Session Aftaa vaches laitières : ne pas négliger le tarissement

À l’occasion de la session « vache laitière », l’Aftaa (Association Française des Techniciens de l’Alimentation et des Productions Animales) a permis de dresser un état des lieux des connaissances en nutrition des vaches laitières hautes productrices, en mettant l’accent sur les thématiques du tarissement et des oligo-éléments.

L’Aftaa organisait une session technique consacrée aux vaches laitières, le 3 novembre dernier à Paris. Olivier Fortineau, Docteur vétérinaire, a entamé la journée en abordant la nutrition des vaches taries, une question trop souvent sous-estimée à son goût. « Cela fait des années que nous faisons une lactation de 300 jours suivie de 60 jours de période sèche et deux traites par jour. Les vaches laitières ont évolué, leur conduite doit-elle évoluer aussi ? » Le tarissement permet à la vache d’avoir plus de cellules mammaires jeunes et donc une meilleure production laitière. Cependant, en diminuer la durée (40 jours) permet de réduire en quantité et en durée le déficit énergétique post-partum et de profiter d’une lactation plus longue. Le raccourcissement de la lactation est d’autant plus justifié pour les multipares, selon le Dr Olivier Fortineau.

Olivier Fortineau, vétérinaire praticien : « Une lactation longue n’induit pas forcément un tarissement long. »

En pratique, il préconise un tarissement de 8 semaines pour les primipares, 7 semaines en 2e lactation et 6 semaines au-delà de la 3e lactation. Par ailleurs, il insiste sur les objectifs, parfois oubliés, du tarissement : assurer un appétit maximal au vêlage pour limiter le déficit énergétique post-partum et préparer la mobilisation du calcium osseux au moment du vêlage, le tout dans le but de préparer la lactation suivante. Pour cela, quatre paramètres entrent en compte : la note d’état corporel – qui ne devrait pas changer pendant le tarissement -, le maintien du volume ruminal, l’adaptation de la flore ruminale et la modification de la muqueuse du rumen.
Le maintien d’un volume ruminal suffisant peut se faire via la distribution de fourrages appétents et accessibles. Les transitions (lactation/tarissement et surtout tarissement/lactation) doivent se faire avec un minimum de stress pour optimiser l’adaptation de la flore ruminale, qui nécessite deux à trois semaines. Pendant le tarissement, la régression des papilles du rumen est d’autant plus importante que la période sèche est prolongée et que l’alimentation hyper-énergétique est tardive.

Le paradoxe des vaches taries

Ces constatations amènent le Dr Olivier Fortineau à préconiser – dans les élevages qui le peuvent – une conduite des vaches taries en deux lots : début et fin de tarissement. L’alimentation de début de tarissement ne doit pas être trop riche, tout en maintenant le volume ruminal. Elle se constituerait de 0,75 UFL/kg MS et 10 à 11 % de MAT pour 10 à 12 kg de MS ingérés tout en veillant à l’équilibre UFL/PDI. La ration de base des vaches laitières peut aussi être utilisée en quantité limitée et complétée par un fourrage appétant mais peu riche. En fin de tarissement, le niveau de concentration devra être augmenté (0,85 à 0,9 UFL/kg MS, 12 % de MAT pour 7 à 9 kg de MS) afin de préparer à la transition vers l’alimentation de lactation. Cette préparation se traduit aussi par l’incorporation des fourrages distribués pendant la lactation et par la distribution progressive de concentrés.
Le Dr Olivier Fortineau rappelle que la préparation de la mobilisation du calcium (baisse des apports phosphocalciques et augmentation des apports en magnésium) doit être faite en considération des délais physiologiques, pour « installer les canalisations qui permettent d’aller chercher le calcium ; ainsi le jour du vêlage, nous n’avons plus qu’à ouvrir les vannes ». En effet, un délai de deux jours existe entre la baisse de la calcémie et la mobilisation du calcium osseux. Le Dr Olivier Fortineau indique par ailleurs que la complémentation des autres minéraux n’est pas nécessaire pendant le tarissement si elle a été correctement effectuée pendant la lactation.
Cependant, à l’approche du vêlage, les transferts d’oligo-éléments de la vache vers le fœtus et l’expression colostrale importante de vitamines vont rendre nécessaire une complémentation importante, équivalente à celle d’une vache en lactation. Le vétérinaire met l’accent sur le mode de distribution de cette complémentation qui apparaît trop souvent « inadaptée » et ne permet pas de maîtriser les quantités ingérées. Il préconise donc une distribution via le mélange à la ration ou des bolus.

Émilie Auvray

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 652 – décembre 2011

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