« 3R » 2010 : Le facteur « ENR » modifie en profondeur les formules d’aliment

Les 17es « 3R » – Rencontres de la recherche sur les ruminants -, début décembre à Paris, ont été fidèles à la tradition : riches en nouveaux enseignements et très suivies par la profession de la nutrition animale. En voici un aperçu avec un éclairage sur le facteur « énergie non renouvelable » (ENR) dans la formulation des aliments, l’acidose, les associations de céréales et de protéagineux.

L’acidose subclinique ruminale, caractérisée par des baisses transitoires du pH impactant la digestion, les performances zootechniques et la santé de l’animal, est aujourd’hui très fréquente en élevage laitier. « Elle est difficile à prévenir du fait de l’absence de système de prédiction du caractère acidogène d’une ration », a introduit dans son exposé Cyril Lechartier, de l’unité mixte de recherche (UMR) « production du lait » de l’Inra-Agrocampus Ouest, à Saint-Gilles (Ille-et-Vilaine). Les recommandations actuelles, a-t-il précisé, portent sur la fibre physique au travers du NDF – neutral detergent fiber – « physiquement efficace » ou du NDF de fourrage. « Pour un même apport de fourrage, il est établi que les amidons à dégradation rapide sont plus acidogènes que ceux à dégradation lente. Il a été suggéré de considérer en même temps les teneurs des rations en fibre physique et en amidon dégradable pour prévoir les risques de chute de pH. Des essais ont montré que les pectines (glucides non amylacés, GNA) ont un pouvoir acidogène important. »

Cyril Lechartier a indiqué que l’étude dont il a rapporté les conclusions a eu pour but de « tester les effets de la teneur en éléments dégradables, ceux de la nature de ces éléments et de la teneur en fibre physique des rations. Et d’autre part de tester les interactions éventuelles entre ces facteurs et d’analyser les mécanismes de régulation sous-jacents ».

Éléments dégradables

Deux essais ont été réalisés sur des vaches laitières. Il s’est agi de quantifier le rôle de la teneur en éléments dégradables de la ration, indexée par la matière organique et l’amidon dégradables apportés respectivement par le concentré et la fraction « grain » de l’ensilage de maïs. Il s’est agi également de mesurer le rôle de la nature des glucides des concentrés (amidon vs GNA) et de la fibre physique (indexée par l’apport de NDF de fourrage) sur les fermentations ruminales.

Cyril Lechartier : « L’accroissement de la teneur en matière organique dégradable de la ration a réduit l’ingestion de matière sèche et la production de matières grasses.»

Dans le premier essai, trois proportions d’ensilage de maïs (20 %, 35 % et 50 %) ont été croisées avec deux niveaux de matière organique dégradable (41 % et 48 %) de même nature. Dans le second essai, trois niveaux de matière organique dégradable (39 %, 43 % et 46 %) ont été croisés avec deux natures de matière organique dégradable (amidon vs GNA). « Aucune interaction n’a été observée sur la chute de pH et le profil fermentaire, a observé Cyril Lechartier. Les résultats montrent que la prise en compte d’un seul de ces critères est très insuffisante pour pouvoir anticiper les effets de la ration sur les fermentations. La teneur en matière organique dégradable de la ration et sa composition sont des facteurs importants de régulation des chutes de pH durant les repas et des profils fermentaires. La prévision du pH ruminal moyen est plus complexe et nécessite de prendre en compte l’apport de fibres par le fourrage. »

Toutefois, les données ont été obtenues dans le cadre de rations volontairement riches en éléments dégradables et pauvres en fibres de fourrages. « Il reste à préciser les relations dans une gamme plus étendue de rations et à mieux prévoir les caractéristiques de dégradation de l’amidon de l’ensilage de maïs pour prendre en compte les différences de comportement entre ensilages. » Il faudrait à l’avenir préciser les « réponses zootechniques des animaux face à ces rations à compositions infra-optimales. Des études sont nécessaires, a conclu Cyril Lechartier, pour prédire le pouvoir acidogène des fourrages riches en glucides solubles comme l’herbe verte, et des fourrages agglomérés, dont la fraction fibreuse a probablement un effet tampon moins important qu’un fourrage non broyé et une dégradabilité plus élevée. »

Triticale-pois fourrager

Jean-Paul Coutard : « Le triticale supporte des conditions de milieu difficile et est peu sensible aux maladies. C’est un bon tuteur pour les protéagineux. »

Jean-Paul Coutard, de la Chambre d’agriculture du Maine-et-Loire et de la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, a un fait un point sur la valeur nutritive des associations de céréales et de protéagineux cultivés en agriculture biologique et servant à la complémentation des ruminants. Ce type d’association de matières premières récoltées en grain constitue, dans les élevages conduits « en biologique », la principale source de supplémentation énergétique des rations. « L’objectif des éleveurs est de récolter un mélange productif, riche en légumineuses, en évitant la verse, et avec une bonne maîtrise des adventices », a résumé Jean-Paul Coutard.

Six essais en petites parcelles effectués à la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire) – conduite en agriculture biologique depuis sa création en 1998 – ont servi à étudier la valeur nutritive de certaines associations. Une comparaison a été effectuée au plan de la valeur nutritive avec des céréales cultivées pures, supposant l’analyse de chaque constituant des associations.

Dominique-J. Lefebvre

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 643 – Janvier-février 2011

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