Aftaa veau de boucherie : une filière mise au défi

L’Aftaa (Association Française des Techniciens de l’Alimentation Animale) organisait à Tours une session dédiée aux veaux de boucherie. Conjoncture et évaluation des besoins protéiques et énergétiques étaient, entre autres, à l’ordre du jour.

Jean-Marc Chaumet, chargé du suivi des secteurs « veau de boucherie » et « broutards » pour l’Institut de l’Élevage, a introduit la session en plantant le décor d’une filière confrontée à de nombreuses difficultés. Le nombre de veaux abattus dans les cinq principaux pays européens producteurs diminue depuis les années 1960 et de manière plus forte encore pour la France (environ 4 800 000 animaux abattus en 1964 contre 1 500 000 en 2011). En revanche, grâce au gain de poids des carcasses (78 kg de carcasse en moyenne en France en 1964 contre 135 kg en 2010 soit une hausse de 73 %), la baisse de production est moins forte en volume (370 000 tec – Tonnes Équivalents Carcasses – pour la France en 1964 contre 203 000 tec en 2011).

INTERBEV/CIV. Photographe: Georges Humbert

La France reste le 1er producteur européen avec 31 % de la production européenne mais risque, dans les années à venir, de se faire devancer par les Pays-Bas qui sont le seul pays européen dont le nombre de veaux abattus augmente (28 % de la production européenne en 2011). Ensuite, viennent l’Italie (18 %), la Belgique (8 %) et l’Allemagne (7 %). Ces cinq pays représentent près de 95 % de la production européenne. (…)

Déterminer les besoins

Étienne Labussière, chargé de Recherches sur la dynamique de l’utilisation des nutriments dans la toute nouvelle UMR Pégase (Physiologie Environnement Génétique pour l’Animal et les Système d’Élevage) de l’Inra de Rennes, a présenté les dernières données concernant les besoins protéiques et énergétiques des veaux de boucherie. (…)

Les besoins énergétiques sont calculés en additionnant les besoins d’entretien et les besoins de production. Les premiers correspondent à la production de chaleur basale et sont proportionnels au poids métabolique de l’animal (PV0,85) c’est-à-dire à la taille. Ils varient en fonction du niveau alimentaire qui joue sur la dynamique métabolique de l’animal. Les besoins de production correspondent eux à l’énergie retenue par le veau lors de sa croissance (sous forme de protéines et de lipides) et varient en fonction du poids vif et du gain pondéral. (…) Ainsi, la formule générale du calcul du besoin énergétique d’entretien ENm (en MJ/J) est : ENm= 0,149 x PV0,85 +0,29 x EN (veaux mâles de race Prim’Holstein).

(…) La formule générale du calcul du besoin énergétique de production ER (en MJ/J) obtenue est : ER = 1,56 x PV0,41 x GP0,53. Ces différents coefficients permettent de prendre en compte l’évolution de la composition (protéines/lipides) du gain pondéral en fonction du poids de l’animal. (…) Ainsi pour calculer le besoin énergétique total, la formule devient : EN = 0,21 x PV0,85 + 2,2 x PV0,41 x GP0,53. (…)

Sécrétions de glucose non négligeables

Toujours pour les veaux mâles Prim’Holstein, Étienne Labussière s’est ensuite attaché à déterminer les proportions des différentes pertes pour des aliments liquides et solides. Pour tous les aliments, l’extra-chaleur représente la plus grosse proportion de pertes. L’aliment d’allaitement représente celui engendrant le moins de pertes (environ 22 %) mais dont la proportion de pertes urinaires est la plus importante. Ces dernières sont constituées d’azote (50 à 60 % d’urée) mais aussi de glucose suite au développement d’insulino-résistance.

Étienne Labusiere, de l’Inra : « Les équations de besoins que je propose sont des outils qui servent à s’adapter pour respecter des contraintes de formulation. »

Ces sécrétions de glucose augmentent au fur et à mesure que l’animal avance en âge, d’autant que celui-ci ne reçoit pas d’aliment solide riche en fibres. Elles peuvent atteindre 150 g par jour, soit 5 % du lactose des aliments d’allaitement. « Ces pertes ont un effet très néfaste car ces nutriments ne font que transiter dans l’organisme sans être utilisés mais en plus l’animal dépense de l’énergie pour les absorber et les éliminer », met en garde Étienne Labussière. (…)

Étienne Labussière a ensuite expliqué que les besoins protéiques sont constitués des besoins en azote, c’est-à-dire « la quantité minimale d’azote pour maximiser la croissance permise par l’apport énergétique » mais aussi des besoins en acides aminés, indispensables selon le concept de la protéine idéale. Les études réalisées ont permis de déterminer que la formule pour calculer le rapport Ndigestible/EN optimal (en g/MJ) était une fonction puissance : Ndigestible/EN = 14,4 x (PV – 5)-0,42. Cette formule permet de s’aligner sur des veaux plus faibles présentant un poids de 5 kg au-dessous de la moyenne du lot. (…)

Besoins en acides aminés

Chez le veau, le premier acide aminé indispensable est la lysine. Cependant les besoins pour cet acide aminé sont assez mal connus, notamment pour des veaux à fort GMQ. Des essais sont actuellement en cours à la station du Rheu de l’Inra et des résultats devraient être publiés dans l’année. Les besoins pour les autres acides aminés sont exprimés en fonction des apports en lysine : thréonine (60 à 65 %), tryptophane (15 à 16 %), méthionine et cystine (50 à 55 %).

Dans la pratique, Étienne Labussière conseille d’utiliser différentes étapes dans le rationnement des veaux de boucherie. Tout d’abord, grâce aux différentes équations précédentes, il calcule les besoins des veaux en considérant leur poids vif, l’objectif de croissance, les besoins énergétiques et protéiques. Ensuite, l’aliment solide est choisi en fonction de ses qualités nutritionnelles et du plan de rationnement. Enfin, la ration est complétée avec l’aliment d’allaitement. (…) Ainsi, l’utilisation de 3 aliments d’allaitement paraît être le meilleur compromis en permettant une réduction de 20 % la teneur moyenne en protéine par rapport à un seul aliment.

« Les équations de besoins que je propose sont des outils qui servent à s’adapter pour respecter des contraintes de formulation (prix, disponibilités des matières premières…) et donc essayer de valoriser au mieux ces matières premières dans une ration pour veaux de boucherie. Elles permettent aussi de s’adapter à des contraintes de fabrications et d’utilisation des aliments (nombre de silos, gestion des transitions alimentaires…) » conclut-il.

Émilie Auvray

…Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 657 – juin 2012

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