Aquaculture : un marché en phase de stabilisation

Avec une production d’environ 120 000 t par an, l’alimentation aquacole représente une goutte d’eau dans le marché de l’alimentation animale, qui s’établit à 22 millions de tonnes. Une petite taille qui n’empêche pas la profession d’être structurée autour du SPPA. François Loubère, directeur général de Biomar et président du Syndicat Professionnel des Producteurs d’Aliments Aquacoles, fait un point sur la filière.

La Revue de l’Alimentation Animale : Que représente la filière d’aliments aquacoles en France ?

François Loubère : L’alimentation aquacole est une petite filière puisque nous produisons environ 120 000 tonnes d’aliments par an, dont 55 000 pour le marché français et le reste pour l’export. C’est vraiment peu par rapport au total des aliments pour animaux fabriqués en France, qui est de l’ordre de 22 millions de tonnes (1).

Néanmoins, depuis 2005, nous arrivons à stabiliser les volumes de production alors que, dans le début des années 2000, nous avons dû faire face à une véritable crise. En effet, nos clients ont été impactés par des conditions météorologiques très mauvaises en été (canicule) et des prix de marché en dessous des coûts de production, ce qui a provoqué de nombreuses fermetures d’élevage.

RAA : Comment se structure la filière ?

François Loubère : « Depuis 2005, nous arrivons à stabiliser les volumes de production. »

FL : Nous sommes trois fabricants principaux en France. Biomar et Skretting sont deux entreprises avec des profils de groupes internationaux et plusieurs usines. Chaque entreprise a deux usines dédiées à l’alimentation aquacole (2). Enfin, Le Gouessant, en Bretagne, est une coopérative qui fabrique de l’aliment, commercialise des productions animales et produit des céréales. L’alimentation aquacole n’est qu’une partie de son activité. Sur 6 usines du groupe, une seule est consacrée à l’alimentation aquacole. (…)

RAA : Quels sont vos facteurs de croissance ?

FL : Malheureusement, ils sont peu nombreux puisque la production d’aliments aquacoles est directement indexée sur la santé économique de l’aquaculture. En France, c’est une activité qui se développe peu du fait d’une réglementation lourde et contraignante et d’une méconnaissance de la profession. En effet, à chaque fois qu’un projet est lancé, on assiste à une levée de bouclier systématique de la part des pouvoirs publics et des riverains.

L’autre levier de croissance pour nos entreprises est l’exportation. En effet, la consommation mondiale de poisson ne cesse d’augmenter. Il y a donc des marchés à prendre à l’international.

RAA : La filière souffre-t-elle de l’augmentation du prix des matières premières ?

FL : Le prix des matières premières est la principale problématique de notre profession. Celles-ci représentent 80 % du prix final de l’aliment pour poisson et elles n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. La farine de poisson, par exemple, est passée de 800 €/tonne à 1 200 €/T en 4 ans. Nos entreprises ne peuvent pas absorber entièrement ces hausses de prix, nous sommes donc contraints de les répercuter sur le prix de nos produits et, malheureusement, cela ne fait que contribuer à la fragilité de la filière aquacole. Mais le niveau élevé de recherche dans notre métier nous permet de trouver des solutions de substitutions de matières premières et d’optimisation des formules qui contribuent largement à adoucir l’impact économique auprès de l’éleveur tout en préservant les performances d’élevage. (…)

RAA : Quels sont les enjeux de demain pour les producteurs d’aliments ?

FL : L’un des enjeux les plus importants est de pouvoir trouver des solutions à l’intégration des protéines animales de substitution comme les protéines animales transformées (PAT) afin de faire baisser le prix de l’aliment et d’améliorer son rendement. D’un point de vue réglementaire, nous avons la possibilité de le faire puisque depuis 2005, les farines animales sont autorisées dans l’alimentation des poissons. Hélas, les clients au bout de la chaîne comme les distributeurs – Carrefour, Auchan… – nous imposent des cahiers des charges plus stricts que la réglementation en vigueur. (…)

Enfin, dans cette même perspective, l’ensemble de la profession travaille sur la sélection génétique des animaux d’élevage.

RAA : La préservation des ressources naturelles est-elle une priorité pour les producteurs d’aliments aquacole ?

FL : Évidemment ! L’aliment distribué aux poissons d’élevage se compose entre 30 et 40 % de produits de poissons issus de la pêche minotière (20 à 25 % de farine de poisson et 10 à 15 % d’huile de poisson), le reste étant composé de végétaux, vitamines et minéraux.

Par exemple, pour produire 1 kg de truite portion, il faut compter 2,4 kg de poissons sauvages (issus de la pêche minotière) alors que dans le milieu naturel, un poisson carnassier devra consommer 5 à 10 kg de poissons-proies pour atteindre le même ratio.

La filière s’est fixé comme objectif à l’horizon 2020 d’atteindre 1 kg de truite portion produit pour 1 kg de poisson sauvage consommé. (…)

Propos recueillis par Caroline Faquet

 … Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 656 – Mai 2012

(1) D’après les chiffres du Snia, la production française d’aliments pour poisson s’élevait à 113 300 tonnes en 2011, en hausse de 1,73 % par rapport à 2010.

(2) SARB Gheerbrant représente également la filière aliment aquacole en France du groupe Evialis.

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