L’alimentation des monogastriques : 100 % bio dans un an : où en est la filière ?

La dérogation qui autorise l’introduction de 5 % de composants non bio dans la ration des monogastriques élevés en bio sera reconduite pour la dernière fois en 2014. Le 1er janvier 2015, les éleveurs de porcs et volailles devront se plier à la règle du 100 % bio. La RAA fait le point sur la préparation de la filière à cette échéance (dossier paru dans Biofil n° 91).

Les pistes pour envisager plus sereinement le 100 % bio en alimentation des monogastriques, sans surcoût et baisse de performances, sont très attendues. Ici, l’élevage de Bruno Rabier, qui a réussi ce défi.

Les pistes pour envisager plus sereinement le 100 % bio en alimentation des monogastriques, sans surcoût et baisse de performances, sont très attendues. Ici, l’élevage de Bruno Rabier, qui a réussi ce défi.

Différents projets de recherche ont été lancés ces dernières années sur l’alimentation des monogastriques, et plus précisément sur l’apport protéique des rations des porcs charcutiers et des volailles de chair ou pondeuses. Les premiers résultats ne sont pas encore disponibles. Pourtant, certaines analyses sont encourageantes. « On a constaté qu’on était capables, sur les plans technique et nutritionnel, de faire de l’aliment 100 % bio, explique Jean-Charles Cizeron, directeur de Cizeron bio, nous avons également, en France, de la matière première protéique. Mais pour l’instant, nous avons toujours besoin d’un apport en soja. » Or, le soja bio n’est pas produit en quantité suffisante en France, et beaucoup, à l’instar de Jean-Charles Cizeron, regrettent l’importation de soja bio asiatique, à la fois pour une question de traçabilité et pour des raisons environnementales. « Personnellement, je préfère un aliment bien fait à 95 % en bio plutôt qu’un aliment 100 % bio dont une partie des ingrédients vient de l’autre bout du monde ! »

Carine Maret, directrice de l’Ufab, est un peu moins optimiste. Pour elle, « le contexte n’a pas beaucoup évolué, les résultats des recherches ne sont pas finalisés, et le problème de l’apport en protéines demeure ». Le fait est que certaines matières premières non bio, utilisées pour l’instant dans les rations, ne semblent pas disponibles en bio, au moins en quantité suffisante. C’est le cas du « gluten de maïs et de l’amidon de pomme de terre », précise Carine Maret, ajoutant néanmoins que « des essais sur des nouvelles matières premières sont actuellement en cours », mais non aboutis (1). « Les producteurs sont inquiets, confie-t-elle. Sur le plan technique, ils ignorent si les formulations des aliments 100 % bio permettront de maintenir les résultats qu’ils ont actuellement. Et sur le plan économique, ils craignent à la fois l’augmentation du prix des aliments et la baisse de performance. »

Certains producteurs (voir pages suivantes) ont d’ores et déjà fait évoluer leurs pratiques, modifiant leurs rotations pour tenter d’introduire plus de protéagineux dans leurs cultures. Mais ils restent dans l’expectative, espérant comme beaucoup que cette dérogation sera prolongée au moins jusqu’en 2017, date à laquelle le nouveau cahier des charges bio devrait entrer en vigueur.

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Annie Rigault

(1) Des essais sont en cours sur le concentré protéinique de luzerne (CPL), les tourteaux de lin, de chanvre, sur l’ortie…

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 674 mars 2014

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