Ifip : comment maîtriser les rejets de phosphore ?

Chaque matin du Space à Rennes, l’Ifip (Institut du porc) organisait une conférence sur une thématique précise, dont celle de la maîtrise des rejets de phosphore en élevage porcin, via notamment l’alimentation.

Lors de la matinée Chantal Gascuel, de l’Inra de Rennes, a commencé par rappeler les différentes caractéristiques du cycle du phosphore. À la fois terrestre et aquatique, ce cycle est relativement simple mais peut être modifié par les pratiques humaines. Les ressources minières en phosphore commencent à se raréfier ; les sols et les déchets pourraient donc eux-mêmes devenir des ressources de phosphore. Le système de transfert du phosphore est quant à lui plus compliqué : ressources variées, différences de comportement entre le phosphore stocké et le phosphore apporté… L’Inra et les Chambres d’agriculture de Bretagne ont d’ailleurs développé un outil de diagnostic, Territ’eau, pour estimer les risques de transfert du phosphore.

La maîtrise par l’alimentation

De gauche à droite : Pascal Levasseur (Ifip), Patrice Drillet (Cooperl Arc Atlantique), Chantal Gascuel (Inra Rennes), Didier Gaudré (Ifip) et Daniel Hanocq (Chambre d’agriculture de Bretagne).

Didier Gaudré, spécialiste de l’alimentation à l’Ifip, a ensuite exposé les possibilités de réduction de l’excrétion de phosphore par la voie alimentaire. La majeure partie du phosphore du porc, 80 %, est stockée dans ses os. Ce phosphore est principalement d’origine végétale et donc sous sa forme phytique, qui le rend peu disponible. Les ions phosphates ne seront libérés qu’après une hydrolyse réalisée par des phytases, dont l’utilisation a été généralisée depuis les normes Corpen 2003. Depuis 30 ans, les recommandations d’apport en phosphore ont énormément diminué car la maîtrise des apports en phosphore n’a pas qu’un intérêt écologique : « Après l’énergie et les acides aminés, le phosphore est le troisième élément de coût de la formule » rappelle Didier Gaudré.

Les porcs à l’engrais représentent deux tiers de l’excrétion de phosphore. Les travaux scientifiques ont permis de connaître avec de plus en plus de précision le besoin des porcs en phosphore, à chaque étape de la croissance. La principale difficulté réside dans l’ajustement des apports aux besoins. Par exemple, une alimentation multiphase permet de diminuer l’excrétion du phosphore de 5 à 6 % par rapport à une alimentation biphase. « Cela peut paraître peu mais c’est une option à utiliser », signale Didier Gaudré. En revanche, pendant le dernier tiers de la gestation, l’ajustement est plus compliqué car les risques de carence pendant l’allaitement rendent nécessaire une phase de reconstitution des réserves. Cependant, une alimentation triphase peut réduire de 8 % l’excrétion de phosphore par rapport à une alimentation biphase pendant la gestation.

Au plus près des besoins réels

Didier Gaudré insiste sur la distinction des besoins d’entretien des besoins de production, grâce à la méthode factorielle, afin d’estimer au mieux les besoins de l’élevage en fonction de ses performances spécifiques. Cette technique appliquée à la station Ifip a permis de diminuer les apports de phosphore pour les phases de croissance et de finition de, respectivement, 2,5 et 2 à 2,25 et 1,85 g/kg d’aliment (soit 10 % et 7,5 %). Cependant, cette recommandation ne prend pas compte la teneur en énergie de l’aliment ; l’Ifip travaille à la corriger et propose déjà deux recommandations plus précises pour la croissance et la finition de 0,21 à 0,23 et 0,17 à 0,19 g/MJ EN (Energie Nette). Par ailleurs, plusieurs essais réalisés par l’Ifip ne montrent aucune conséquence zootechnique visible dans le cas d’apports inférieurs de 10 % par rapport aux besoins estimés par la méthode factorielle.

Les capacités d’adaptation de l’organisme peuvent diminuer momentanément l’apport de phosphore. Une étude présentée lors des journées de la recherche porcine montre que, dans le cas d’une carence volontaire des animaux dans un premier temps (entre 25 à 50 kg) puis d’une alimentation correspondant aux besoins, il n’y a pas de conséquence visible. « Les animaux reconstituent très rapidement les réserves avant d’être abattus », explique Didier Gaudré. « L’excrétion peut ainsi être diminuée de 5,5 % sans conséquence sur la densité minérale osseuse. » En revanche, pour une carence s’étalant de 25 à 80 kg, l’étude montre une détérioration de la densité minérale osseuse.

 Emilie Auvray

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 652 – décembre 2011

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