Mutatec : entoconversion et concentrés protéiques

L’entreprise Mutatec a été créée il y a deux ans à Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, dans le but de proposer, à travers la valorisation de biodéchets par les insectes, une solution alternative pour la production de protéines et produits d’intérêt pour une nutrition animale saine et durable. Découverte de cet élevage expérimental en pleine expansion.

Les larves sont initialement blanches, puis leur enveloppe externe se rigidifie et elles deviennent noires au dernier stade larvaire.

Les larves sont initialement blanches, puis leur enveloppe externe se rigidifie et elles deviennent noires au dernier stade larvaire.

Les insectes sont aujourd’hui considérés, notamment par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), comme une solution pertinente aux enjeux mondiaux de sécurité alimentaire et de développement durable. Notamment dans le cadre de l’empreinte écologique des systèmes alimentaires des animaux d’élevage et de leur approvisionnement en protéines. C’est dans ce contexte que quatre entrepreneurs* ont décidé, en janvier 2015, de créer Mutatec, un élevage expérimental de mouches soldat noires (Hermetia illucens) pour l’alimentation animale, basé sur une logique d’économie circulaire. « Sachant que plus d’un tiers des déchets et résidus agroalimentaires, encore sains et riches en nutriments, sont aujourd’hui sous-valorisés, nous avons décidé d’utiliser ces biomasses pour nourrir des insectes afin d’élaborer des produits d’intérêt pour une nutrition animale saine et durable », explique Christophe Trespeuch, directeur associé et vétérinaire spécialisé en élevage et durabilité des systèmes alimentaires. Les matières premières aujourd’hui utilisées par Mutatec, principalement des écarts de fruits et légumes, proviennent d’un grossiste local. Elles sont broyées et égouttées avant d’être données aux larves destinées à l’engraissement ou à la reproduction.

La ferme pilote, installée sur le site industriel de traitement des déchets Sotreco à Châteaurenard, près d’Avignon, compte deux pôles. Une volière accueille plusieurs dizaines de milliers de mouches adultes, pour la reproduction. « Il faut maintenir des conditions de température stables et maximiser les sources de lumière qui favorisent l’activité sexuelle des mouches, indique Joachim Ferro, responsable d’élevage. L’hygrométrie est aussi un paramètre extrêmement important : une mouche adulte ne possède pas d’appareil buccal. Elle ne se nourrit donc pas, mais a besoin de s’hydrater. » Sa durée de vie n’excède pas 10 jours. « Il ne s’agit pas d’un nuisible et elle n’est vecteur d’aucun risque sanitaire du fait qu’elle ne s’alimente pas et en raison de sa courte vie. »

Chaque femelle peut pondre entre 300 et 1 000 œufs. « Ils sont récoltés régulièrement puis incubés dans un caisson jusqu’au tout premier stade larvaire. » Les larves prennent ensuite la direction d’un autre préfabriqué pour être engraissées. Elles sont alors installées dans des bacs en plastique contenant les résidus organiques. Les larves sont initialement blanches, puis leur enveloppe externe se rigidifie et elles deviennent noires. Elles arrêtent alors de s’alimenter : c’est le dernier stade de l’état larvaire. « Certaines deviennent des reproductrices et sont envoyées en volière. Nous travaillons en flux tendu, il y a 30 à 40 jours entre deux adultes. » D’autres sont abattues, « par ébouillantage ». Elles sont ensuite congelées ou séchées et transformées. Pour l’instant, Mutatec fait appel à un prestataire externe pour cette étape. « Nous travaillons avec le CTCPA Sud-Est, centre technique agroalimentaire. À terme, la transformation fera bien évidemment partie intégrante de notre métier. »

Didier Anato, responsable matériel, Joachim Ferro, responsable d’élevage, et Christophe Trespeuch, directeur associé, devant les locaux administratifs de Mutatec.

Didier Anato, responsable matériel, Joachim Ferro, responsable d’élevage, et Christophe Trespeuch, directeur associé, devant les locaux administratifs de Mutatec.

Une ferme pilote de 2e génération

« Depuis la création de l’entreprise, nous nous sommes attachés à maîtriser les processus d’élevage et à valider nos hypothèses, dans une logique de R&D. Nous sommes très tournés vers la zootechnie, dans une logique agricole plus qu’industrielle et biotechnologique », souligne Christophe Trespeuch. Mais la start-up est en pleine transition. D’une ferme pilote à l’échelle test, elle souhaite aujourd’hui passer à une structure un peu plus conséquente et augmenter sa capacité de production. « Nous produisons actuellement entre 100 et 300 kg de larves par semaine, indique Joachim Ferro, mais nous avons un surplus d’œufs. Nous sommes limités par la place et par le nombre de manipulations à effectuer manuellement. » Mutatec devrait donc se doter, dans les semaines qui viennent, de nouveaux outils, comme un broyeur pour les matières premières, un tamiseur ou encore une chambre climatique. « Une installation pilote de 2e génération, permettant à la fois de tester à plus grande échelle des méthodes de mécanisation et d’automatisation de l’élevage et d’augmenter la production de larves. Cela suit le processus de développement. »

 

E. Mouraud

 

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