Projet EPS : réduire les émissions de méthane grâce à l'aliment

Au mois de décembre dernier, le projet EPS, Environnement-performance-santé a été lancé. Il rassemble trois experts en nutrition animale : Idena, Thivat Nutrition Animale, et les unités UMR Herbivores et UE Herbipôle du centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes. Leur problématique commune : diminuer à court terme les émissions de méthane d’origine digestive des ruminants par simple action sur l’alimentation animale. Ils se donnent 30 mois pour aboutir à une proposition concrète. Ils sont accompagnés par le pôle de compétitivité Céréales Vallée et le cluster d’excellence Auvergne Nutravita. Le projet est également soutenu par l’État dans le cadre du Programme des investissements d’avenir opéré par l’Ademe. Présentation du projet par les différents partenaires.

Le projet EPS regroupe trois experts en nutrition animale : Idena, Thivat Nutrition Animale, et les unités UMR Herbivores et UE Herbipôle du centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes. (Copyright : Projet EPS)

Le projet EPS regroupe trois experts en nutrition animale : Idena, Thivat Nutrition Animale, et les unités UMR Herbivores et UE Herbipôle du centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes. (Copyright : Projet EPS)

La Revue de l’Alimentation Animale : Quelle a été la principale motivation pour monter ce projet ?

Emmanuel Bedier, directeur commercial chez Idena : Il y a 5 ans, nous avions fait un gros travail de R&D en vaches laitières. En partant du principe que le méthane entérique est un gaspillage énergétique, nous avions mis au point un produit nutritionnel, le Gasoless, ayant pour objectif de réduire cette perte. À base d’extraits de plantes, notre produit cible les flores microbiennes ruminales méthanogènes, dans l’objectif d’en limiter l’activité, et préserver ainsi plus d’énergie disponible pour la production laitière. A l’époque, nous avions mesuré sur vaches laitières, à AgroParisTech à Grignon, une réduction du méthane entérique de -18 %, mesures faites avec le système SF6. La production laitière avait été améliorée de +1,2 litre. En parallèle de cette expérimentation, nous avions mené une étude dans une vingtaine d’élevages commerciaux, étude qui nous a permis de montrer une amélioration moyenne de +1,6 litre de lait.

Sachant que les flores microbiennes ruminales qui produisent le méthane sont également celles qui saturent les matières grasses de la ration, en réduisant le méthane produit, nous avions également mesuré une forte amélioration des matières grasses insaturées dans le lait, en particulier les CLA, dont principalement l’acide ruminique, en lien direct avec les fermentations ruminales. Forts de ces résultats en production laitière, nous souhaitions développer une solution spécifique pour la production de viande bovine. Le Gasoless était une bonne base scientifique de départ, mais pour la viande, il fallait également compléter la partie technique afin d’assurer une stabilité, dans le temps, des matières grasses insaturées supplémentaires déposées dans les viandes.

Par ailleurs, un protocole expérimental spécifique sur le bovin viande était nécessaire pour valider scientifiquement les réponses techniques espérées. Nous avons donc pensé pertinent de proposer un projet de R&D collaborative à deux partenaires majeurs de la nutrition des bovins viande en France : d’une part la société Thivat Nutrition Animale, filiale élevage du groupe Axéreal, un des leaders de la production d’aliment dans la première région française de production de viande bovine, et d’autre part l’UMR Herbivores (Inra de Theix), spécialisée dans la R&D des bovins viande. Le pôle de compétitivité Céréales Vallée, basé à Clermont Ferrand et orienté entre autres sur l’exploitation des céréales dans la nutrition animale, nous a permis de structurer notre projet commun et de le compléter afin de pouvoir le présenter à des organismes publics tels que l’Ademe.

Le contexte actuel de la filière viande bovine est très compliqué : au-delà d’un manque crucial de rentabilité au niveau des élevages, c’est l’image globale de la viande bovine qui souffre au regard de la perception du consommateur : viande chère, production qui pollue, et image néfaste sur la santé humaine. Pour les fabricants d’aliments, ce contexte est également très difficile : les tonnages sont en baisse, et seules les innovations profondes, intégrant un vrai bénéfice éleveur, peuvent nous aider à retrouver le chemin de la croissance. Par son triple objectif, le projet EPS va contribuer à l’amélioration de l’image de la filière auprès du consommateur. La viande issue du projet EPS sera une viande meilleure pour l’environnement, moins de méthane produit, meilleure pour la santé humaine, plus d’acides gras insaturés, plus de CLA, et meilleure pour l’éleveur avec une amélioration de l’efficacité alimentaire des animaux, donc de la rentabilité des élevages.

C’est ainsi que nous avons pu obtenir, courant septembre dernier, la labellisation par l’Ademe de notre projet, baptisé EPS pour Environnement-performance-santé.

RAA : Quels sont les grands axes de recherche pour ces futurs mois ?

Bérengère Hoez, Thivat Nutrition Animale : Les expérimentations ont débuté en décembre 2015, et vont durer au total 30 mois. Nous avons d’abord une expérimentation à l’Inra de Theix, avec des animaux en tests sur différentes rations. En parallèle, de nombreux élevages commerciaux sont également en essais, afin de compléter les données expérimentales. À l’issue de ces expérimentations, les viandes produites vont subir de nombreuses mesures permettant d’apprécier leurs qualités, à la fois sensorielles et nutritionnelles. Une étude auprès des consommateurs viendra enfin valider les principaux arguments des viandes EPS.

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C. Morice

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 695 – avril 2016

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