Aftaa vaches laitières : la filière lait évolue

Les journée Ferenc Semptey ou journée vaches laitières de l’Aftaa, cinquièmes du nom, se tenaient en novembre dernier à Paris. Petite sélection des présentations, entre l’état des lieux des cessations laitières et l’évolution des systèmes d’alimentation.

Les principales modifications apportées par le système Systali concernent le calcul des apports, les valeurs des tables et l’évaluation des besoins et réponses.

Les principales modifications apportées par le système Systali concernent le calcul des apports, les valeurs des tables et l’évaluation des besoins et réponses.

« La réforme de la PAC, dont l’application débutera le 1er janvier 2015, conduit globalement vers une baisse des aides, introduit Olivier Perret, du centre de gestion et d’expertise comptable Cogedis. Les conséquences de la fin des quotas laitiers et de la mise en place des contrats sont globalement sous-estimées. » Dans un contexte économique où la filière lait est chahutée, les cessations laitières 3 à 5 % des exploitations laitières par an constituent une source de préoccupations. Le conférencier dénonce le « poids de l’administration publique qui donne une certaine inertie à l’évolution de l’exploitation » et un « pilotage économique des exploitations quasi inexistant ». Par ailleurs, « le progrès technique et génétique ne s’exprime pas totalement dans la réalité […] La crise du lait est d’abord une crise des charges avant d’être une crise du prix »

« Le défi pour l’avenir est de maintenir le volume de la ferme France. » De l’avis d’Olivier Perret, cela passe par une augmentation de la production de chaque ferme afin d’atteindre 450 000 litres par exploitation d’ici 2015, 800 000 litres en 2025 voire dépasser le million de litres par exploitation à l’horizon 2035. « Il faut viser une carrière VL à 30 000 litres soit 12 à 13 litres/jour de vie. » Pour atteindre ces niveaux, le gain de compétitivité nécessitera la saturation des outils de travail pour optimiser les structures (foncier, bâtiments, mécanisation) ainsi que l’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre et de l’efficacité alimentaire. Les investissements devront être aussi mieux réfléchis pour être plus rentables.

Par ailleurs, depuis deux décennies, un phénomène de déspécialisation déprécie le métier de l’éleveur qui devient de plus en plus un cultivateur. Cela se traduit par une croissance du foncier plus importante que celle du quota d’où une concurrence entre le végétal et l’animal ainsi qu’une augmentation des coûts de mécanisation. « Il y a une amélioration possible de l’efficacité économique du cœur de métier du laitier en particulier en optimisant les charges de structure, au premier rang des coûts de production, afin d’amortir l’outil de travail. » Le critère « lait produit/jour de vie » peut être utilisé comme indicateur de la capacité à rentabiliser les animaux selon Olivier Perret.

Schéma général du projet Systali.

Schéma général du projet Systali.

Projet Systali

Daniel Sauvant (AgroParisTech) a ensuite présenté le projet Systali, qui consiste à réviser les systèmes d’unités d’alimentation des ruminants. Cette évolution a été entamée en 2010 afin de suivre les progrès scientifiques, de gagner en exactitude et en précision (en particulier pour les régimes extrêmes), de prévoir les principales réponses « multicritères » aux pratiques alimentaires (efficacité, qualité des produits, rejets, bien-être…), de se rapprocher des expressions en flux de nutriments absorbés (PDI, AGV, gaz, glucose, AG…) et aussi d’être applicables dans les suds. « Avant nous regardions les besoins, et apportions ce qu’il fallait. Maintenant nous apportons une ration et nous prévoyions ce qui va s’exprimer ». Les principales modifications apportées concernent le calcul des apports, les valeurs des tables et l’évaluation des besoins et réponses.

Au niveau du calcul des apports, le rapport Rmic est remplacé par la balance protéique du rumen (BalProRu) qui fait le bilan entre le flux de protéines ingérés et le flux de protéines au niveau du duodénum. Ce critère permet d’évaluer le recyclage et la perte d’ammoniac et rétroagit ensuite sur d’autres aspects comme la digestibilité.

Les interactions digestives ont été affinées via le critère-pivot dMO (digestibilité de la matière organique) et des trois facteurs majeurs qui la modulent : le niveau d’ingestion (MSI % PV), la proportion de concentré (PCO) et la balance protéique du rumen (BalProRu). Ces facteurs interagissent dans le calcul de l’EM (Énergie Métabolisable) via la production de méthane et d’énergie urinaire. Ces corrections se traduisent par un écart moyen de 1,1UFL/j entre les systèmes Inra-2007 et Systali avec un maximum à 4 UFL/jour.

Meilleure prédiction

Au niveau de la dégradation des substrats, le taux de transit est désormais variable en fonction du taux de MS ingérée et de la proportion de concentrés. Le niveau de protéines et d’amidon by-pass est ainsi mieux estimé. Par ailleurs, pour mieux prédire le niveau des fermentations dans le rumen, la MOF « vraie » est calculée à partir de la MOD corrigée des interactions digestives précédemment citées et des fractions digestibles dans l’intestin (protéines, amidon, acides gras et parois végétales) auparavant prises en compte deux fois. Enfin, les facteurs de variation des synthèses microbiennes (MOF, BalProRu et la proportion de concentré) ont été affinés pour définir une nouvelle équation affine de la MA microbienne. « Les choses se compliquent mais deviennent plus précises » commente Daniel Sauvant…

Emilie Auvray

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 672 – décembre 2013

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