Feedsim Avenir : toujours plus de matières premières pour le Grand Ouest

Laurent Morin, directeur de Feedsim Avenir.

Laurent Morin, directeur de Feedsim Avenir.

Depuis 2007, Feedsim Avenir réunit, au sein d’une association, les entreprises de la filière bretonne de la nutrition animale autour d’une expertise économique et d’un partage d’informations au sein de ce réseau. Son atout ? Réunir l’ensemble des acteurs de la chaîne industrielle : fournisseurs de matières premières, firmes-services, entreprises de nutrition animale, logisticiens routiers, portuaires, Région Bretagne et éleveurs. Tour d’horizons des derniers projets avec M. Laurent Morin, directeur de Feedsim Avenir, projets réalisés avec ses collègues Yves Dronne et Maxime Musso.

La Revue de l’Alimentation Animale : Lors de votre dernière commission plénière (en avril 2014), vous avez présenté votre Baromètre Feedsim Grand Ouest. En quoi consiste-t-il ?

Laurent Morin :Le Baromètre Feedsim Grand Ouest, créé en 2008, permet d’avoir une image de l’approvisionnement en matières premières du Grand Ouest au fil du temps. Une nouvelle version mise à jour est disponible tous les mois. Il est réalisé à partir d’estimations obtenues grâce au modèle mathématique Feedsim et comparées avec les statistiques disponibles du SCEES (Service central des enquêtes et études statistiques) ou de FranceAgriMer. Il permet d’appréhender les consommations mensuelles de matières premières des entreprises de nutrition animale et les flux, portuaires notamment, engendrés par ces consommations. Les estimations réalisées permettent également d’évaluer les évolutions des coûts matières des différents aliments produits par les usines du Grand Ouest.

Le premier constat pour le début d’année 2014 est, d’après les estimations de Feedsim Avenir, une diminution globale de la fabrication d’aliments dans le Grand Ouest, environ -2,7 % sur janvier-mai 2014, par rapport à la même période de l’année précédente (-3,2 % pour la Bretagne, -2,1 % pour les Pays de la Loire). Cette diminution est expliquée par une chute de -4,6 % de la production d’aliments pour volailles et de -3,9 % de la production d’aliments pour porcins. En revanche, elle est légèrement amoindrie par une augmentation de +4 % de la production d’aliments pour bovins.

Si on suit précisément les évolutions d’incorporation des matières premières, deux variations sont notables : la diminution importante de l’incorporation de céréales et l’augmentation de l’incorporation de tourteaux. L’origine de cette évolution est due à la baisse des fabrications d’aliments pour porcs et volailles et l’augmentation des complémentaires protéiques.

Dans ce contexte, le besoin cumulé des usines du Grand Ouest en tourteaux de tournesol et de colza, estimé par Feedsim Avenir, en prix spot (732 000 tonnes sur janvier-mai 2014) est bien supérieur à celui en tourteau de soja estimé à seulement 697 000 tonnes.

L’analyse des coûts matières révèle une baisse de leurs valeurs en moyenne sur janvier-mai 2014 par rapport à la même période de l’année dernière.

 

RAA : Vous avez également abordé le thème de la dépendance protéique. Quel est le projet en cours développé par votre association ?

L. M. :Le but de ce projet est d’essayer de clarifier la situation réelle de la Bretagne et de la France par rapport à cette « dépendance protéique », qui est peut-être l’un des sujets les plus récurrents et médiatiques en nutrition animale. Sous ce terme se cachent souvent plusieurs problématiques distinctes comme la déforestation, les OGM ou la consommation de viande. Il est aussi important d’essayer de renouveler l’analyse en ne se limitant pas aux seules protéines des matières riches en protéines (MRP) classiques, mais en s’intéressant à l’ensemble des protéines qui vont effectivement en alimentation animale telle que celles des fourrages et céréales, et en rapportant ces consommations de protéines végétales aux protéines animales obtenues pour la consommation humaine.

Un premier objectif est la réalisation d’un document à destination du grand public sur les utilisations réelles de « protéines » en élevage, en positionnant ceux-ci par rapport à la production végétale et aux échanges de produits concentrés, en montrant également des aspects bien souvent occultés autour des protéines en nutrition animale, tels que :

– les contraintes zootechniques qui rendent les protéines essentielles pour les animaux (et les hommes) sous certaines contraintes quantitative et qualitative,

– et les progrès déjà réalisés par la filière sur la quantité de protéines végétales consommées pour produire une tonne de protéine animale (indices de consommation, etc.), et « le type » de protéines utilisées (tourteaux de colza et de tournesol par exemple) en substitution au soja.

Les premiers travaux menés montrent qu’au niveau mondial, le fort développement des consommations de protéines utilisées en alimentation animale n’a pas empêché une augmentation des disponibilités moyennes per capita à la fois en protéines animales et en protéines végétales. Au contraire, cette demande supplémentaire a contribué à stimuler l’offre, d’autant plus que l’alimentation animale utilise, pour une bonne part, des protéines de coproduits (tourteaux, drèches, etc..) qui sont dérivées de la demande pour des produits alimentaires principaux destinés à l’alimentation humaine et/ou à l’énergie. L’amélioration des rendements végétaux a beaucoup plus joué que la progression des surfaces cultivées qui est restée modeste. Ainsi pour l’ensemble des céréales, oléagineux et protéagineux, la production en kilo à l’hectare a fortement progressé dans le monde (+63 %) et dans l’UE (+70 %) en 30 ans.

En ce qui concerne l’UE en 2012, plus de 77 millions de tonnes de protéines végétales ont été produites (y compris les fourrages), les céréales représentant la première source, loin devant les oléagineux. Par ailleurs, environ 79 millions de tonnes, produites en UE ou importées, ont été utilisées en alimentation animale dont 36 millions de tonnes de céréales, oléagineux (graines et tourteaux) et protéagineux. Dans cette consommation, le soja (essentiellement d’importation) représente seulement 13 millions de tonnes (soit 16 %) grâce à la fois au développement des ressources locales de l’UE (céréales, colza notamment) et à la diversification de ses consommations de matières premières. L’UE est, compte tenu de l’expérience de son secteur de la nutrition animale, la zone du monde qui est la plus éloignée du modèle « maïs-soja », largement dominant dans le reste du monde. Ces 77 millions de tonnes de protéines végétales ont permis l’obtention d’environ 10 millions de tonnes de protéines animales (lait, viande, œufs).

La France partage un certain nombre de caractéristiques en terme « protéique » avec les autres pays de l’Union Européenne mais est le seul à être exportateur net de protéines végétales. Avec environ 13,2 millions de tonnes de protéines végétales utilisées en alimentation animale, la France a produit plus de 1,5 million de tonnes de protéines animales (dont plus de la moitié correspond au lait). Avec des exportations nettes de l’ordre de 110 000 tonnes de protéines animales, c’est l’équivalent de 360 000 t de protéines végétales qui sont exportées puisqu’en moyenne il a fallu 5,90/1,65 = 3,6 tonnes de protéines végétales pour obtenir une tonne moyenne de protéine animale (en dehors des fourrages). L’analyse révèle aussi la tendance à la forte diversification des matières premières utilisées en alimentation animale et la tendance à la forte diminution des importations de soja, due en partie à la baisse de certaines productions animales, mais surtout à la croissance des disponibilités intérieures. Au niveau des ressources nationales en protéines, le blé assure à lui seul plus de la moitié du total, d’où l’importance de la teneur en protéines de ce produit.

La deuxième partie du projet consiste à évaluer, grâce à l’outil Feedsim, l’incidence en terme économique, nutritionnel, logistique, durabilité et de besoins en matières premières, de certains leviers d’action de la profession.

L’objectif final est de diffuser ces informations statistiques et analyses auprès d’un public assez large, après validation des résultats par les experts professionnels qui sont membres de l’Association Feedsim Avenir.

(…)

Caroline Morice

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 678 juillet-Août 2014

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