Snia, Adolphe Thomas : «Les matières premières sont à la base des enjeux actuels»

Le 27 mai, le Snia se réunira à l’occasion de son assemblée générale annuelle sur le thème « volatilité, disponibilité, compétitivité et acceptabilité : les nouveaux enjeux des matières premières en nutrition animale ». Entretien avec Adolphe Thomas, président du Snia, qui présente les nouvelles problématiques de la nutrition animale dans le contexte économique actuel.

La Revue de l’Alimentation Animale : Votre assemblée générale a pour thématique les matières premières et les différentes problématiques qui peuvent y être liées. Pourquoi ce choix ?

Adolphe Thomas : Les achats et la formulation ont toujours été au cœur du savoir-faire du métier de fabricant d’aliments composés. Il convient de garder à l’esprit l’importance des matières premières pour notre industrie, constitutives à 80 % de notre chiffre d’affaires, et le poids économique du poste alimentation dans le coût des productions animales en élevage : plus ou moins deux tiers en hors-sol. Les choix de ces matières premières, leurs conditions d’achat, leurs combinaisons dans l’élaboration des formules ont plus que jamais une importance stratégique et s’inscrivent désormais dans un nouveau contexte et dans une approche à la fois plus globale et plus complexe.

Adolphe Thomas, président du Snia : « Le retour des PAT constitue une problématique de filière sur laquelle les fabricants d'aliments, potentiellement utilisateurs de ces produits, ne peuvent se prononcer seuls pour ou contre leur incorporation. »

Ce nouveau contexte se caractérise par la volatilité des prix des matières premières, leur disponibilité influencée par une demande mondiale en croissance et des aléas climatiques, leur acceptabilité pour certaines d’entre elles au regard des enjeux de société et des réactions des consommateurs, tout cela sur fond d’échanges internationaux des denrées animales de plus et plus actifs et où la compétitivité relative de nos productions fait débat.

Le 7 mars, le Snia a communiqué aux pouvoirs publics une liste de propositions concernant la contractualisation. Quelle est la position du Snia ?

Si, pour les fabricants, l’expérience de la contractualisation en amont de leur métier avec leurs fournisseurs est déjà largement développée et met en jeu des outils fonctionnels, il est vrai qu’elle reste limitée s’agissant de la fourniture d’aliments aux éleveurs sauf en volaille de chair où il existe des contrats spécifiques de production. Les exemples de contrats cadres sur lesquels nous avons travaillé permettront aux fabricants de proposer à leurs clients des engagements dans la durée pour la fourniture d’aliments ; ils doivent définir les droits et engagements réciproques de l’éleveur et de son fournisseur. Nous devons naturellement les inscrire dans un cadre interprofessionnel avec chaque fédération d’élevage en prenant en compte les spécificités de chaque filière.

Ces nouveaux outils seront utiles à nos adhérents qui pourront ainsi construire de nouvelles relations avec leurs clients. Pour le Snia, il s’agit d’apporter une lisibilité sur le prix de l’aliment à terme qui doit permettre à l’éleveur d’anticiper ses coûts de production et de promouvoir une logique de filière conduisant à la répercussion de l’impact de l’évolution des cours de matières premières dans les prix de vente des produits animaux jusqu’au maillon distribution.

Dans ses propositions du 7 mars, le Snia s’est aussi penché sur la problématique de la volatilité des prix des matières premières. Quelles sont vos propositions ?

Concrètement et pour faire face à la volatilité des cours, le Snia préconise une double action. Sur les marchés physiques tout d’abord, nous suggérons, en période de tension, un élargissement du dispositif communautaire fixant mécaniquement à zéro les droits d’importation sur les matières premières susceptibles d’entrer dans la composition des aliments, et d’une manière générale la levée de toute contrainte à l’importation de matières premières qui serait préjudiciable à l’élevage. Sur les marchés financiers ensuite, les instruments disponibles sont des outils de gestion du risque prix : ils sont utiles. Il convient néanmoins d’en améliorer le fonctionnement par une meilleure transparence, d’en garantir la sécurité pour les utilisateurs et d’éviter que des opérateurs financiers ne les utilisent qu’à des fins spéculatives. Nous proposons aussi que soit expertisée l’idée d’un outil financier collectif dans lequel acheteurs et vendeurs auraient la possibilité, à l’intérieur d’un tunnel de prix, de se prémunir contre des hausses et des baisses sans avoir à supporter des frais d’assurance élevés et pour certains rédhibitoires.

Quel constat faites-vous de l’activité nutrition animale en France ? Comment voyez-vous l’avenir ?

La réduction engagée du cheptel porc, l’effet de la crise économique sur la consommation des ménages (moins 3,3 % toutes viandes confondues sur le premier trimestre 2011), la poursuite des importations (près de 30 % de la consommation de volailles en 2010 soit 449 000 tonnes importées) pourraient laisser augurer d’un avenir difficile si nous cédions les uns et les autres au pessimisme du déclin des productions animales en France. Au Snia, ce n’est clairement pas notre vision de l’avenir et nous entendons jouer pleinement notre rôle tant dans le domaine de la compétitivité de l’alimentation des animaux que dans celui de l’innovation et de la qualité, ou encore dans les services apportés aux éleveurs. Il n’y a pas de fatalité, regardez l’Allemagne… Pour cela, il faut à l’échelle du pays une forte volonté politique et une ambition pour les productions animales françaises. Il faut lever les contraintes inutiles et coûteuses et dégager durablement, pour chaque maillon, un résultat économique compatible avec les nécessaires investissements de modernisation des outils de production, de recherche, ou encore de promotion des produits.

En 2009 puis en 2010, votre assemblée générale était centrée sur la problématique de développement durable. Quelles avancées constatez-vous ? Quels projets le Snia porte-t-il dans ce domaine ?

L’assemblée générale 2010 avait été l’occasion pour les adhérents du Snia de publier les dix engagements qu’ils prenaient pour l’avenir en matière de développement durable. Depuis, chacun a pu poursuivre son effort avec responsabilité dans cet objectif global de pérennité des filières françaises d’élevage dans leur diversité. La nutrition animale a eu raison de s’accaparer au plus tôt de ce débat : elle a largement une carte à jouer sur ce dossier du développement durable et de l’impact environnemental.

Parallèlement les travaux de la Mission Développement Durable, constituée à l’échelle de l’ensemble de la profession – Snia, Coop de France NA, Afca-Cial, Tecaliman – se sont poursuivis. Ils ont permis d’évaluer l’empreinte carbone des principales matières premières et de tester l’introduction d’une contrainte gaz à effet de serre en formulation. Ils ont notamment mis en évidence les limites économiques sur le prix des aliments d’un objectif trop ambitieux du critère GES (Gaz à Effet de Serre) en formulation, ainsi que sur le risque d’écarter les co-produits avec une allocation GES inadaptée ou non pertinente entre produits et co-produits industriels. Ils confirment également que la quasi-totalité de l’impact environnemental en alimentation animale relève des matières premières, notamment de la fertilisation azotée pour les cultures et que le processus industriel intervient pour très peu.

Où en sont les dossiers OGM, limite asynchrone et étiquetage des produits animaux ?

Nous nous réjouissons, et le Snia a été très actif sur le sujet, que la Commission ait maintenant fixé un seuil à 0,1 % pour les OGM asynchrones. Il s’agissait là de lever une contrainte majeure pour l’élevage européen et de sortir de cette insécurité juridique insupportable pour les fabricants d’aliments.

Concernant le projet d’allégation du caractère « non OGM » de l’alimentation sur les produits animaux, le décret devant en fixer la définition est toujours en débat.

Dans un contexte de développement rapide des cultures OGM dans le monde, de dépendance structurelle de l’extérieur pour nos besoins en protéines, nous rappelons en permanence aux filières impliquées dans une démarche de production « sans OGM » que les garanties apportées sur les aliments composés doivent porter sur la mise en œuvre de matières premières garanties inférieures à 0,9 % suivant le seuil réglementaire européen et sur l’application en usine des bonnes pratiques de fabrication.

Pour notre part, nous avons particulièrement insisté sur le fait que toute allégation sur les denrées alimentaires faisant référence au caractère « non OGM » de l’alimentation des animaux devait répondre à un cahier des charges reprenant ces deux exigences.

La contamination à la dioxine en Allemagne a relancé le débat sur les plans de contrôle des matières premières mais aussi des aliments composés. Comment se situe la filière française ?

Avec Oqualim, nous avons développé une démarche collective qui, progressivement, s’impose à notre environnement professionnel. La profession en tire bénéfice dans ses relations avec ses clients et avec les pouvoirs publics car il s’agit là d’un véritable outil de réassurance en matière de qualité et de sécurité sanitaire. Maintenant, nous œuvrons pour sa reconnaissance à l’international car Oqualim devient un outil utile aux filières françaises d’exportation qui peuvent mettre en avant la sécurité et la qualité de nos produits. Toutefois Oqualim n’est pas une fin en soi, la vigilance doit rester la règle de tous les instants, la crise récente en Allemagne liée à la contamination par de la dioxine de certains lots de graisse fournis à l’industrie de l’alimentation animale est là pour le rappeler.

Les protéines animales transformées (PAT) sont en cours de discussion à la Commission Européenne. Où en est le débat ? Quelles sont les limites pour leur autorisation en nutrition animale ?

Dans sa feuille de route en juillet 2010, la Commission Européene déclarait qu’elle pourrait, sous conditions, envisager le levée de l’interdiction des PAT dans les aliments pour animaux, s’appuyant ainsi sur l’avis de l’Efsa (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments).Les conditions porteraient sur les conditions d’utilisation, interdiction en ruminants, pas de valorisation intra-espèces, ainsi que sur les méthodes de détection et les limites d’identification et de présence. L’instruction du dossier est en cours, tant à Bruxelles qu’en France (Anses, Conseil National de l’Alimentation…). Nous apportons notre témoignage et notre expertise dans le débat, tout en considérant qu’il s’agit là d’une problématique de filière et qu’il n’appartient pas aux fabricants d’aliments, potentiellement utilisateurs de ces produits, de se prononcer seuls pour ou contre leur incorporation.

La prochaine étape devrait être constituée par les propositions de la Commission autour de l’été 2011. Trois types de considérations nous semblent devoir être prises en compte dans ce dossier. D’abord la responsabilité politique vis-à-vis de l’opinion publique et la nécessité d’une position claire et affirmée des autorités sur la sécurité sanitaire de ces produits. Ensuite, les conditions d’utilisation au plan industriel du fait des contraintes et des dispositions qui seront imposées par le législateur. Enfin, l’acceptabilité par le consommateur d’une évolution des cahiers des charges concernant l’alimentation des animaux contenant des PAT. En ce qui nous concerne, nous devons d’ores et déjà être conscients qu’une éventuelle réintroduction des PAT aura des conséquences sur l’organisation et l’exploitation des sites de production qui, pour la plupart en France, sont multi-espèces. Nous devrons rester vigilants sur ce point pour que les dispositions prises soient en adéquation avec les réalités industrielles de nos usines et de nos process et qu’elles ne soient pas à l’origine de distorsions de concurrence.

Vous fêtez cette année le 40e anniversaire du Snia, quelle sera la place du syndicat dans le futur ?

Effectivement, le Snia célèbre cette année ses 40 ans d’existence puisqu’il fut créé en 1971 par le rapprochement de plusieurs syndicats représentant à l’époque ce qui était appelé le secteur de « l’aliment du bétail », issu pour l’essentiel de celui de la meunerie. Deux ans plus tard, en étant réunie, la profession était devenue plus forte pour affronter la grande crise liée à l’embargo américain sur le soja….

Depuis, bien entendu, notre secteur d’activité, notre métier, nos pratiques, nos relations au sein des filières ont considérablement évolué. Nos connaissances en nutrition se sont approfondies, permettant de satisfaire à l’exigence de « bien nourrir les animaux pour mieux nourrir les hommes », la devise du Snia. Aujourd’hui et plus que jamais, l’action collective est nécessaire. Au cœur des filières végétales et animales, notre métier doit être reconnu, défendu, représenté, dans un monde de plus en plus médiatique il doit se doter d’une image forte. C’est le travail de notre syndicat avec l’implication au quotidien de ses adhérents et de l’équipe de collaborateurs. La défense, la représentation et la promotion du métier s’inscrivent désormais dans un cadre européen qui s’impose à nous, dans une dimension citoyenne et responsable au regard de la société et de ses attentes, dans un esprit d’ouverture et de collaboration active au sein du métier et avec notre environnement professionnel. C’est avec ce regard sur l’avenir et fidèle aux valeurs qui nous ont été léguées par nos prédécesseurs que nous inscrivons avec conviction notre action au service de notre métier et de nos adhérents.

Propos recueillis par Émilie Auvray

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 646 – mai 2011

Dans sa feuille de route en juillet 2010, la Commission Européenne déclarait qu’elle pourrait, sous conditions, envisager la levée de l’interdiction des PAT dans les aliments pour animaux, s’appuyant ainsi sur l’avis de l’Efsa (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments). Les conditions porteraient sur les conditions d’utilisation, interdiction en ruminants, pas de valorisation intra-espèces, ainsi que sur les méthodes de détection et les limites d’identification et de présence. L’instruction du dossier est en cours, tant à Bruxelles qu’en France (Anses, Conseil National de l’Alimentation…). Nous apportons notre témoignage et notre expertise dans le débat, tout en considérant qu’il s’agit là d’une problématique de filière et qu’il n’appartient pas aux fabricants d’aliments, potentiellement utilisateurs de ces produits, de se prononcer seuls pour ou contre leur incorporation.

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