Journée Aftaa Vaches laitières : les nouveautés Systali

La traditionnelle journée Vaches laitières de l’Aftaa est revenue cette année sur les fondamentaux en nutrition et élevage des troupeaux laitiers, notamment via le nouveau système d’alimentation de l’Inra. Organisée le 23 novembre à Paris, elle a été suivie par une centaine de participants.

Les systèmes d’alimentation doivent être régulièrement révisés afin d’intégrer les derniers résultats de recherches et répondre au mieux aux nouveaux besoins et défis des élevages. Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra, a ainsi profité de la journée Vaches laitières organisée par l’Aftaa le 23 novembre à Paris, pour présenter les dernières avancées du système d’alimentation des ruminants de l’Inra, baptisé Systali. Un travail de rénovation des tables et recommandations alimentaires commencé en 2010, à l’image des refontes majeures opérées en 1987 et 2007.

Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra, a présenté les nouveautés cystalgie dans la nutrition des vaches laitières.

Philippe Faverdin, directeur de recherche à l’Inra, a présenté les nouveautés cystalgie dans la nutrition des vaches laitières.

« La grande nouveauté concerne la valeur de la ration, explique Philippe Faverdin. Aujourd’hui, la ration n’est plus la somme pondérée des valeurs qui la constituent : on prend désormais en compte les différentes interactions, au niveau digestif (interactions entre aliments au sein de la ration), au niveau métabolique (interactions entre les différents apports nutritifs et les besoins des animaux) et différentes pratiques alimentaires. Ainsi, on constate parfois des écarts importants entre les valeurs des tables et les rations. » Ces travaux, qui ne remettent pas en cause le système utilisé jusqu’à présent, visent à appréhender la nutrition des ruminants de façon plus complète et plus précise. Il est également plus chiffré, mais aussi plus délicat à maîtriser.

Les principaux facteurs de variation des valeurs sont le niveau d’ingestion (NI), le pourcentage de concentré (PCO) et la disponibilité de l’azote dans le rumen (BalProRu). « PDIE et PDIN cèdent leur place à PDI et BalProRu ». Ainsi, en plus des valeurs UFL et PDI d’un aliment, « il faut également connaître les conditions dans lesquelles les valeurs alimentaires annoncées par les tables sont valables », c’est-à-dire disposer des valeurs NI, PCO et BalProRu correspondantes.

L’autre évolution majeure de Systali concerne la prédiction. « On faisait une recommandation en fonction d’un potentiel. Maintenant le modèle va indiquer une prédiction de production en fonction de la ration proposée et de l’apport en aliments concentrés. » Systali permet de passer du calcul de rations équilibrées à la simulation de rations. « Les impacts sur la production pourront être prévus et l’alimentation adaptée en fonction des périodes et de la stratégie de l’éleveur. » Ce qui permettra aussi, entre autres, de mieux prendre en compte certains indicateurs comme l’impact environnemental (méthane, azote, etc.) ou les flux de nutriments et les effets associés.

« Cela va permettre aux éleveurs et conseillers d’expliquer certaines situations où les animaux ne répondent pas comme prévu à la ration calculée selon les tables, certaines réponses des animaux qui jusqu’à présent ne paraissaient pas logiques. » Des possibilités d’optimisation des rations élargies et des possibilités nouvelles de simulation. « Dans tous les cas, les règles classiques de base de l’alimentation des animaux resteront : éviter les excès de concentré, les gros excès et les manques d’azote soluble, apporter des fourrages riches et appétents, connaître les valeurs UF, PDI et la composition des concentrés. »

Unités d’encombrement et taux de substitution

Les modèles d’ingestion-production des vaches laitières ont été totalement revus : « La capacité d’ingestion n’est plus indépendante de la ration ! Aujourd’hui, il s’agit d’un modèle U.E d’ingestion (la valeur Unités d’encombrement d’un aliment est une fonction inverse de son ingestibilité) sensible à l’alimentation protéique et aux conditions de pâturage. Les lois de réponse aux productions prennent en compte énergie et protéines et le taux de substitution du concentré intègre une régulation physique et métabolique. »

Philippe Faverdin s’est particulièrement attardé lors de sa présentation sur la question des aliments concentrés et la définition de leur valeur U.E. Cette dernière est variable : « Elle est fonction du taux de substitution fourrages/concentrés. Ce taux de substitution est lui-même fonction des apports de concentrés/besoins UFL potentiels. De plus, la frontière est parfois arbitraire entre fourrages et concentrés. L’effet d’encombrement est variable en raison de la variété des aliments concentrés (cellulose, amidon, broyage, etc.). Il est aussi fonction de son temps de séjour : pour les fourrages, l’ingestibilité mesurée est inversement liée au temps de séjour dans le rumen. On utilise des critères mesurables en laboratoire pour prévoir les ingestibilités. Pour les aliments concentrés, il n’y a pas de mesures d’ingestibilité, mais des mesures in sacco sont disponibles. Nous avons observé que ces valeurs d’encombrement calculées sur le temps de séjour à partir des données sachets sont très liées aux teneurs NDF des aliments concentrés. »

Dans les tables Inra, Philippe Faverdin souligne que « les valeurs d’encombrement des concentrés montrent une certaine continuité entre fourrages et concentrés, et varient entre 0,2 et 0,6 UEL. S’il y a une VE pour les concentrés dans les tables pour les vaches laitières, on ne peut aujourd’hui plus l’utiliser directement comme valeur d’encombrement des concentrés de la ration : il faut prendre en compte le taux de substitution pour la régulation énergétique. »

Systali revoit également les besoins en UFL et PDI des vaches laitières et les réponses productives des animaux aux apports UFL, PDI et AA (l’effet des équilibres en LysDi et MetDi sur le taux protéique par exemple). « Dans les systèmes précédents, les réponses étaient marginales et pas intégrées. Aujourd’hui, l’objectif est de faire directement le lien entre la ration et la réponse de production, une réponse fonction du type d’animal calée sur les écarts entre apports et besoins théoriques (liés aux productions et aux mobilisations potentielles) et un bilan protéique qui reflète surtout une variation d’efficience de l’utilisation des protéines via la réponse sur la sécrétion de matières protéiques. »

Une démarche qui présente des atouts : « Une prévision directe des productions avec une précision satisfaisante, des nouveaux développements possibles dans les calculs de rations et une définition possible de PLpot (bilans théoriques nuls quand efficience PDI = 0,67) ». Mais elle présente également des limites : « La réponse est sensible aux courbes potentielles (mais possibilité d’estimer le lait potentiel à partir d’une situation connue) dont les persistances pourraient être elles-mêmes sensibles aux niveaux d’alimentation (interaction potentiel x alimentation) et un biais possible sur les réponses taux protéiques (P-M, stade x régime). »

La publication d’un nouveau « livre rouge », Inra Feed Unit Systems for Ruminants, rassemblant l’explication de ces concepts et l’ensemble des équations disponibles (plus d’une centaine d’équations interdépendantes) est prévue pour la fin de l’année. Le logiciel Inration devrait quant à lui être mis à jour d’ici l’automne 2018. « Il permettra d’assurer la mise en cohérence de l’ensemble des phénomènes complexes de la digestion chez le ruminant. »

Ermeline Mouraud

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