Session vaches laitières Aftaa : système Systali, logiciel de rationnement et bien-être animal

Bien-être, nutrition, traite robotisée, économie des filières, etc. Comme chaque année à l’automne, l’Aftaa a organisé sa session vaches laitières le 22 novembre à Paris. Le programme a couvert tant des aspects techniques qu’économiques, ce qui fait le succès de cette journée.

La matinée a été consacrée à plusieurs interventions concernant l’alimentation des vaches laitières. L’élevage bovin bénéficie cette année du nouveau système Systali de l’Inra pour le calcul des rations. « Après plusieurs années de conception et de finalisation, les équations et les valeurs sont disponibles depuis le début de l’année en anglais et bientôt en français », explique Philippe Faverdin, directeur de recherches à l’Inra. La mise en application dans des cas concrets montre l’intérêt du nouveau système pour expliquer certaines situations et affiner les apports.

Philippe Faverdin, directeur de recherche Inra, pendant sa présentation.

Philippe Faverdin, directeur de recherche Inra, pendant sa présentation.

Sur le plan pratique, le nouveau système Inra 2018 prend davantage en compte les interactions digestives qui agissent sur la valeur de la ration, avec un effet cumulé des facteurs individuels (stade, potentiel, parité) et des facteurs rations (nature et niveau des compléments). « Les interactions digestives affectent beaucoup la valeur UFL principalement à cause de l’effet du niveau d’ingestion, mais également la valeur PDI », explique Philippe Faverdin, d’où une modification forte du rapport PDI/UFL par rapport à 2010 lors des calculs des rations.

Le nouveau système introduit également deux autres notions : l’optimisation des rations et la production laitière potentielle. Le calcul de rations par optimisation permet de proposer des solutions pertinentes dans de nombreux cas et de limiter les « non-réponses » mais nécessite une bonne expertise pour interpréter les écarts lorsque les objectifs ne sont pas atteints. « Cette fonction d’optimisation a plusieurs objectifs, précise le conférencier. Elle limite le nombre de solutions possibles et permet d’atteindre la production dite objective et un bilan UFL souhaité tout en évitant les dérives sur l’alimentation protéique (excès de complément protéique). La production de lait potentielle a son importance dans la prévision et l’optimisation des rations. La persistance de la production laitière potentielle pendant la lactation semble dépendre du système d’aliment et elle est d’autant meilleure que l’écart entre production laitière potentielle et production laitière attendue est faible. »

Projet Inration/Rumin’al

Les deux conférenciers suivants, Olivier Veron, référent chef produit nutrition et reproduction littoral normand, et Yvelyse Mathieu, nutritionniste bovins Seenovia, ont apporté d’autres éléments pratiques de ce nouvel outil de rationnement développé avec l’Inra. Dans sa présentation sur le logiciel de rationnement Inration/Rumin’al, Olivier Veron a rappelé la genèse du projet né d’une rencontre en mars 2016 entre l’Inra et 24 Ecel (Entreprises de conseil en élevage) représentant 25 000 élevages laitiers français et 650 conseillers. « Nous voulions faire évoluer nos outils de rationnement avec la perspective de l’arrivée du nouveau système Systali, rappelle Olivier Veron. La collaboration entre l’Inra et les Ecel du projet va aboutir à une base et une interface commune (Inration V5) tout en permettant aux Ecel d’y adosser des spécificités (Rumin’al). Pour chaque ration calculée, le logiciel permet d’avoir une vue synthétique des principaux résultats, avec une analyse technique et économique dans huit domaines avec, au final, une marge sur coût alimentaire calculée automatiquement. » Le logiciel comporte également un module de comparaison de rations, une gestion et prévision des stocks ainsi qu’un module pâturage (prévision par le moteur Inration V5 des ingestions d’herbe pâturée à partir du type et des caractéristiques du pâturage) et un module minéral (détermination de la valeur idéale du CMV pour couvrir les besoins des animaux). « Nous prévoyons de déployer le logiciel Inration/Rumin’al dans les entreprises du projet au printemps 2019 », conclut le conférencier, avec une première version dédiée aux vaches laitières et taries ainsi que les animaux en croissance et à l’engraissement.

Puis Yvelyse Mathieu, experte nutrition vaches laitières Seenovia, a fait ensuite une présentation sur les valeurs des aliments nécessaires pour faire tourner le moteur Inra 2018. « Certains critères restent comme les valeurs UF et UE, mais ils changent de valeur », affirme en préambule Yvelyse Mathieu. En moyenne, les fourrages (fourrages verts, ensilages, foins) gagnent 0,05 UFL. Les valeurs tables UFL 2018 des concentrés restent en pratique stables. Les fourrages (foins et ensilages de maïs) perdent 4 à 5 g de valeurs PDI, cette baisse touchant également les concentrés (baisse des PDIE au-delà de 110 g PDIE 2007/kg brut). « Ces changements de valeur proviennent d’un chiffrage plus précis des pertes pour chaque aliment selon la ration », explique Yvelyse Mathieu. En résumé, les tables 2018 donnent un chiffrage plus précis de la valorisation de l’énergie et de l’azote pour chaque ration. Mais à une condition : rentrer davantage de données chimiques de bases pour faire tourner le moteur Inra 2018, notamment pour les concentrés (digestibilité intestinale, valeur d’encombrement, amidon, etc.). « Il manque de nombreuses données que les fabricants d’aliment devront fournir », conclut la conférencière.

Dr Pierre Kirsch (à gauche), président de la structure Happy Vet, avec le Dr Luc Mounier, professeur à VetAgroSup (école vétérinaire de Lyon).

Dr Pierre Kirsch (à gauche), président de la structure Happy Vet, avec le Dr Luc Mounier, professeur à VetAgroSup (école vétérinaire de Lyon).

Du bien-être animal au robot de traite

Plusieurs thèmes d’actualité ont également été abordés dans la matinée, dont le bien-être animal.

Pour Luc Mounier, coordinateur du centre du bien-être animal et professeur à VetAgroSup, le bien-être animal est un des éléments incontournables de l’élevage d’aujourd’hui comme de demain. L’éleveur doit s’appuyer sur l’étude du comportement des animaux : une vache qui se cogne la tête chaque fois qu’elle se lève ou qui n’a pas accès à l’abreuvoir car les dominantes l’en empêchent, doivent être identifiés et des solutions mises en œuvre. « Améliorer le bien-être animal a d’ailleurs des répercussions positives sur l’éleveur et sur ses conseillers, notamment vétérinaire », pointe Pierre Kirsch, vétérinaire et président de l’association Happy Vet. La démarche Happy est un exemple concret de la prise en compte du bien-être en élevage bovin. Elle s’appuie sur l’évaluation de 170 critères autour des pratiques d’élevages actuelles. Suite à un audit gratuit réalisé en élevage, ce dernier est validé ou non conforme à la démarche Happy dont les objectifs sont multiples : créer de la valeur ajoutée pour tous (éleveurs-vétérinaires-consommateurs), informer le grand public pour redonner une image positive de l’élevage auprès de la société et inclure l’Homme dans la démarche pour être au carrefour de toutes les santés.

Parmi les évolutions notables des élevages laitiers figurent les robots de traite. Gwenn Guillou (analyste chez Cogedis) a montré dans sa présentation que les robots induisent sans surprise des surcoûts mais permettent également d’améliorer la productivité, que ce soit par vache laitière, par surface fourragère et par UTH. Les éleveurs équipés disposent également de beaucoup plus de données sur leur élevage qu’ils doivent prendre le temps de bien analyser et, ainsi, améliorer encore leur efficacité.

Du côté des pays producteurs, Christophe Perrot (Idele), qui a effectué un voyage d’étude en Nouvelle-Zélande, a montré toutes les forces mais également les faiblesses, notamment l’extrême dépendance aux exportations (95 % des ventes). Les deux îles ont connu une dynamique très différente avec, historiquement, des implantations plus anciennes dans le nord. Outre les particularités climatiques qui permettent d’assurer un élevage à l’herbe, la structure économique même des exploitations montre une forte capitalisation avec une séparation croissante entre les fonctions de « propriétaires » et de « chefs d’exploitation » ainsi qu’un fort turnover dans les trayeurs notamment.

Enfin, Benoit Rouyer du Cniel a pointé dans sa présentation les particularités de la filière laitière française avec, à la fois, le poids des filières qualité (10,3 % de la collecte en AOP, 0,9 % en IGP, 2,6 % en bio et 0,6 % en Produit de montagne) et la présence internationale, cinq groupes français se trouvant dans les 30 groupes laitiers mondiaux qui réalisent plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Avec 23,9 milliards de litres collectés en France l’an passé, l’Hexagone est encore loin des plus hauts rappelant qu’en 1984, avant les quotas, la collecte dépassait les 25 milliards de litres. Le nombre d’exploitations laitières livrant du lait a été divisé par cinq depuis 30 ans, la collecte moyenne ayant été multipliée par cinq durant la même période.

P. Caldier

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