Assemblée générale de Nutrinoë : « L’aliment apporte de la valeur ajoutée aux productions »

L’association des fabricants d’aliments du Grand Ouest, Nutrinoë, tenait son assemblée générale le 7 juillet dernier à Rennes. Un focus spécial a pointé les enjeux de la production laitière, seul secteur affichant une réelle dynamique, et où les industriels de l’alimentation animale ont des défis importants à relever et des opportunités intéressantes à saisir.

Face à la dynamique laitière qui se démarque des autres productions et en lien avec l’actualité de la fin des quotas, Nutrinoë a décidé de consacrer son assemblée générale à la thématique du lait et les nouveaux défis à relever dans ce secteur. Avant d’aborder ces problématiques, Hervé Vasseur, le président de Nutrinoë, a introduit la séance par une analyse des marchés montrant que l’Allemagne consolide sa position de leader du marché européen et que la France reste en deuxième position. Si la plupart des pays enregistrent des tassements de volumes, certains affichent des progressions importantes, à l’image de la Pologne qui a doublé sa production en 10 ans. De façon générale, « les pays du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Danemark) tirent leur épingle du jeu ». À l’échelle européenne, la volaille dépasse le porc depuis 3 ans, tandis que le bovin poursuit sa progression un peu partout. Même si la consommation de viande baisse en Europe, la forte régression en porc et bovin est un peu compensée par une croissance en volaille. Toutefois, note Hervé Vasseur, « il existe un problème de compétitivité dû à une production qui se dégrade avec la mise aux normes des bâtiments et un manque d’accompagnement fiscal, social et énergétique. Nous attendons des réponses, au moins au niveau européen ».

Une table ronde sur le thème de l'industrie de la nutrition animale au service de la production laitière a réuni (de gauche à droite) : Stéphane Deleau, directeur de Valorex, Christian Griner, de Laïta, Hervé Vasseur, président de Nutrinoë, Benoît Anquetil, de Provimi, et Patrick Wecxsteen, responsable régional de Sodiaal Union.

Une table ronde sur le thème de l’industrie de la nutrition animale au service de la production laitière a réuni (de gauche à droite) : Stéphane Deleau, directeur de Valorex, Christian Griner, de Laïta, Hervé Vasseur, président de Nutrinoë, Benoît Anquetil, de Provimi, et Patrick Wecxsteen, responsable régional de Sodiaal Union.

Fortes disparités nationales
Au niveau national, Hervé Vasseur note de fortes disparités entre les espèces et un recul global de 2 millions de tonnes en 2 ans. « La volaille est passée au premier rang des aliments composés tandis que le porc recule de 3,5 %. Le bovin passe pour la première fois devant l’aliment porc. » Le Grand Ouest reste le principal bassin d’élevage avec les deux tiers de la production française, soit 12,4 millions de tonnes (Mt). Même si elle reste en tête avec 8 Mt, la Bretagne recule de 1,7 Mt en 10 ans, soit une baisse des volumes de 18 %. Les aliments médicamenteux ont baissé de 46 % en 5 ans, « ce qui montre un véritable engagement des fabricants d’aliments », note Hervé Vasseur.
De façon plus détaillée par espèce, il apparaît que la majorité des tonnages en volaille concerne la pondeuse (+1,7 %) et la dinde (+3,2 %), tandis que le poulet est en fort repli sur 2015 (-8,8 %). La filière œuf, si elle a un peu souffert de la mise aux normes en 2011, bénéficie d’une bonne activité commerciale grâce aux ovoproduits, même si la filière souffre encore économiquement. Les volumes d’aliments porc ont reculé de 900 000 tonnes en 10 ans. Les volumes d’aliments bovins lait (hors mash) ont connu une hausse de 4 % par rapport à 2013, tandis que l’aliment bovin viande recule de 10,5 %. « Nous assistons à une dynamique laitière qui s’installe que nous ne connaissons plus en porc ni en volaille. » C’est d’ailleurs une des raisons du choix de la thématique de l’assemblée générale de l’association.

Soutien aux éleveurs
Si le porc breton pèse 3,8 Mt d’aliments sur 5,2 Mt en France, l’aliment porc a reculé de 3,5 % en Bretagne (contre -1,2 % en Europe), avec une baisse particulièrement forte pour le porc charcutier (-4,4 %), mais une hausse des complémentaires (part azotée). « L’alourdissement carcasse compense en partie la baisse des effectifs », note le président de Nutrinoë. Mais ces trois dernières années, force est de constater que le prix payé à l’éleveur est nettement inférieur au coût de revient. « Il y a eu un décrochage brutal du prix du porc. La dégradation de trésorerie des éleveurs a été estimée à 60 millions d’euros début 2015 », souligne-t-il. Et de préciser que les industriels de l’alimentation animale ont soutenu les éleveurs à hauteur de 130 millions d’euros équivalents à des délais de paiement allant jusqu’à 50 jours. « Il est important de trouver ensemble des solutions, par un rééchelonnement des dettes, la fin des frais bancaires, des aides d’urgence de l’État… Car quand l’éleveur souffre, c’est toute la filière qui est touchée. »
Hervé Vasseur en a profité pour rappeler combien le maillon de la nutrition animale est essentiel, entre la production végétale et animale. « Les fabricants d’aliments permettent de réaliser des économies importantes par rapport aux prix spot du marché », souligne le président, toutefois inquiet face à la flambée des matières premières en juin-juillet (+22 % pour le maïs, +15,8 % pour le tourteau de maïs, +6,6 % pour le tourteau de soja…). « Ce n’est pas de bon augure pour le prix de l’aliment », a déclaré Hervé Vasseur, craignant que la rentrée soit explosive par voie de conséquence.

Différentes stratégies après quotas
Patrick Wecxsteen, responsable régional de Sodiaal Union, est venu présenter le modèle d’entreprise de cette gigantesque coopérative : « La mission principale de Sodiaal est de valoriser le lait de tous les sociétaires », a-t-il précisé en introduction avant d’ajouter que « les perspectives laitières sont bonnes mais très dépendantes des cours mondiaux ». Interrogé sur l’incidence de l’arrêt des quotas, Patrick Wecxsteen répond que les contrats remplacent désormais les quotas et que les stratégies peuvent être totalement différentes selon le type de producteur et d’organisation, selon qu’ils souhaitent se développer à l’international ou au contraire se concentrer sur une production régionale. « Chaque entreprise doit définir sa politique après quota, qu’elle se traduise par un arrêt, une association ou un agrandissement. Certains veulent rester tels qu’ils sont, d’autres veulent tripler leur production. À nous de répondre aux différentes dynamiques des producteurs. »
Le groupe a pour cela développé des outils : la stabilisation des écarts de prix entre les prix A (sans flexibilité) et B (valorisation dans les poudres/beurre), inviter les éleveurs à prévoir leur livraison, garantir une certaine linéarité avec des outils pour lisser la production entre les différentes saisons… Sodiaal a également mis en place la « route du lait », une démarche de développement durable pour garantir la qualité de ses produits « de la ferme à l’usine ». Selon la coopérative, les leviers de développement portent en effet sur la traçabilité, les laits spécifiques, la santé, l’innovation… Et les producteurs ont de fortes attentes vis-à-vis des fabricants d’aliments : pouvoir produire quel que soit le prix du lait, avoir un aliment adapté aux saisons, garantir la sécurité des livraisons…

(…)

Sarah Le Blé

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 689 – septembre 2015

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