Aftaa vaches laitières : réviser l’utilisation des tables de l’Inra

La nutrition reste le paramètre essentiel de la performance de la production laitière. Toutefois les facteurs extérieurs interfèrent et peuvent remettre en cause les gains apportés par la recherche de perfectionnement. Un constat s’impose : la nutrition doit s’ouvrir sur d’autres champs disciplinaires pour continuer à progresser.

« Les tables de nutrition devraient permettre de mieux prendre en compte les différents modèles de production et ainsi mieux coller à l’élevage extensif », Daniel Sauvant, professeur à AgroParisTech.

« Les tables de nutrition devraient permettre de mieux prendre en compte les différents modèles de production et ainsi mieux coller à l’élevage extensif », Daniel Sauvant, professeur à AgroParisTech.

« Un aliment, une matière première n’a pas une valeur unique. Son apport, son bénéfice peut varier selon les paramètres de son utilisation, annonce François Meschy, modérateur des débats de la session Aftaa Vaches laitières. Cela change la façon d’utiliser les tables de nutrition. » Et de souligner : « Même s’il n’y a pas de révolution chaque année, ni même tous les cinq ans, il me semble que cette session participe à mettre en lumière un aspect novateur. »

 Les présentations entendues lors de cette session insistaient toutes sur l’obligation de faire entrer le discernement dans l’application des règles de la profession. L’abreuvement du bétail, tant en quantité qu’en qualité, l’intégration d’additifs, de levures et de bactéries, l’état de santé et la corpulence des animaux, peuvent également modifier l’effet de l’alimentation sur la production laitière. Les gains de productivité métaboliques sont par ailleurs à comparer avec les pratiques des élevages et les modèles économiques des productions laitières. Daniel Sauvant, professeur à l’AgroParisTech, anticipe ainsi sur la révision des systèmes d’unités d’alimentation, prévue pour la fin de l’année 2013, et annonce un « changement de logiciel de la nutrition ».

La session de formation de l’Aftaa a, en ce sens, contribué à préparer le terrain : les tables de nutrition ne seront plus des tables de la loi. Elles feront appel à plus d’interprétation et intégreront plus de variables et de paramètres. « Elles devraient également permettre de mieux prendre en compte les différents modèles de production et ainsi mieux coller à l’élevage extensif », remarque Daniel Sauvant.

Valeur à géométrie variable de l’aliment

Le professeur d’AgroParisTech a commenté le constat tiré de la base de données « Bovidig », qui analyse 2 500 expériences nationales et internationales publiées dans 500 publications. « Quand le niveau de production s’accroît, l’efficacité métabolique s’améliore mais l’efficacité digestive se dégrade », fait remarquer Daniel Sauvant. Autant dire que l’apport d’un kilo d’aliment n’a pas la même productivité chez une vache produisant 10 litres de lait par jour que chez une vache qui fournit 50 litres. « Un aliment n’a pas de valeur unique dans toutes les situations. » Comme pour une Formule 1, l’augmentation de la performance n’est pas proportionnelle à la consommation. Pour produire plus, une vache doit proportionnellement manger encore plus. Du coup on assiste à une altération des capacités du rumen à dégrader la matière sèche et notamment les fourrages. Ceci débouche sur un phénomène de saturation. Toutefois la relation varie selon la qualité du fourrage.

Si l’augmentation des apports d’aliments concentrés entraîne une augmentation de l’ingestion énergétique de l’animal, cela provoque une diminution de la digestibilité. Plus une vache produit de lait, moins la matière reste longtemps dans son rumen. La vitesse du transit s’accélère. Pour une production 10 litres de lait, une vache disposera de 1 h 10 minutes pour mastiquer un kilo de matière sèche (DMI) mais de seulement 20 minutes quand elle produit 40 l de lait par jour. Effet paradoxal, plus une vache produit, plus son rumen rétrécit. Ainsi la capacité du rumen passe de 95 litres de panse pour une vache produisant 10 l de lait par jour à seulement 60 litres pour une vache produisant 40 l de lait.

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 Plus d’attention portée à l’eau

Après le méthane, l’eau. Anne Boudon, chercheuse de l’Inra à Rennes (UMR 1 348), a rappelé au début de son exposé que si l’eau est essentielle à la vie animale en général et à la production laitière en particulier, et que le lait est constitué à 90 % d’eau, la prise en compte de l’abreuvement dans les performances de la production des vaches laitières est un sujet relativement méconnu. L’étude réalisée par l’unité Pégase aborde la question du point de vue de la consommation d’eau des élevages. Avec environ 60 m3 d’eau utilisée (dont 40 m3 pour l’abreuvement) par an et par vache laitière, le poste n’est pas négligeable dans le bilan économique de la production.

L’observation des consommations d’eau des élevages aboutit à s’interroger pour savoir si le besoin physiologique des vaches laitières est toujours satisfait dans la pratique et s’il n’existerait pas à ce niveau des marges de progrès significatives.

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La littérature indique que les besoins d’une vache laitière se situent autour de 140 litres par jour et que les besoins d’eau d’abreuvement avec une ration alimentaire standard se situent autour d’une centaine de litres d’eau. Des températures supérieures à 25° peuvent encore augmenter les volumes.

Mais même en dehors des périodes de fortes chaleurs, il n’est pas garanti que les besoins en eau des vaches laitières sont toujours parfaitement satisfaits dans les élevages. Les observations montrent en effet que cet aspect basique est parfois négligé par les éleveurs. L’eau est un facteur limitant fort mais insidieux. « Les éleveurs se demandent-ils si toutes leurs vaches ont le temps de boire à leur soif ? », interroge un participant. À raison de 5 à 10 litres à la minute, une vache laitière doit en effet disposer de 15 à 20 minutes par jour pour s’abreuver. Avec un troupeau de 100 vaches, cela représente un total de 24 heures par jour. Autant dire qu’il faut prévoir des points d’accès en nombre suffisant. « Il faut prendre également en considération le débit des abreuvoirs et notamment des bols à palette », renchérit un participant. Le diable est dans le détail. C’est vrai également en production laitière où des efforts d’optimisation de la nutrition peuvent être ruinés par des oublis de quelques règles fondamentales simples. Pour Anne Boudon, l’eau nécessiterait une plus grande attention de la part des professionnels. Les marges de progrès semblent significatives.

François Delaunay

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 662 – décembre 2012

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