Porcs et volailles : objectif alimentation 100 % bio

Depuis fin 2016, un site internet centralise les documents techniques sur le thème de l’alimentation des porcs et des volailles en agriculture biologique. Antoine Roinsard, de la Commission Élevage de l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique) nous le présente.

Antoine Roinsard : « L'objectif du Casdar Sécalibio est de proposer des références de conduite efficace des animaux sur parcours ou en bâtiment tout en diminuant le coût alimentaire et la consommation de protéines issues de grandes cultures ».

Antoine Roinsard : « L’objectif du Casdar Sécalibio est de proposer des références de conduite efficace des animaux sur parcours ou en bâtiment tout en diminuant le coût alimentaire et la consommation de protéines issues de grandes cultures ».

Antoine Roinsard est responsable des dossiers monogastriques au sein de l’Itab depuis 2012. Il nous rappelle la genèse du nouveau site internet coanimé par l’Itab, Initiative Bio Bretagne (IBB) et la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. « Le sujet alimentation est une grosse problématique aussi bien en porcs qu’en volailles et la réglementation européenne devrait imposer aux producteurs bio de passer à 100 % en alimentation bio au 1er janvier 2018, mais la question est actuellement posée de prolonger ou non cette dérogation », nous précise Antoine Roinsard, qui ajoute que les monogastriques représentaient 87 % du marché de l’alimentation animale bio en 2015.

Les premiers dossiers et projets de recherche sur ce sujet datent de 2009-2010 et ont été pilotés autant par l’Itab que par Initiative Bio Bretagne et la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, d’où l’animation en commun du site internet. « Nous avons joué à fond la complémentarité et le site comporte une entrée par thème et par espèce (porcs ou volailles) », ajoute Antoine Roinsard.

Un déficit de 16 000 ha équivalent soja

L’intérêt du site est de présenter les résultats de l’ensemble des projets de recherche depuis 2010, qu’ils soient passés ou en cours. Un premier projet ProtéAB, projet Casdar financé par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, a été piloté par Initiative Bio Bretagne et conduit de novembre 2010 à mars 2014 avec un partenariat très large. Ce programme a permis de préciser la contribution des légumineuses à graines dans le cadre de l’alimentation protéique des porcs et volailles biologiques. Caractérisé par son aspect transversal, il s’est articulé autour de trois grands objectifs : identifier les besoins des filières animales biologiques et les potentialités de production en légumineuses à graines biologiques, mieux connaître les facteurs de réussite, de la production des légumineuses à graines à la formulation d’aliments 100 % biologique et évaluer, via des analyses multicritères, les conséquences d’une augmentation de la part de légumineuses à graines biologiques dans les assolements.

Ce projet ProtéAB a permis de quantifier le déficit protéique français en agriculture biologique (qui passe de 12 000 t de MAT ± 2 500 t ou 16 000 ha équivalent soja +/-5  000 ha en 2012 à 18 000 t de MAT en 2015, soit une autonomie en % de MAT qui passe au niveau français de 81 % à 76 %). Côté cultures, un réseau de 120 modalités expérimentales, majoritairement axé sur de l’évaluation variétale (pois, féverole, soja et lupin), a permis de préciser par zone pédoclimatique les caractéristiques et le comportement des espèces et variétés disponibles dans des conditions de l’agriculture biologique. De nombreuses analyses nutritionnelles de ces matières premières ont été effectuées. « Ce projet ProtéAB a amené deux conclusions, précise Antoine Roinsard : les pois, féverole et lupin sont à privilégier cultivés en association (beaucoup de variabilité en culture pure en bio), et les variétés les plus intéressantes à faible teneur en facteurs anti-nutritionnels sont difficiles à cultiver en pur en bio ».

Puis un second projet AviAlimBio, également projet Casdar financé par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt et piloté par la Chambre régionale des Pays de la Loire, est conduit de novembre 2011 à juin 2015 avec un partenariat très large incluant plusieurs fabricants d’aliment du Sud-Ouest, des Pays de la Loire et du Sud-Est. Parmi ses objectifs figure l’identification et la recherche de matières premières originales ou innovantes pouvant être valorisées par les poulets de chair et les poules pondeuses, ainsi que le test de différentes formules alimentaires les incluant en stations expérimentales et en élevages commerciaux. « Plusieurs sources de matières premières innovantes comme le tourteau de sésame ou l’ortie permettent de diversifier les sources de protéines tout en maintenant les performances, mais leur premier frein est leur disponibilité, avec un coût parfois trop élevé comme pour l’ortie », commente Antoine Roinsard qui souligne par ailleurs l’existence d’un projet européen Icopp (pour une alimentation volailles et porcins 100 % bio 2011-2014) avec la participation de sept pays.

Coordonné en France par l’Itab et piloté au niveau européen par l’Université danoise d’Aarhus, il a l’avantage de pouvoir se comparer entre voisins sur le sujet de l’autonomie en protéines. Il comporte un volet fourrages et un volet valorisation de parcours. Ce projet Icopp a permis en France de réaliser des mesures de digestibilité des matières premières en complément d’AviAlimBio (Inra, EASM), avec des essais de distribution de luzerne enrubannée pour les truies afin de diminuer l’apport d’aliment complet (Ferme expérimentale des Trinottières). Icopp a par ailleurs permis d’ouvrir des pistes nouvelles en termes de références alimentaires comme les larves d’insectes ou les spirulines (algues).

P. Caldier

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