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Ajouté le 25 août 2011 dans Aquaculture

Raniculture : naissance du premier élevage industriel de grenouilles

Après plus de 2 ans de travail, le premier élevage industriel français de grenouilles va débuter la commercialisation de sa production. Retour sur une expérience pionnière dans l’hexagone qui n’aurait pas pu voir le jour sans un aliment pour truite.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais 99 % de grenouilles consommées en France proviennent des pays de l’Est et du bassin méditerranéen (Égypte, Turquie…) pour les animaux vivants, ou d’Asie pour les cuisses congelées. Jusqu’à aujourd’hui, il n’existait pas dans l’Hexagone de système de production intensive de batraciens, et la pêche en milieu naturel n’est autorisée que pour la pêche de loisir, pour certaines espèces et soumise à quota.

L’équipe de l’élevage de grenouilles avec, de g. à dr. : Yannick Ramage, responsable de l'élevage, Madame et Monsieur François, les dirigeants fondateurs de l'élevage.

Mais c’est désormais chose révolue, puisque depuis maintenant deux ans, François Patrice, poissonnier dans la petite ville de Roanne, dans la Loire, s’est lancé dans la raniculture (aussi appelée ranaculture pour l’élevage des ranidés). Il a investi au total plus de 250 K€ pour créer le premier élevage industriel de grenouilles de France, en s’implantant à Pierrelatte, dans la Drôme. Le lieu d’implantation de l’élevage n’est pas dû au hasard. Non seulement, la situation géographique assure une météo clémente toute au long de l’année avec des températures douces et une hydrométrie convenable, mais en plus, l’élevage se situe à proximité directe d’une centrale nucléaire, ce qui lui permet de bénéficier d’un système de chauffage à moindre coût.

Jusqu’à maintenant la raniculture ne s’est pas développée en France à cause de trois problèmes majeurs. Le premier est l’importance du coût de chauffage des bassins (les grenouilles arrêtent de s’alimenter au-dessous de 18 °C, NDLR). Le deuxième problème est lié à l’alimentation des grenouilles, qui à l’état sauvage ne mangent que des proies vivantes et mobiles. Et enfin, le troisième frein est un taux de mortalité important dû à des tendances cannibales des animaux. Ces deux dernières problématiques ont pu être résolues grâce à une souche mise au point par André Neuveu, l’expert français de la raniculture à l’Inra de Rennes, aujourd’hui à la retraite. Cette souche accepte les aliments inertes et ses tendances cannibales en captivité sont réduites puisque les animaux s’alimentent normalement.

L’aliment donné aux grenouilles a été mis au point par la société Sarb Gheerbrant, dont le siège social est à Vannes (56). Celle-ci a utilisé un aliment en granulé pour truite, qu’elle a amélioré en fonction des besoins nutritionnels des grenouilles. Ces modifications sont pour l’instant tenues secrètes, mais l’éleveur François Patrice explique : « À certaines étapes de l’élevage, nous sommes obligés de modifier la granulométrie de l’aliment pour qu’il soit assimilable par les plus petits animaux. »

2 500 m2 sous serre

Les grenouilles atteignent leur maturité en moins de 2 ans.

L’élevage de grenouilles est calibré pour produire 10 tonnes de grenouille cette année. L’exploitation s’organise en plusieurs espaces. Le premier est consacré à la reproduction des grenouilles et abrite les reproducteurs et reproductrices. Ceux-ci ont été fournis par l’Inra de Rennes. L’éleveur reste très discret sur le montant qu’il a dû investir pour acquérir cette souche, mais donne volontiers ses principales caractéristiques. Parmi elles on compte : l’acceptation d’aliments inertes, un bon taux de reproduction, une faible tendance au cannibalisme et une croissance rapide (moins de 2 ans). L’espace des reproducteurs contient une quinzaine de bassins équipés d’une petite flaque d’eau. À la sortie de l’hibernation, ils passent en phase de reproduction durant 3 mois – durant cette période les grenouilles sont à jeun - puis en phase de récupération durant 3 mois où elles sont alimentées deux fois par jours pour régénérer leurs réserves de muscle et de graisse avant une nouvelle phase d’hibernation.

Le deuxième espace est consacré à l’élevage des œufs. Il s’agit d’une série d’aquariums alimentés en eau de manière permanente, dans lesquels sont placés les œufs fécondés. En 5 à 7 jours, les œufs éclosent pour donner naissance à des têtards.

... Retrouvez l'intégralité de l'article dans la RAA 648 - juillet/août 2011

Caroline Faquet

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