Elen Rondel, nutritionniste spécialiste enzyme au sein de la société Elanco

β-mannans : quels risques et quelles solutions ?

Facteurs anti-nutritionnels reconnus, les β-mannans représentent un risque pour le système immunitaire des animaux avec des conséquences sur les performances. Elen Rondel, nutritionniste spécialiste enzyme au sein de la société Elanco, nous a éclairés sur le sujet.

Elen Rondel, nutritionniste spécialiste enzyme au sein de la société Elanco

Elen Rondel, nutritionniste spécialiste enzyme au sein de la société Elanco

La Revue de l’alimentation animale : Que sont les β-mannans ?

Elen Rondel : Les β-mannans sont des molécules de la famille des polysaccharides non amylacés, contenus dans la fraction hémicellulose des matières premières. Chez les plantes, ces molécules présentent des fonctions physiologiques : elles permettent une rétention de l’eau permettant d’éviter la dessiccation complète de la graine qui altèrerait sa capacité de germination.

Le squelette des β-mannans est constitué d’une chaîne de molécules de mannose reliées entre elles par des liaisons β-1,4, ramifiées par des molécules de glucose et de galactose. Leur solubilité varie avec l’augmentation du nombre de molécules de galactose présentes sur le squelette mannose. Ces molécules sont classées comme anti-nutritionnelles.

RAA : Où les trouve-t-on majoritairement ?

E. R. : Bien que les β-mannans soient présents dans toutes les matières premières d’origine végétale, c’est leur degré de solubilité qui détermine lesquelles de ces matières premières présentent un risque pour les animaux. Les plus riches en β-mannans solubles, donc celles qui présentent le niveau de risque le plus élevé, sont majoritairement des sources de protéines.

Si les tourteaux de guar, de coprah et de palmiste sont les matières premières contenant la plus grande concentration, le soja (graine et tourteau) constitue un réservoir important de ces molécules. Le tourteau de soja 48 présente ainsi en moyenne un taux de 1,20 % de β-mannans, la fraction soluble représentant 1,10 %. Cela en fait donc la matière première présentant le niveau de risque le plus élevé dans les aliments conventionnellement utilisés en alimentation aviaire et porcine en France. Malgré leur faible concentration en β-mannans solubles, les céréales en restent une source non négligeable du fait de leur fort niveau d’incorporation dans les formules classiquement utilisées en volaille et en porc.

RAA : En quoi les β-mannans sont-ils des facteurs anti-nutritionnels ?

E. R. : Un important nombre d’articles scientifiques a mis en évidence les fonctions biologiques du mannose et son rôle clé dans l’activation de l’immunité. Les β-mannans apparaissent comme étant des molécules appelées PAMP (Pathogen associated molecular pattern, des molécules dont le motif est associé aux pathogènes), reconnues comme pathogènes, qui activent le système immunitaire inné via des récepteurs reconnaissant les motifs moléculaires. Le mannose en effet, présent sur la paroi de tous les types d’organismes pathogènes (bactéries, virus, parasites, etc.), constitue pour l’organisme le premier signe d’une infection.

En examinant les niveaux sériques de la protéine α1‐acide glycoprotéine (AGP – protéine inflammatoire marqueur de l’immunité), on observe l’activation de l’immunité innée lorsqu’on augmente la teneur en β-mannans dans la ration des animaux.

La présence de β-mannans dans les aliments induit donc une confusion du système immunitaire des animaux, qui déclenche une réaction innée et inappropriée, consommatrice de nutriments et notamment d’énergie.

RAA : À partir de quel niveau de β-mannans dans les aliments considère-t-on qu’ils présentent un risque ?

E. R. : On considère que les β-mannans présentent un risque dès lors que leur concentration dans l’aliment dépasse 0,20-0,25 %. Une très faible quantité de ces molécules suffit donc à impacter les performances des animaux. Compte tenu des teneurs en β-mannans contenues dans les matières premières conventionnellement utilisées en alimentation volaille, ceux-ci contiennent de 0,2 à 0,5 % de β-mannans selon le niveau protéique des formules. Les récepteurs de mannose se situent à l’intérieur des cellules épithéliales. De ce fait, même si la teneur diminue du démarrage à la finition, la dégradation de l’intégrité intestinale avec l’âge des animaux fait du risque β-mannans un risque constant tout au long de la vie d’un poulet standard.

Sur les aliments porc où les niveaux de soja sont moins élevés qu’en volaille, le risque se présente majoritairement sur les périodes de 2e âge et croissance.

C. Morice

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