L’ Ouest doit faire sa place dans le défi alimentaire mondial

Coop de France, Bretagne Développement Innovation et la FAO organisaient, lors du Space, une conférence sur les enjeux de l’augmentation de la demande mondiale dans le contexte des marchés volatiles. L’occasion de mettre un coup de projecteur sur la place que peut occuper le Grand Ouest face à ces nouveaux défis.

Le 18 septembre 2012, le groupe laitier chinois Synutra annonçait la signature d’un accord industriel et commercial avec Euroserum, filiale de Sodiaal. Il prévoit la construction, à Carhaix (29), de deux tours de séchage de lait, d’une capacité de production totale de 100 000 t/an. Le projet de 90 M€ d’investissements illustre le défi alimentaire mondial : nourrir 9 Mds d’être humains à l’horizon 2050 (…). Deux conséquences : l’agriculture revient en première ligne des enjeux géopolitiques, et le marché international s’anime. La demande mondiale de viande et de lait est croissante. Coop de France Ouest, Bretagne Développement Innovation (BDI) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA ou FAO) organisaient pendant le Space une conférence abordant cette thématique. Sous le titre « l’Ouest a-t-il sa place dans le défi alimentaire mondial ? » (…).

La convergence des prix

Une des opportunités sur les marchés internationaux de la viande vient de la convergence des prix. Jean-Paul Simier, directeur filière industries alimentaires chez BDI, note : « L’augmentation du prix du porc s’explique, en partie, par la croissance de la demande. (…) » D’autre part, la baisse des cheptels aux États-Unis, en Australie, en Amérique du Sud et en Europe provoque une augmentation des cours. Enfin, selon les intervenants, c’est sans doute la volaille qui connaîtra la progression la plus rapide, notamment parce qu’elle est exempte de tabous religieux.

Les intervenants de la conférence (de dr. à g.) Jean-Paul Simier (Bretagne Développement Innovation), Jean-Marie Gabillaud (Coop de France Ouest) et Luc Guyau (FAO) ont été rejoints pour la table-ronde par Bertie O’Leary (Icos) et Jean-Yves Le Damany (Amélis).

Le salut ne tient pas qu’au grand export. « Un marché de 500 millions d’habitants, solvable, n’est pas à négliger : l’Europe. Il faut pour cela des produits de qualité, spécifiques et diversifiés », rappelle Luc Guyau, président indépendant du conseil de la FAO. Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest, rappelle alors une carence : « Nombre de transformateurs ont une taille européenne mais peu sont des leaders européens. »

Sans locomotive, difficile d’accrocher les wagons du marché commun. Structurellement, l’agroalimentaire est sur le marché intérieur à 80 %. Malgré tout, Jean-Paul Simier remarque : « Tout change très vite. Le marché international est aujourd’hui porteur, et certains acteurs l’ont déjà compris. Le mouvement est parti. (..) » Cependant, les producteurs français ont perdu des marchés exports et intérieurs, faute de compétitivité. Une faiblesse à travailler.

Produire plus avec moins

Les productions animales sont des dérivés des productions végétales. La maîtrise de leurs coûts implique inévitablement la nutrition animale, qui pèse entre 60 et 70 % du coût de revient. Laurent Morin, délégué général de l’Afab rappelle : « L’expertise en nutrition animale est un atout pour la filière. Les formules sont plus performantes. Les fabricants d’aliments lissent les hausses. (…) Nous avons besoin de matières premières disponibles, proches et en flux réguliers. » (…) « Il est temps de repenser les choses sur les protéagineux. Les rotations des cultures sont un élément, mais pour quelles filières ? Nous avons besoin de programmes de recherche, d’une meilleure génétique et d’une orientation forte de la PAC sur les productions végétales », demande Jean-Marie Gabillaud. (…)

D’autres sources d’intérêt comprennent les coproduits (…). « Il y a dix-vingt ans, les volailles et les porcs étaient nourris avec des coproduits », rappelle Jean-Marie Gabillaud. Tous les fabricants d’aliment travaillent aujourd’hui sur le sujet, élément indispensable pour Laurent Morin : « Pour assumer pleinement la valorisation des coproduits, l’expertise des fabricants d’aliments est fondamentale. » Une autre tendance se dessine avec une approche multi-usages des matières premières comme le lin ou le chanvre, où les graines et les feuilles sont valorisables. Mais, la nutrition et la recherche ne peuvent pas tout.

Un « plan élevage » concerté

La performance des productions animales passe aussi par la capacité au changement de la filière, et donc par l’investissement. Or pour pouvoir investir, il faut être confiant sur sa capacité à dégager de la marge. Condition sine qua non des décisions d’investissements mises à mal par les coûts des matières premières et la répartition actuelle de la valeur. (…) Coop de France Ouest et Bretagne Innovation plaident pour une contractualisation de l’aval vers l’amont. Jean-Paul Simier précise : « C’est une solution intéressante mais qui n’enrayera pas l’augmentation des prix. (…) »

(…) Jean-Marie Gabillaud ajoute : « Nous avons besoin de signaux forts, de décider quel niveau d’élevage nous souhaitons, il faut un débat avec les industriels de l’agroalimentaire, les producteurs, les fabricants d’aliment et la GMS. » Un grand plan pour l’élevage, en somme, avec l’approbation de la société civile. L’Afab a d’ailleurs décidé une campagne de communication grand public, afin d’expliquer l’activité de ses adhérents et réduire le décalage entre l’image et l’existant.

Quelle que soit la nouvelle production animale, elle devra être compétitive ! La convergence des prix est un aspect encourageant, mais ne dédouane pas la profession d’une remise en cause, pour devenir plus habile sur les marchés intérieurs et extérieurs, dans un contexte de prix des matières premières et de l’énergie à la hausse. (…) Il faut donc « produire plus avec moins », comme le prône la FAO, et mieux que les autres. « Les périodes de mutations sont sources de créativité. Il nous faut des stratégies d’adaptation et passer un pacte avec la société. Je suis confiant, nous avons tout pour bien faire », estime Jean-Marie Gabillaud.

Isabelle Dulau

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 660 – Octobre 2012

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