Carrefour des matières premières : quels leviers de compétitivité ?

Pour sa 18e édition, le Carrefour des Matières Premières est devenu international avec, pour la première fois, la participation de cinq experts internationaux réunis pour débattre de la place de la Bretagne face à la nouvelle donne mondiale.

Le 16 septembre dernier, lors du Space, le Carrefour désormais international des Matières Premières organisé par l’Afab (Association des Fabricants d’Aliments du Bétail) et Feedsim Avenir (Association pour la promotion de la recherche et de l’analyse économique sur l’agriculture et l’agro-industrie du Grand Ouest) a eu pour objectif, – outre le traditionnel lieu d’échanges pour les professionnels de la fabrication d’aliments du bétail – d’apporter des éléments de réflexion et de positionnement vis-à-vis des autres bassins internationaux de nutrition et de productions animales, concurrents à l’Ouest de la France.

Près de 300 personnes ont assisté au Carrefour international des Matières Premières, qui s’est poursuivi par un buffet convivial.

En 2010, l’Allemagne est devenue pour la première année le premier pays européen producteur d’aliments du bétail. Pendant qu’elle progressait de 2,3 millions de tonnes depuis 2001, la production française régressait de 2 millions de tonnes dont 1,1 million pour la seule région Bretagne. Beaucoup accusent le différentiel de compétitivité entre les économies françaises et allemandes. Les productions animales bretonnes sont en difficultés depuis le début des années 2000. Dans ce contexte, l’Afab promeut une « véritable stratégie régionale collective pour relancer l’activité » afin de pérenniser les productions animales dans le grand Ouest.

Un déséquilibre mondial

Hervé Juvin, président d’Eurogroup Institut, met en exergue « la violence du changement qui, en quelques décennies, nous a sortis d’un monde où chacun avait un lien avec la terre et la vie qui nous nourrit pour rentrer dans un monde ou les deux tiers des personnes vivent en ville ». Hervé Juvin met en garde contre l’erreur courante de croire que le prix des matières premières augmente du fait de leur raréfaction. Le problème actuel n’est pas celui-là – la tendance séculaire est à la baisse des prix – mais la volatilité des prix. À cela s’ajoute la financiarisation des activités notamment agricoles qui rend fondamentales l’organisation et la structuration de marchés. L’indépendance alimentaire, dont il est déjà question en Allemagne, risque de devenir une réelle question de société. La course à la terre est déjà en route avec 30 millions d’hectares « importés » chaque année afin de subvenir aux besoins alimentaires des pays. Par ailleurs, la divergence des pays européens et l’éclatement de la bulle du crédit rendent nécessaire « d’apprendre à se financer autrement ».

Les clés de l’innovation

Lors de la table ronde animée par Stéphane Gouin, d’Agrocampus Ouest, et réunissant Michel Houdebine (Valorial), Hervé Guyomarch (Inra), Michel Boucly (Sofiprotéol), Jean-Paul Simier (Bretagne développement innovation), Michel Morin (Conseil régional de Bretagne) et Hervé Juvin (Eurogroup Institut), les différents leviers de compétitivité de la région Bretagne ont été évoqués. Pour l’ensemble des intervenants, la clé est dans l’innovation afin de proposer des produits différents à nos concurrents et à forte valeur ajoutée. Michel Houdebine exclut les deux autres façons d’être compétitif : « Faire des produits pas chers, ce n’est plus possible vu nos concurrents à l’échelle internationale ; faire de la qualité : nous ne sommes pas les seuls à savoir le faire ». Reprenant l’exemple d’une grande marque de café qui a d’abord créé des crus différents puis tout un marché à part entière, Michel Boucly croit en l’innovation de marché grâce à laquelle de la valeur sera créée et les coûts pourront être répercutés en aval.

Émilie Auvray

 … Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 650 – Octobre 2011

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