Association EAPA : « Le plasma est un milieu hostile à la survie du virus de la DEP »

Les producteurs européens de produits hémodérivés (plasma déshydraté, hémoglobine déshydratée, farine de sang, de globine, etc.) sont réunis au sein de l’association EAPA (association européenne des protéines animales). Ils se sont retrouvés lors du Victam, le mois dernier à Cologne, et ont invité des scientifiques à faire le point sur le rôle du plasma atomisé dans l’épidémie de diarrhée épidémique porcine (DEP) qui inquiète le monde entier.

L’association des producteurs européens de protéines animales, EAPA, s’est réunie pendant le Victam. Ils sont une petite dizaine à produire des produits dérivés du sang, hémodérivés : plasma déshydraté atomisé, hémoglobine déshydratée, farine de sang ou de globine, etc.

Membres de l’EAPA et scientifiques se sont succédé à la tribune, à l’occasion du Victam, pour évoquer les risques et les intérêts de l’utilisation des produits hémodérivés dans l’alimentation des animaux.

Membres de l’EAPA et scientifiques se sont succédé à la tribune, à l’occasion du Victam, pour évoquer les risques et les intérêts de l’utilisation des produits hémodérivés dans l’alimentation des animaux.

« L’utilisation des hémodérivés issus de non-ruminants est autorisée en Europe dans l’alimentation des animaux d’élevage depuis 2005, conformément au règlement N° 1292/2005, rappelle le Dr Javier Polo, vice-président de la R&D chez APC, l’un des membres de l’EAPA. Depuis cette date, l’incorporation des produits hémodérivés, surtout du plasma atomisé mais aussi l’hémoglobine atomisée, connaît une croissance générale progressive en Europe. » Les fournisseurs soulignent les avantages techniques du plasma atomisé notamment sur les porcelets après sevrage : « Cette utilisation a représenté un important facteur de dynamisation du marché », reconnaît Javier Polo. Mais l’Europe n’a pas suivi comme un seul homme : « Le marché anglais a imposé des restrictions d’ordre commercial en exigeant l’absence de produits d’origine animale dans l’alimentation des animaux destinés à la consommation humaine, poursuit-il. Les pays exportant de la viande ou du poisson au Royaume-Uni ont donc dû s’adapter à ces cahiers des charges restrictifs et exclure de leur formulation les hémodérivés. Mais aujourd’hui à l’exception de cette situation particulière, tous les pays producteurs de viande en Europe sont des consommateurs croissants des hémodérivés. »

Plasma et DEP
La première partie du séminaire était consacrée à des présentations scientifiques pour faire le point sur la qualité sanitaire des produits dérivés du sang notamment leur rôle dans l’épidémie de diarrhée épidémique porcine apparue sur le continent Nord-Américain en 2013. Tanjia Opriessnig, vétérinaire responsable de la chaire des pathologies infectieuses à l’institut Roslin d’Edimbourg : « Le plasma a été soupçonné d’être le responsable de cette infection dès février 2014 par l’Agence canadienne de sécurité alimentaire, rappelle-t-elle. Mais des études complémentaires ont rapidement écarté cette source probable de contamination. De plus, alors que du plasma contenant du matériel génétique du virus de la DEP (déterminé par PCR positif) était exporté vers l’ouest du Canada, entre février et décembre 2013, et introduit dans l’alimentation de près de 4 millions de porcs, la maladie n’a jamais été déclarée dans ces État. Le plasma fabriqué au Canada à partir d’animaux contaminés n’a en outre jamais révélé la présence du virus. » À ce jour, seuls les États de l’est canadien (Manitoba, Ontario et île du Prince Edward) ont été affectés. Pour Tanjia Opriessnig, seul le contact entre animaux vivants et les mouvements d’animaux sont responsables de la diffusion de la diarrhée épidémique porcine. Elle a résumé une première étude démontrant que le sang n’est pas une source probable de contamination : dans cet essai, du plasma issu d’un animal malade avait été administré oralement à des animaux sains sans déclencher d’infection. Dans un deuxième temps, un animal sain a été sciemment infecté puis son plasma a été déshydraté selon les normes des fabricants. « Le procédé d’atomisation a été suffisant pour inactiver le virus et aucun des animaux ayant ensuite consommé le plasma dans leur alimentation n’a présenté de séroconversion. » « Ces travaux confirment les travaux précédents de Gerber et al. et Pujols et Segalés en 2014 », souligne Javier Polo.
Les observations menées sur cette étude montrent que les animaux infectés consommant du plasma atomisé présentent des symptômes de DEP moins sévères que les porcelets n’en recevant pas dans leur régime alimentaire : diarrhée moins sévère, lésions intestinales réduites, excrétion virale inférieure et infection opportuniste par E. Coli réduite.
L’équipe de Tanjia Opriessnig a aussi testé le statut sanitaire d’animaux consommant du plasma commercial contenant du matériel génétique du virus de la DEP (déterminé par PCR positif) pendant 28 jours. Sa conclusion est que « le plasma commercial contenant du matériel génétique du virus n’est pas contaminant même à des doses plus élevées et des durées de consommation plus longues que les situations réelles de terrain ».
De son côté, Galena Quist-Rybachuk, vétérinaire praticienne en Belgique, a souligné que l’analyse PCR ne suffit pas à démontrer l’infectivité du plasma. Seule la réplication virale (quantification d’ARN neuf ou visualisation d’infection en culture cellulaire in vitro ou bio essaie in vivo) permet d’en démontrer l’infectivité. « Le virus de la DEP est un virus peu résistant et facilement inactivé par les procédures industrielles, a-t-elle expliqué. Il peut être présent dans le produit final sous une forme non infectieuse. Une fois inoculé directement dans le sang d’animaux vivants ce virus ne reste infectieux qu’à peine quelques heures : le sang n’est clairement pas un environnement favorable au développement du virus. De plus, un pH alcalin, comme c’est le cas du plasma sanguin, augmente la sensibilité thermique du virus. Le plasma potentialise donc l’inactivation du virus de la DEP car il constitue un environnement hostile à sa survie. »

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Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 688 juillet-août 2015

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