44 tonnes : ce n’est qu’un début…

Six mois après la sortie du décret fixant à 44 tonnes le poids autorisé pour les transports routiers de produits agricoles et agroalimentaires, les filières concernées ne décolèrent pas : le 6e essieu imposé dès 2014 complexifie dangereusement la situation et le calendrier proposé pour les mises aux normes s’annonce impossible à tenir. Feedsim Avenir et la FNTR restent mobilisés.

« Avec l’autorisation du 44 tonnes, la situation est bénéfique à court terme, mais les inquiétudes sont nombreuses à moyen terme. » Laurent Morin, délégué général de l’Afab et responsable de Feedsim Avenir (association réunissant les fabricants d’aliments et leurs partenaires économiques) est conscient que, si le dossier a avancé, il est loin d’être clos. Le 44 tonnes était réclamé depuis de nombreuses années par les filières agroalimentaire et agricole, mais qu’il soit finalement autorisé avec la condition du 6e essieu par le décret du 17 janvier 2011 a été vécu par la profession comme un « coup de poignard dans le dos » (voir RAA 639). « Entre la demande de départ et le résultat final, il n’y a que l’intitulé du 44 tonnes qui a été gardé », lance, ironique, Anthony Rouxel, délégué régional de la FNTR. La législation prévoit en effet que la circulation en 44 tonnes devra se faire avec un 6e essieu à partir de 2014 pour les véhicules neufs (dont la date de mise en circulation est postérieure au 1er octobre 2009) et pour tous les véhicules à partir du 1er janvier 2019. « Ces conditions ne vont absolument pas dans le sens de la compétitivité, regrette Laurent Morin. Tout le gain permis par le passage aux 44 tonnes va être perdu avec la mise en place du 6e essieu. »

Car non seulement le 6e essieu va entraîner un surcoût en termes d’investissements, mais il va poser de sérieux problèmes d’ordre technique, puisqu’il n’existe pas de précision concernant son positionnement sur le tracteur ou la remorque. Une chose est sûre, « il ne va pas améliorer la manœuvrabilité des véhicules », souligne Xavier Roux, responsable logistique au Gouessant et correspondant transports pour Feedsim et l’Afab. Enfin, 3e argument pour clouer définitivement le 6e essieu au pilori, sa mise en place isolerait dangereusement la France dans le marché européen. L’intracommunautaire n’est pas respecté, déplore Xavier Roux. Les pays limitrophes à la France roulent pour la plupart en 44 tonnes 5 essieux (Italie, Belgique, Luxembourg) ; seuls les pays scandinaves et le Royaume-Uni roulent avec 6 essieux (voir tableau). Équiper le parc d’un 6e essieu risque d’entraver sérieusement le marché de l’occasion, puisque les entreprises françaises trouveront difficilement preneurs pour écouler des véhicules qui ne peuvent pas rouler ailleurs.

Urgence

La première urgence pour les organisations professionnelles consiste à essayer de déplacer les échéances d’un calendrier très serré, puisque le décret prévoit en effet de limiter la circulation dès le 1er octobre 2011 aux seuls « ensembles routiers dont la date de première mise en circulation du véhicule moteur est postérieure au 1er octobre 2006 » (c’est-à-dire les véhicules répondant aux normes Euro IV). « Le renouvellement est tout simplement impossible à faire en temps et en heure pour une bonne partie de la flotte », souligne Xavier Roux. Dans de telles conditions, « entre 40 et 50 % du parc ne seront plus habilités à rouler en 44 tonnes », complète Anthony Rouxel. La Fédération Nationale des Transports Routiers ne relâche pas la pression auprès des pouvoirs publics, tant sur le plan régional que national, et insiste sur le fait que « la mise en œuvre de ce texte ne permet aucune stabilité pour les entreprises », déjà largement touchées par la crise. Rappelant que « le temps de l’entreprise n’est pas le temps du politique », la FNTR souligne l’urgence de la situation pour décider d’un amendement au décret. Et Laurent Morin de souhaiter « un traitement plus pragmatique et moins politique » du dossier, en débat depuis plus de quatre ans. « Nous avons le sentiment aujourd’hui d’être face à une fin de non-recevoir de la part de l’administration et des pouvoirs publics », constate Xavier Roux avec amertume. Et l’approche des élections présidentielles ne devrait pas contribuer à débloquer la situation de manière claire. Si aujourd’hui les organisations professionnelles n’ont « pas l’assurance ni la preuve d’être entendues », elles restent fortement mobilisées, car les conditions seront de moins en moins satisfaisantes au fur et à mesure du calendrier. Le combat continue, donc.

Sarah Le Blé

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 648 – juillet-août 2011

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