Laurent Morin (délégué général Afab) « La sonnette d’alarme est tirée »

Laurent MORIN : « Nous souhaitons une réflexion avec les banques »

Laurent MORIN : « Nous souhaitons une réflexion avec les banques »

Délégué général de l’Afab (Association des fabricants d’aliments du bétail de l’Ouest) et responsable de l’association Feedsim Avenir (Association pour la promotion de la Recherche et de l’analyse économique sur l’Agriculture et l’Agro-industrie du Grand Ouest), Laurent Morin a confié la veille du Space à la Revue de l’alimentation animale ses inquiétudes et ses projets par rapport à l’avenir.

Avec 9,09 millions de tonnes d’aliments composés industriels fabriqués en 2008 (hors aliments d’allaitement et petfood), la Bretagne représente 40,9 % des fabrications d’aliments françaises et 6,1 % des fabrications de l’Union européenne à 27.

« Depuis de nombreux mois, les fabricants d’aliments bretons contribuent très fortement à l’équilibre financier des filières animales bretonnes dans une période où les trésoreries des éleveurs sont fortement dégradées par les marchés. L’Afab a rappelé à maintes reprises que le coût financier supporté actuellement par les fabricants industriels d’aliments est de l’ordre de 10 millions d’euros par jour ouvré ». Le début de ce communiqué de presse de l’Afab du 6 mai 2009 donne le ton de la situation. « Tout le monde reconnaît que les fabricants d’aliments financent les élevages et la situation est particulièrement difficile pour les éleveurs de porcs dont l’endettement approche les 100 % pour 20 à 30 % d’entre eux », « L’amélioration de la prolificité des élevages porcins n’est pas à négliger dans la baisse de production d’aliments en Bretagne »,ajoute Laurent Morin qui rappelle que les indices de consommation des élevages sont en amélioration régulière. « Si le prix des céréales a baissé, le prix du soja devrait rester élevé d’ici la fin de l’année », estime le délégué général de l’Afab qui se déclare « très inquiet sur le porc » affirme Laurent Morin qui ajoute que l’on assiste en parallèle à une augmentation des délais de paiement et des impayés. Les statistiques mensuelles de l’Afab traduisent un net repli des fabrications d’aliments en Bretagne (voir tableau). De janvier à août 2009, la production cumulée d’aliments a baissé de près de 8 % par rapport à la même période de 2008. La baisse est très forte pour certains secteurs comme en pondeuse et poulette (-17,07 %), en dinde repro (-26,53 %), en aliment vache laitière (-20,41 %) ou équins (-33,66 %).

Selon l’Afab qui regroupe tous les fabricants d’aliment bretons, l’on assiste depuis plusieurs années à un lissage du prix des aliments, la croissance du coût de l’aliment étant modérée par rapport à celle des coûts des matières premières. Une baisse du prix de l’aliment est observée depuis janvier 2009, conjonction de la baisse du prix des matières premières et d’une concurrence acharnée sur le terrain.« L’amélioration de la prolificité des élevages porcins n’est pas à négliger dans la baisse de production d’aliments en Bretagne »,ajoute Laurent Morin qui rappelle que les indices de consommation des élevages sont en amélioration régulière. « Si le prix des céréales a baissé, le prix du soja devrait rester élevé d’ici la fin de l’année », estime le délégué général de l’Afab qui se déclare « très inquiet sur le porc ». Les chiffres publiés par CER France Bretagne dans le numéro de septembre de Tendances & perspectives justifient cette inquiétude. « Depuis la fin de l’été 2007, un élevage spécialisé de 200 truies a perdu en moyenne 100 000 €, soit 25 ct d’euro/kg en deux ans. Les pertes des élevages aux coûts de revient les plus élevés sont quasiment du double. Le taux d’endettement s’établit en 2008 à 76 % en moyenne, soit + 6 points en un an. Derrière les moyennes, les écarts sont importants. Sur l’ensemble des clôtures 2008, une exploitation sur six dépasse les 100 % d’endettement », écrit Georges Douguet du CER France Côtes d’Armor.

Face à cette situation, l’Afab alerte depuis plusieurs mois maintenant l’ensemble de ses partenaires, mais également les Pouvoirs publics, sur le manque d’implication des banques dans la filière. « Notre souhait est que les banques revoient les règles générales d’ouverture de crédit », lance Laurent Morin qui estime « qu’il faut se battre ensemble pour que le prix du porc remonte ». « La Banque de France que nous voyons deux fois par an affirme ignorer la situation de la filière porcine bretonne et découvre seulement maintenant la réalité », ajoute Hervé Vasseur, président de l’Afab qui appelle les banques à « plus de transparence dans les ouvertures de crédit ».

Au-delà de cette réflexion avec les banques, l’Afab multiplie les actions techniques communes aux différents acteurs des filières animales, notamment au sein de Feedsim Avenir. Créée en juin 2007, cette structure regroupe tous les acteurs de la nutrition animale (fabricants, fournisseurs et importateurs de matières premières, groupements de producteurs, transporteurs), afin de travailler sur des dossiers techniques communs. L’un de ces derniers porte sur le 44 t et a fait l’objet d’une conférence de presse pendant le Space. « Notre rôle est d’agir préventivement et de tirer une sonnette d’alarme »,conclue Laurent Morin qui précise que certains fabricants ont prévenu l’Afab qu’ils pourraient arrêter ponctuellement leurs livraisons d’aliments si l’horizon ne se dégage pas.

Philippe Caldier – Octobre 2009 (RAA 630)

Fabrication d’aliments du bétail en Bretagne de janvier à août 2009

Type d’aliments

Tonnage cumulé

janv-août 08

Tonnage cumulé

janv-août 09

Évolution

cumulée

volaille

1 993 495

1 917 199

-3,83 %

porc

2 050 771

1 902 944

-7,21 %

bovin

697 455

559 480

-19,78 %

ovin/caprin

6 117

7 295

19,26 %

équins

16660

11052

-33,66 %

Négoce hors fabrication

65072

50949

-21,70 %

total

4 886 864

4 504 392

-7,83 %

Source : Afab.

% part bretonne en France dans les productions d’aliments

Porc

69,90 %

1er rang

Dinde

53,10 %

1er rang

Ponte

49,50 %

1er rang

Poulet

34,90 %

1er rang

Pintade

22,90 %

Bovin

21,90 %

1er rang

Lapin

18,80 %

2e rang

Canard

12,40 %

4e rang

Source : Afab.

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