L’effacement électrique permet de participer à l’équilibre du réseau d’électricité pendant les pointes de consommation et d’être rémunéré en contrepartie. Crédit : Enerdigit

Transition énergétique : mettre en place l’effacement de consommation électrique

Participer à l’équilibre du réseau d’électricité pendant les pointes de consommation grâce à l’effacement électrique et être rémunéré en contrepartie ? De plus en plus d’entreprises font ce choix de moduler leur consommation d’électricité pour répondre au besoin du réseau. Tour d’horizon de cette action de transition énergétique avec l’un des opérateurs présents sur le terrain, Enerdigit.

L’effacement électrique permet de participer à l’équilibre du réseau d’électricité pendant les pointes de consommation et d’être rémunéré en contrepartie. Crédit : Enerdigit

L’effacement électrique permet de participer à l’équilibre du réseau d’électricité pendant les pointes de consommation et d’être rémunéré en contrepartie. Crédit : Enerdigit

L’électricité étant difficilement stockable, le réseau électrique doit en permanence être équilibré entre la production (l’offre) et la consommation (la demande). Des sources de déséquilibres existent et un rapport de l’Ademe de 2017 (1) définit plusieurs explications. En ce qui concernant la demande, « la variation de la consommation journalière, hebdomadaire et saisonnière est la cause principale historique des variations sur le système électrique. En France, d’après le Réseau public de transport d’électricité (RTE), en cas de vague de froid, 1 °C de moins représente une augmentation de la consommation de près de 2 400 MW ». En ce qui concerne l’offre, « si le niveau de production des énergies renouvelables (ENR) variables comme l’éolien ou le solaire peut aujourd’hui être anticipé de manière relativement satisfaisante, le caractère variable de ces énergies renouvelables en fait néanmoins une source de déséquilibre sur le réseau électrique. » Toujours en matière d’offre, « les aléas fortuits des groupes de production (arrêts de fonctionnement non anticipés) qui engendre des déséquilibres en termes de puissance de production, de fréquence et tension sur le réseau ».

Besoin de flexibilité

Ces déséquilibres engendrent un besoin de flexibilité pour assurer la stabilité du système électrique et la sécurité d’approvisionnement. Les acteurs de cette filière, en premier lieu ceux qui sont responsables de l’équilibrage du réseau (gestionnaires de réseau et les « responsables d’équilibre » tels que fournisseurs, producteurs, etc.) cherchent donc des sources de flexibilité.

Pour répondre à ce besoin, plusieurs outils de rééquilibrage sont aujourd’hui à disposition de ces acteurs : « Les centrales de production dispatchables (c’est-à-dire dont le niveau de production est contrôlable, centrales thermiques ou certaines centrales hydrauliques) qui modulent leur production à la hausse ou à la baisse pour suivre la demande ; le stockage, historiquement développé via les stations de pompage hydrauliques mais dont la filière voit aujourd’hui l’émergence de nouvelles technologies (batteries, hydrogènes, air comprimé, etc.) ; ou encore les interconnexions avec les pays frontaliers (qui augmentent les capacités d’équilibrage). »

L’effacement de consommation, et plus généralement la gestion de la demande, à la baisse (effacement) ou à la hausse (stimulation de la consommation) offre une source de flexibilité supplémentaire pour assurer l’équilibre offre-demande du système électrique, en complément des autres formes de flexibilité mentionnées ci-dessus.

Pour la mise en place d’un contrat d’effacement électrique, Enerdigit installe un boitier numérique sur le site pour communiquer, prévenir et superviser le processus. Crédit : Enerdigit

Pour la mise en place d’un contrat d’effacement électrique, Enerdigit installe un boitier numérique sur le site pour communiquer, prévenir et superviser le processus. Crédit : Enerdigit

Effacement de consommation électrique

Le développement de l’effacement dans les secteurs industriels et tertiaires répond donc à un double enjeu. Pour le système électrique, il répond au besoin de développement de la flexibilité. Pour les entreprises, il représente une opportunité de diversification des revenus et d’amélioration de leur performance énergétique.

Tel que défini par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) dans son document d’analyse de juin 2013 sur les « éléments de méthodologie pour la valorisation des effacements de consommation d’électricité sur les marchés de l’énergie et sur le mécanisme d’ajustement », l’effacement de consommation électrique consiste en « une réduction temporaire du niveau de consommation d’un site vu du réseau, en réponse à une sollicitation externe ». Cette réduction temporaire est réalisée par rapport à une consommation initialement prévue, et elle peut consister en un décalage dans le temps de la consommation initialement prévue. Contrairement aux actions d’efficacité énergétique qui peuvent être mises en œuvre dans les entreprises tertiaires et industrielles, l’objectif premier de l’effacement n’est pas la réalisation d’économies d’énergies mais bien la réduction temporaire de l’appel de puissance sur le réseau électrique pour des besoins d’équilibrage du réseau.

Cette réduction temporaire du niveau de consommation d’un site peut être réalisée suite à une sollicitation d’un fournisseur d’électricité ou acteur autre que le fournisseur (par un agrégateur ou opérateur d’effacement) ou par le consommateur lui-même si celui-ci opère lui-même ses capacités d’effacement. Au sein de la filière effacement, on distingue ainsi souvent les effacements qualifiés communément d’« explicites » (c’est-à-dire en réponse à une demande explicite de réduction du niveau de consommation) sur sollicitation d’un des acteurs, ou des effacements « tarifaires » qualifiés communément d’effacements « implicites » car correspondant à une réduction du niveau de consommation d’un site en réponse à une augmentation temporaire du tarif de l’électricité facturé au consommateur.

Ainsi, deux grandes catégories d’effacement peuvent être distinguées. Les effacements fondés sur l’autoproduction : « Ce type d’effacement consiste à réduire la consommation du site vu du réseau en substituant le soutirage du réseau par un recours à un groupe de production sur le site de consommation (groupe électrogène, etc.). Il n’y a donc dans ce cas pas de réduction de la consommation des équipements ou process mais uniquement une réduction du soutirage du réseau. » Les effacements fondés sur la modulation (voire l’interruption) des process consommateurs d’électricité qui correspondent à « une diminution réelle du soutirage (réseau ou autres moyens de production) du site en question à un instant donné ».

Source de revenu supplémentaire

Plusieurs professionnels accompagnent les entreprises dans leur démarche d’amélioration énergétique. Enerdigit (2) est un opérateur d’effacement de consommation électrique qui est présent auprès d’une trentaine d’industriels de l’alimentation animale depuis trois ans. Il propose aux sites industriels de moduler leur consommation d’électricité quelques heures par an lorsque le réseau en a besoin et cela en s’adaptant à chaque entreprise. « Grâce à leur disponibilité et leur capacité à réduire leur consommation d’électricité au moment souhaité, les sites bénéficient d’un revenu net supplémentaire pour leur activité, sans investissement à prévoir, annonce la société. En modifiant le cycle de fonctionnement, quelques heures par an, des équipements électriques comme le broyage, ou encore la granulation, les sites ont pu participer depuis trois ans aux effacements de consommation électrique et ont gagné chaque année jusqu’à 15 000 euros. » Le revenu comprend une part fixe se rapportant à la disponibilité et la puissance effaçable du site, et une part variable dépendante (la capacité d’effacement) de la puissance effacée, du nombre et de la durée des effacements de l’électricité au cours d’une année.

Les effacements sont sécurisés grâce au développement d’outils permettant la remontée des données de consommations électriques et le pilotage en temps réel des effacements de chaque site. Frédéric Goul, responsable du site de Saint-Sylvestre-sur-Lot de Sud-Ouest Aliment, a mis en place cette action au sein de son entreprise : « Pour gérer les effacements sur site, c’est avant tout une volonté de vouloir respecter au maximum notre engagement. Pour cela, il faut un peu de souplesse en production. Mais aussi un outil de communication efficace entre l’opérateur (NDLR : ici Enerdigit) et le personnel de l’usine (l’encadrement, la production et la logistique) qui nous permet de relever ce défi. Pendant un effacement, notre ligne de dosage-broyage et nos deux lignes de granulation sont arrêtées. Nous réceptionnons seulement les matières premières et nous chargeons les camions de livraison car nos clients ne doivent pas être impactés. »

Pour la mise en place d’un contrat d’effacement électrique, l’opérateur installe un boitier numérique sur le site pour communiquer, prévenir et superviser le processus. Qui peut être concerné par l’effacement énergétique ? Enerdigit indique que tous les sites qui ont une consommation d’électricité globale importante avec une utilisation longue et quasi permanente des postes concernés (machines de production, éclairages, etc.) peuvent mettre en place cette action. La puissance souscrite doit être supérieure à 250 kW et une consommation annuelle d’environ 2 000 MWh.

Aujourd’hui et à la suite de la sortie des tarifs régulés, l’effacement chez les acteurs industriels est parfois intégré à l’offre de fourniture d’électricité et fait l’objet d’une négociation avec les fournisseurs. Dans tous les cas, chaque entreprise peut mettre en place une réflexion sur sa consommation énergétique en analysant son profil permettant ainsi une meilleure optimisation de celle-ci.

C. Villéger

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.