Itavi : « des recherches pour mieux alimenter les volailles »

Chargée de mission Alimentation animale au sein de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi), Eva Pampouille a dressé pour la RAA un panorama des principaux thèmes actuels de travail dans le domaine de l’alimentation des volailles.

La Revue de l’alimentation animale : Quelle place a l’alimentation au sein de l’Itavi ?
Eva Pampouille : L’Itavi a pour vocation de répondre aux besoins des filières avicole, cunicole et piscicole en matière de recherche et de développement, ainsi qu’aux attentes sociétales, hier émergentes et aujourd’hui très importantes. Positionné à l’interface entre la recherche fondamentale et le terrain, il permet aux acteurs des filières d’anticiper les sujets émergents et de s’adapter aux évolutions, contribue à leur compétitivité tout en tenant compte des attentes sociétales à leur égard. L’Itavi compte plusieurs antennes sur le territoire national, comme celle de Montde- Marsan (40), dédiée aux palmipèdes à foie gras, celles de Ploufragan (29) et de Rennes (35), dédiées aux volailles et à la santé, ou celle de Nouzilly (37), où se situe le pôle alimentation, composé de deux personnes. L’alimentation fait partie des compétences transversales de l’Itavi, au même titre que la modélisation, l’élevage de précision et les nouvelles technologies, l’appui aux filières avicoles et cunicoles et les bâtiments-équipements. Les sujets traités par l’Itavi concernent la connaissance des besoins des animaux selon leur stade de développement et dans leurs conditions d’élevage, des matières premières (qualités nutritionnelles et sanitaires) et des process de production d’un aliment. D’autres projets plus prospectifs s’interrogent sur le potentiel de nouvelles matières premières, les leviers d’action pour gagner en autonomie, ou la prise en compte de nouveaux critères ou techniques de formulation (multicritères, bilinéaires, par exemple). L’étude des interactions entre l’aliment et la robustesse des animaux est également un champ d’expérimentation prioritaire par l’évaluation multicritère des additifs nutritionnels disponibles sur le marché.

RAA : Quels ont été les dossiers majeurs en termes d’alimentation depuis votre arrivée, il y a trois ans ?

Le projet européen Feed-a-Gene a consisté notamment à modéliser les besoins et les performances du poulet de chair pour mettre en oeuvre une stratégie d’alimentation de précision © Synalaf

E.P. : L’autonomie protéique de l’alimentation des volailles est, en France, d’environ 40 %, en raison notamment d’importations massives de tourteaux de soja, très concurrentiels sur les plans économique et nutritionnel. L’étude de nouvelles matières premières riches en protéines françaises (MPRP) dans le cadre du projet Vocalim a permis de montrer que des procédés technologiques permettent de mieux valoriser des ressources riches en fibres (tourteaux de colza et tournesol), sans altérer les performances ou la santé des animaux. Ce projet, qui a eu lieu de 2016 à 2019, a permis de mettre en évidence l’intérêt de nouveaux procédés technologiques comme le blutage pour concentrer les protéines et améliorer la digestibilité des nutriments. Des essais zootechniques ont par ailleurs permis d’améliorer les connaissances sur le rôle des fibres, plus concentrées dans ces matières premières, dans la valorisation des aliments et donc les performances, la santé et le bien-être des animaux. Ces résultats biotechniques sont essentiels pour mieux valoriser les matières premières françaises en alimentation des poulets de chair. La sélection génétique des animaux pourrait également être un levier pour encore améliorer la valorisation de ces ressources. Des simulations à l’horizon 2023 montrent un gain de 17 points d’autonomie protéique dans la filière poulet de chair et une réduction du coût alimentaire de 2,8 % grâce à ces MPRP. Leur utilisation permet, selon les scénarios étudiés, de gagner en efficience protéique et de réduire globalement tous les impacts environnementaux.
La participation de l’Itavi au projet européen Feed-a-Gene a notamment consisté à modéliser les besoins et les performances du poulet de chair pour mettre en oeuvre une stratégie d’alimentation de précision. Deux modèles ont été développés avec les objectifs suivants : estimer les besoins nutritionnels journaliers en énergie métabolisable, lysine digestible et phosphore disponible d’un poulet de chair en fonction des performances de croissance, et prédire les performances de croissance du/des jour(s) à venir en fonction des observations des jours précédents pour une utilisation en temps réel du modèle d’estimation des besoins. (…)

Philippe Caldier

Article à lire en intégralité dans le n°758.

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