Christophe Carlier, président de la Facco : « Nos adhérents montent en gamme. » Crédit : Facco

Petfood-Facco, Christophe Carlier : « Un nouveau souffle »

Vétérinaire de formation, Christophe Carlier préside la Facco, Fédération des fabricants d’aliments pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers. Dans un entretien, il présente la structure et ses objectifs.

Christophe Carlier, président de la Facco : « Nos adhérents montent en gamme. » Crédit : Facco

Christophe Carlier, président de la Facco : « Nos adhérents montent en gamme. » Crédit : Facco

La Revue de l’Alimentation animale : Quels sont les objectifs de la Facco et qui sont ses membres ?

Christophe Carlier : Représentant 98 % du petfood, la Facco est le référent des pouvoirs publics pour tous les grands sujets liés à l’alimentation des animaux familiers (chiens, chats, oiseaux, rongeurs, etc.). La principale mission de l’association est de s’assurer que ses adhérents mettent sur le marché des produits sains, sûrs et conformes à la réglementation européenne et française. Parmi nos vingt-neuf adhérents, on a de très petites entreprises capables de fabriquer des compléments alimentaires ou liées à une région. Je pense notamment au Sud-Ouest et à l’activité canards. On a également des groupes internationaux : Nestlé, Mars, Affinity Petcare et Royal Canin. Au milieu, on trouve toutes sortes d’opérateurs qui fabriquent sous leur nom ou qui travaillent à façon pour la grande distribution.

RAA : Par rapport aux bovins ou aux monogastriques, quelles sont les spécificités des aliments pour animaux de compagnie ?

C. C. : On trouve des granulés extrudés, des aliments humides (boîtes de conserve, pochons, etc.) et des produits semi-humides (articles à mâcher). Les chiens et les chats étant des carnivores, nous utilisons une quantité de protéines d’origine animale plus importante que pour les poissons ou les lapins.

RAA : Quelles sont les conséquences au niveau des process industriels ?

C. C. : Ceux-ci sont similaires à ce qui se pratique dans l’alimentation du bétail : les produits extrudés subissent le même procédé de transformation. Pour les produits humides, la grande différence réside dans la stylisation de contenants de petits formats. Cela nécessite d’investir en recherche et développement au niveau du packaging : même si certaines boîtes montent jusqu’à un kilogramme, en général, on est sur des formats de cent ou cent cinquante grammes, voire en dessous. Des produits qui ont une durée de vie relativement longue car ils ont été traités thermiquement.

RAA : De quoi se compose la ration-type d’un chien ou d’un chat par rapport à un bovin ou un porc ?

C. C. : La ration-type est relativement similaire car on part des besoins spécifiques de l’animal : protéines, lipides, glucides, vitamines et sels minéraux. Sur ces formules, en fonction du type de produit, on rajoute un certain nombre de nutriments répondant aux besoins des chiens et des chats.

RAA : Pour les matières premières, quelles sont vos sources d’approvisionnement ?

C. C. : 99 % des matières premières que nous utilisons proviennent de l’Union européenne, dont 70 % exclusivement de France. Nous sommes très vigilants vis-à-vis des épidémies animales comme cela a été le cas l’année dernière avec la grippe aviaire.

RAA : Justement, comment faites-vous pour assurer la qualité sanitaire de vos approvisionnements ?

C. C. : Dans la mesure où ceux-ci sont pratiquement exclusivement d’origine européenne, ils répondent à la réglementation en vigueur. Or celle-ci est l’une des plus strictes au monde. Nous sommes fiers de pouvoir travailler avec des matières premières qui sont complètement sûres ! Une fois que celles-ci ont été reçues et analysées par les entreprises, elles entrent dans un processus de fabrication qui rend le produit fini aussi sain et sûr que les chiens et les chats le méritent !

RAA : En 2017, l’industrie française du petfood a réalisé un chiffre d’affaires de 3,1 milliards d’euros : quelle lecture faut-il en faire ?

C. C. : Ce résultat cache des situations contrastées avec une hausse relativement importante sur le marché français et une baisse à l’export. Concernant le second point, il nous faudra plusieurs années pour savoir si les décisions prises par les groupes internationaux de réallouer un certain nombre de volumes dans des usines à l’extérieur de la France ne seraient pas responsables de ce phénomène. Par contre, l’augmentation de près de +6 % des ventes en France représente une satisfaction.

RAA : Y a-t-il une raison objective à cette hausse ?

C. C. : Un grand nombre de nos adhérents montent en gamme. Conséquence : les prix augmentent.

RAA : Quels sont les pays vers lesquels la France exporte ?

C. C. : Les membres de la Facco exportent à l’intérieur de l’Union européenne avec un gros client qui est l’Allemagne, suivie des Pays-Bas et de la Pologne. Quant aux pays tiers, ce sont le Japon, la Russie et la Corée du Sud.

RAA : Qu’est-ce qui caractérise le marché asiatique ?

C. C. : Le type d’animaux nourris : des petits chiens et des chats car on a affaire à des populations essentiellement urbaines. Il y a également une exigence de qualité avec, en toile de fond, la reconnaissance du savoir-faire français : certains consommateurs nippons trient les croquettes dans un sac pour regarder s’il y a des différences de taille ou de couleur…

RAA : Globalement, la France est-elle bien positionnée sur le marché international ?

C. C. : Oui. On retrouve les produits des adhérents de la Facco un peu partout dans le monde. En 2017, nous avons exporté dans dix nouveaux pays : une excellente nouvelle !

RAA : Pourquoi en 2017 les importations ont-elles baissé ?

C. C. : Des importations sont faites par des opérateurs n’appartenant pas à la Facco (grande distribution ou petits distributeurs souhaitant faire venir une marque en particulier). Mais rien ne permet de tirer des conclusions sur les changements qu’on a pu observer en 2017. En Europe, le principal pays d’importation est l’Allemagne. Pour les pays tiers, c’est la Thaïlande, le Canada et les Etats-Unis.

RAA : L’an dernier, la production française d’aliments secs a augmenté de +3 % : comment l’analysez-vous ?

C. C. : C’est une très bonne nouvelle. Mais la vraie bonne nouvelle, c’est surtout de voir que l’aliment humide ne baisse plus. Or nous étions en baisse constante depuis une dizaine d’années, surtout pour les chiens. Toutefois, ces dernières années, on sentait un ralentissement de la baisse : on espère être arrivé à une sorte de plancher. L’explication provient peut-être de la réduction de la taille des chiens adoptés par les foyers français. Or cela permet plus facilement une alimentation humide que pour les gros chiens et la montée en gamme d’un certain nombre de produits a donné un nouveau souffle : l’aliment humide répond aux besoins spécifiques des chiens et des chats, notamment une quantité d’eau intéressante pour des animaux qui boivent peu.

RAA : Quels sont les projets de votre fédération, tant à l’échelon national qu’européen ?

C. C. : Début 2019, notre secrétaire général (NDLR : Yves Bodet) partira en retraite et Aurélie Bynens, chargée de mission, lui succèdera. Par ailleurs, en partenariat avec les spécialistes de la nutrition animale, la Facco travaille sur un guide nutritionnel. Objectif : définir le minimum requis pour chaque espèce. Ce document est disponible en anglais pour les chiens et les chats sur le site de la Fediaf (NDLR : Fédération européenne des industries d’aliments pour animaux familiers). Et le travail est en cours pour les lapins. Nous planchons également sur un guide des bonnes pratiques de fabrication et sur un code des bonnes pratiques d’étiquetage. Ce dernier est en cours de validation auprès de la Commission européenne et il devrait être publié à la rentrée. Par ailleurs, les adhérents de la Facco souhaitent donner plus de transparence à leurs activités. Cela se traduira par un plan de communication où nous nous engagerons avec le consommateur et non plus avec nos parties prenantes (gouvernement ou scientifiques). L’enjeu : montrer ce que nous faisons de bien. Pendant trop d’années, nous avons laissé la place à des personnes qui avaient la fâcheuse tendance à parler en notre nom sur ce que nous aurions potentiellement fait de mal : ce n’est pas acceptable ! C’est la raison pour laquelle nous reprenons la main sur une communication transparente et positive.

Propos recueillis par Gilles Hardy

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