Vaches laitières : les secrets de la nutrition en acides aminés

Le séminaire organisé à Paris par Kemin, du 22 au 24 avril, visait à faire le point sur les dernières connaissances concernant les besoins et les apports en acides aminés chez les vaches laitières. Un thème d’actualité à un moment où les éleveurs sont à la recherche d’une meilleure efficacité technique et économique. Ce séminaire était organisé en partenariat avec Adisseo à l’occasion de la visite de la nouvelle usine de Commentry dans l’Allier.

« Des apports équilibrés en acides aminés améliorent l’efficacité globale de l’utilisation des protéines, augmentent la production laitière, diminuent les rejets azotés et ont un impact positif sur la fertilité des vaches », affirme en préambule John Springate, président de Kemin Animal and Health EMEA qui introduit la conférence.

Acides aminés limitants
La première intervention, réalisée par le professeur Charles G. Schwab de l’université du New Hampshire aux États-Unis, a rappelé l’importance des acides aminés dans la nutrition des vaches laitières.

Le professeur Schwab pendant sa première présentation sur l'importance des acides aminés chez les vaches laitières.

Le professeur Schwab pendant sa première présentation sur l’importance des acides aminés chez les vaches laitières.

« Les acides aminés sont essentiels chez les vaches laitières, d’où l’importance de les prendre en compte au moment de la formulation », lance le conférencier qui rappelle qu’il existe dix acides aminés essentiels et dix non essentiels. Puis M. Schwab rappelle leurs nombreuses fonctions, ces derniers pouvant provenir de trois sources possibles : les protéines de la ration, les protéines microbiennes et les protéines endogènes. Dans ce tableau complexe, la méthionine et la lysine sont les deux principaux acides aminés limitants. Certaines matières premières sont plus riches que d’autres en lysine, comme la farine de sang (9 % de lysine), la farine de poisson (7,7 % de lysine) ou celle de soja (6,3 % de lysine). Un ratio optimum lysine/méthionine est à trouver pour viser un niveau optimum de taux protéique du lait. Ce ratio dépend des modèles existants, il est par exemple de 3 pour le modèle NRC révisé et de 2,37 pour le modèle CNCPS révisé en 2014 par Foskolos et al.. « Le ratio optimum lysine/méthionine dépend de votre modèle », insiste le conférencier qui donne ensuite quelques recommandations pour une alimentation équilibrée en acides aminés des troupeaux laitiers. Parmi ces dernières figurent des apports équilibrés en glucides et matières premières fibreuses pour optimiser l’ingéré et le fonctionnement du rumen. Des apports en suppléments protéiques riches en lysine (comme le LysiPearl) ou en méthionine (comme le MetaSmart) peuvent également contribuer à améliorer le ratio. « Pour les apports en protéines alimentaires, faites plutôt confiance à ce que la vache vous dit qu’à vos modèles », conclut de façon pragmatique le conférencier.

Pertes azotées

Le professeur Chris Reynolds de l'université de Reading au Royaume-Uni : « Il existe des pertes inévitables d'azote chez la vache laitière, mais on peut les réduire. »

Le professeur Chris Reynolds de l’université de Reading au Royaume-Uni : « Il existe des pertes inévitables d’azote chez la vache laitière, mais on peut les réduire. »

Dans l’intervention suivante, le professeur Chris Reynolds de l’université de Reading au Royaume-Uni s’intéresse aux pertes azotées en élevage laitier. Ces dernières sont estimées à 2,396 milliards de kg d’azote par an pour l’Europe des 27, pour un total de 23,1 millions de vaches laitières à 6 692 kg de lait par an et à 33,7 % de taux protéique moyen. « Il existe de grandes variations de l’efficacité azotée des troupeaux laitiers », affirme ensuite le conférencier, cette efficacité azotée allant en Europe de 0,21 à 0,32. « Il existe un taux maximum chez les troupeaux laitiers aux alentours de 0,40-0,45 », ajoute ensuite Chris Reynolds qui détaille ensuite les principaux postes de pertes d’efficacité azotée. Il existe trois postes principaux : la digestion, la maintenance (13 g/j) et la production laitière (36 g/j). Les pertes liées à la digestion se ventilent comme suit : pertes liées à la fermentation (35 g/j), aux protéines microbiennes (84 g/j), aux protéines non digérées (37 g/j) et aux protéines endogènes (58 g/j). « L’apport en énergie est un élément clé pour optimiser l’efficacité azotée des rations », conclut le conférencier qui prône une approche intégrée du métabolisme de l’énergie et de l’azote. Un apport en énergie réduit les excrétions d’azote par l’urine, avec une meilleure efficacité pour les sources d’énergie digestibles dans l’intestin plutôt que dans le rumen.

Effets épigénomiques
Puis c’est au tour de Milo Witbank, professeur de physiologie reproductive à l’université de Wisconsin-Madison (États-Unis), de faire une présentation sur les moyens d’améliorer la reproduction des vaches laitières. Parmi les essais présentés par ce dernier, une supplémentation en méthionine protégée du rumen (Smartamine) aboutit aux conclusions suivantes : la supplémentation en méthionine des vaches provoque des changements dans l’expression des gènes de l’embryon (effets épigénomiques stoppant l’expression anormale de gènes), améliore la taille des embryons et le taux de gestation des multipares. D’autres essais présentés par le conférencier américain montrent qu’une supplémentation en méthionine alimentaire protégée du rumen améliore la concentration en méthionine du plasma, tout en améliorant la concentration et le rendement en protéines du lait.

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Philippe Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 687 juin 2015

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