Matières premières : comment faire face à la flambée des prix ?

À l’occasion de son assemblée générale, le 21 décembre à Rennes, Feedsim Avenir a proposé une journée de réflexion à l’attention des acteurs de la nutrition animale autour de la question : « Comment renforcer la compétitivité des productions animales en Bretagne ? ». Si les marchés à terme sont apparus à plusieurs reprises comme solution envisageable pour la gestion des risques, il n’en demeure pas moins que les recherches d’arbitrage dans le prix des matières premières restent problématiques.

Laurent Morin, délégué général de Feedsim et de l’Afab : « Feedsim vise à fédérer le monde professionnel de la nutrition animale et se donne pour objectif d’optimiser le prix de l’aliment. »

« Le cours du tourteau de soja a toujours connu des fluctuations importantes, mais aujourd’hui on a changé de palier de référence ». Laurent Morin, délégué général de Feedsim (et de l’Afab) ne cherche pas à relativiser mais constate que la montée des prix des céréales se propage à l’ensemble des matières premières (+50 €/t pour le son, +50 €/t pour le remoulage…) et a aussi des incidences sur la parité euro/dollar. « Cela complique le travail de substitution et de réduction du prix de l’aliment », avoue-t-il.

Face à cette réalité contagieuse, Jean Cordier, professeur de gestion à l’Agrocampus de Rennes, interroge : comment utiliser les marchés pour la meilleure optimisation possible de l’achat ? Pour le professeur, une co-intégration de marché entre le coût des intrants et les produits finis est nécessaire, afin que les produits animaux soient davantage corollaires du prix des aliments. « C’est une évolution à espérer », confie-t-il. Une évolution qui sous-entend une logique de contractualisation avec l’aval, dans un environnement où le rapport de force entre les acteurs est important, souligne Hervé Vasseur, président de Feedsim et directeur d’Aliouest, qui constate que « répercuter les hausses de prix au niveau alimentaire s’avère problématique, alors que cela se fait normalement dans tous les autres domaines ».

Le marché à terme offre plusieurs éléments de réponse : « C’est un signal économique qui donne des signaux tels que le prix à terme et la volatilité à venir », précise Jean Cordier, qui ajoute que le risque peut aussi être perçu comme une opportunité. Le prix à terme sert de référence pour le prix ferme en incorporant le risque. L’acheteur, par son attitude spéculative sur les marchés, assume un rôle d’arbitre des matières premières. L’entreprise de nutrition animale reçoit ce risque comme un signal qu’elle décide de transmettre ou non à l’éleveur. « Les clients sont de plus en plus pointus sur la gestion des risques, ce qui est une évolution positive », souligne le professeur, qui met en garde sur l’évolution de solidarités horizontales vers des schémas de concurrence verticale. « Plus personne ne sera autonome, seul à gérer le risque. »

(…)

Le retour des graisses animales, un des dossiers défendus par Feedsim

Créée en juin 2007, l’association Feedsim Avenir se veut d’abord et avant tout un « lieu de rencontre et de réflexion sur l’analyse des marchés et la recherche de solutions aux problèmes quotidiens », souligne Hervé Vasseur, son président. « L’association rend les problématiques surmontables grâce aux échanges, car il s’agit bien de fédérer le monde professionnel de la nutrition animale », complète Laurent Morin, le délégué général. Monde professionnel qui s’étend donc des fabricants d’aliments aux fournisseurs de matières premières en passant par les organismes portuaires, les transporteurs routiers, les triturateurs ou les firmes-services… Recevant le soutien financier du Conseil Régional de Bretagne et l’appui opérationnel de l’Inra et d’Agrocampus Ouest, Feedsim Avenir a pour principal objet de préoccupation la dépendance de la Bretagne en matières premières, et compte parmi ses objectifs l’optimisation du prix de l’aliment, « ce qui passe par la disponibilité d’un nombre maximum de matières premières et une amélioration de la logistique », observe Laurent Morin.

Jean Cordier, Professeur à l’Agrocampus : « Battre le marché est illusoire. Il ne faut par ailleurs pas confondre le niveau des prix, qui correspond à un problème de compétitivité, avec la volatilité. »

Concrètement, pour viser une optimisation des matières premières, Feedsim propose de se pencher sur la question de la réintroduction des graisses animales dans l’aliment : « Les contraintes liées aux cahiers des charges font que nous sommes peu utilisateurs de graisses animales en France, mais on observe une augmentation de leur utilisation au niveau européen, en particulier en Espagne », annonce Laurent Morin, qui souligne que les graisses animales disponibles et non utilisées en France s’élevaient à 152 875 tonnes en 2009. « Ce serait une aberration économique et environnementale de ne pas utiliser ces graisses animales : elles permettraient de baisser la consommation de tourteau de soja au profit des tourteaux de colza et de tournesol produits sur place, de diminuer l’importation d’huile de palme, la consommation de maïs, et de gagner environ 200 000 tonnes d’équivalent carbone pour l’ensemble du grand Ouest. Ce sont au total 10 millions d’euros économie au niveau du coût des matières rendues. » Feedsim Avenir mène actuellement des études en partenariat avec l’Arip et les abattoirs afin de démontrer la pertinence et l’intérêt d’utiliser ces graisses animales dans la nutrition animale.

Parmi les autres dossiers suivis de très par l’association bretonne, la valorisation des filières non OGM, et bien sûr le 44 tonnes, pour lequel Feedsim se bat depuis longtemps. Après les déclarations et promesses successives, la Bretagne attend maintenant des pouvoirs publics des propositions claires sur le post acheminement, souligne Laurent Morin, qui rappelle qu’un collectif breton rassemblant l’Association bretonne des industries agroalimentaires (Abea), Cilouest, la Crab, le FNTR, la FRSEA, les légumiers, l’UE Medef et l’UGPVB, s’est créé pour tenter d’accélérer le processus en expérimentant le 44 tonnes 5 essieux.

Concernant la logistique portuaire, Feedsim s’attache à défendre la compétitivité des ports de l’Ouest, et a pour cela élaboré une charte spécifiant les règles de prises de commandes et de prise de rendez-vous afin de tenter de fluidifier le trafic.

Sarah Le Blé

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 644 – Janvier-février 2011

Le retour des graisses animales, un des dossiers défendus par Feedsim

Créée en juin 2007, l’association Feedsim Avenir se veut d’abord et avant tout un « lieu de rencontre et de réflexion sur l’analyse des marchés et la recherche de solutions aux problèmes quotidiens », souligne Hervé Vasseur, son président. « L’association rend les problématiques surmontables grâce aux échanges, car il s’agit bien de fédérer le monde professionnel de la nutrition animale », complète Laurent Morin, le délégué général. Monde professionnel qui s’étend donc des fabricants d’aliments aux fournisseurs de matières premières en passant par les organismes portuaires, les transporteurs routiers, les triturateurs ou les firmes-services… Recevant le soutien financier du Conseil Régional de Bretagne et l’appui opérationnel de l’Inra et d’Agrocampus Ouest, Feedsim Avenir a pour principal objet de préoccupation la dépendance de la Bretagne en matières premières, et compte parmi ses objectifs l’optimisation du prix de l’aliment, « ce qui passe par la disponibilité d’un nombre maximum de matières premières et une amélioration de la logistique », observe Laurent Morin.

Concrètement, pour viser une optimisation des matières premières, Feedsim propose de se pencher sur la question de la réintroduction des graisses animales dans l’aliment : « Les contraintes liées aux cahiers des charges font que nous sommes peu utilisateurs de graisses animales en France, mais on observe une augmentation de leur utilisation au niveau européen, en particulier en Espagne », annonce Laurent Morin, qui souligne que les graisses animales disponibles et non utilisées en France s’élevaient à 152 875 tonnes en 2009. « Ce serait une aberration économique et environnementale de ne pas utiliser ces graisses animales : elles permettraient de baisser la consommation de tourteau de soja au profit des tourteaux de colza et de tournesol produits sur place, de diminuer l’importation d’huile de palme, la consommation de maïs, et de gagner environ 200 000 tonnes d’équivalent carbone pour l’ensemble du grand Ouest. Ce sont au total 10 millions d’euros économie au niveau du coût des matières rendues. » Feedsim Avenir mène actuellement des études en partenariat avec l’Arip et les abattoirs afin de démontrer la pertinence et l’intérêt d’utiliser ces graisses animales dans la nutrition animale.

Parmi les autres dossiers suivis de très par l’association bretonne, la valorisation des filières non OGM, et bien sûr le 44 tonnes, pour lequel Feedsim se bat depuis longtemps. Après les déclarations et promesses successives, la Bretagne attend maintenant des pouvoirs publics des propositions claires sur le post acheminement, souligne Laurent Morin, qui rappelle qu’un collectif breton rassemblant l’Association bretonne des industries agroalimentaires (Abea), Cilouest, la Crab, le FNTR, la FRSEA, les légumiers, l’UE Medef et l’UGPVB, s’est créé pour tenter d’accélérer le processus en expérimentant le 44 tonnes 5 essieux.

Concernant la logistique portuaire, Feedsim s’attache à défendre la compétitivité des ports de l’Ouest, et a pour cela élaboré une charte spécifiant les règles de prises de commandes et de prise de rendez-vous afin de tenter de fluidifier le trafic.

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.