs sont à prendre avec précaution. En second lieu, la justesse de la hiérarchisation des matières premières importe plus que les valeurs absolues affectées à chacune d’entre elles ». De plus, les émissions dues à la fabrication des aliments n’ont pas été intégrées dans les calculs. Elles représentent en moyenne 3 % des émissions de gaz à effet de serre des aliments composés. Pour information, le concentré azoté pour vache laitière – environ 800 kg éq CO2/t – est de loin la formule d’aliments composés ayant l’impact environnemental le plus élevé. Devant le « poulet démarrage » et le « poulet finition » (600 kg éq CO2/t) et, à un niveau situé entre 400 et 500 kg éq CO2/t, le « poulet label », la « pondeuse », le « porc croissance », le « porc finition » et le « VL 2 095 ».

Développement durable

À la lumière de l’ensemble de ces données, le fabricant d’aliments doit donc trouver le juste équilibre entre la diminution de l’impact environnemental de son activité et le maintien d’un bon niveau de compétitivité économique pour son entreprise. Ce que les professionnels appellent l’« optimisation de l’impact des aliments composés sur le critère « gaz à effet de serre ». Car, « à qualité nutritionnelle constante », l’optimisation environnementale en question a une incidence sur le coût de l’aliment composé. L’impact environnemental d’un aliment étant formé à hauteur de 89 % par celui de ses matières premières, sa réduction passe logiquement « par une baisse de l’impact des matières premières, ou par un choix judicieux des matières premières dans la matrice de formulation ». Des études citées par les professionnels montrent que « par la formulation et en fonction des disponibilités de matières premières, le fabricant peut gagner au mieux 10 % sur la valeur « gaz à effet de serre » des aliments. Ce gain entraînant un surcoût moyen d’environ 3 % ». Il faut préciser que ces résultats varient selon les espèces animales. D’autre part, entre une optimisation de l’impact environnemental des aliments obtenu par la formulation ou bien due aux matières premières, cette dernière présente la marge d’action la plus significative. (…)

Dominique-J. Lefebvre

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA n°641 – novembre 2010

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