Protéines : même concurrencé, le soja demeure incontournable

Au cours de la dernière décennie, la France a reconquis des parts de sa dépendance protéique, plutôt davantage que d’autres pays européens. Marc Tartar, formulateur chez Inzo, a analysé les principaux éléments des marchés des matières premières riches en protéines à l’attention des formulateurs clients d’Inzo lors d’une journée organisée en mars dernier.

Un des éléments marquants de l’approvisionnement en protéines de la France au cours de la décennie écoulée est l’importante baisse de l’utilisation du soja : « Le tonnage incorporé dans l’alimentation animale, via les fabricants et en formulation à la ferme, a reculé de 1,3 million de tonnes en 6 ans », observe Marc Tartar, formulateur chez Inzo. Selon les données Oil Word, la consommation française de tourteau de soja est passée de 4,7 millions de tonnes en 2005 à 3,4 millions de tonnes en 2014.

Débarquement de soja au port de Sète en juin 2015.

Débarquement de soja au port de Sète en juin 2015.

Le niveau d’autonomie protéique de la France se situe ainsi aujourd’hui, selon les référentiels, entre 58 % (Céréopa) et 62 % (Onidiol). Les céréales contribuent pour moitié à cette autonomie. « Mais du point de vue de la qualité de la protéine, les céréales sont de mauvais pourvoyeurs de lysine qui demeure un pivot en formulation. Les protéagineux sont de bons pourvoyeurs, mais leur niveau d’incorporation a considérablement régressé au cours des 15 dernières années. Le colza n’a pas de réels points faibles en termes de ratio d’acides aminés, contrairement au tournesol qui est faible en lysine. »
La baisse d’incorporation du soja correspond d’abord à la montée en puissance du colza, dont l’utilisation est passée dans le même temps de 1,5 million de tonnes de tourteaux à 2,6 tonnes, et plus récemment à celle du tournesol, passée de 650 000 tonnes à 1,6 million de tonnes. Les tourteaux métropolitains, colza et tournesol, ont d’abord été utilisés en ruminants avant de concerner les monogastriques au cours des années plus récentes. « Les parts respectives des trois tourteaux majeurs dans la couverture protéique des fabrications françaises ont beaucoup bougé : le soja est ainsi passé de 69 % à 45 % entre 2005 et 2014, le colza de 22 % à 34 % et le tournesol de 9 % à 21 % », précise-t-il, toujours d’après les chiffres Oil World.
De fait, le soja a beaucoup diminué dans les formules : il a quasiment disparu des aliments de production pour ruminants, des régimes de finition en porc, surtout grâce au colza, et de l’engraissement des volailles label ; il a très fortement régressé dans les formules des porcs en croissance, dans celles des volailles label en démarrage et croissance, notamment grâce au colza et tournesol, et des régimes des pondeuses où il est largement remplacé par le tournesol hi-pro. Il résiste en ruminants où les fabricants peuvent se retrouver prisonniers d’une demande commerciale d’un équivalent soja à 45 % de protéine. « Dans ces conditions, même avec un certain taux d’urée, on peut difficilement s’affranchir du soja, admet Marc Tartar, mais cette demande se réduit ». Le soja reste également incontournable dans les aliments pour monogastriques, en particulier au stade jeune, du fait de ses atouts (équilibre en acides aminés dont lysine, digestibilités, valeur énergétique et au final, compétitivité prix), a fortiori pour les volailles intensives, et même label pour lesquelles le retrait du soja est techniquement possible, mais coûteux.

Oléoprotéagineux de France et d’ailleurs
L’incorporation grandissante de colza et tournesol correspond à une production plus intensive d’oléagineux en France et dans l’Union européenne. L’UE (à 28) représente 30 % de la production mondiale de colza et 21 % de la production mondiale de graines de tournesol. L’Europe a par ailleurs l’avantage de se trouver à proximité immédiate de la Russie et l’Ukraine qui représentent chacune 25 % de l’offre mondiale de graines de tournesol. « En France, c’est surtout le colza qui a été porteur de la croissance. Les capacités de triturations du colza ont été multipliées par 5 entre 2002 et 2009. Mais malgré une hausse de production locale, les tourteaux métropolitains ne suffisent toujours pas à couvrir les besoins en colza et tournesol de la France qui reste dépendante des importations en provenance d’Europe du Nord et pour les fabricants de l’Ouest, grâce au cabotage vers les ports bretons. »
Concernant le tournesol décortiqué, Marc Tartar estime que l’importation d’origine Mer noire a été le détonateur de l’utilisation de ce tourteau en France, dont la consommation a doublé dans une période récente. « D’un point de vue cotation, le tourteau standard de tournesol non décortiqué a trouvé sa position en tant que pourvoyeur de protéine et cellulose depuis 2-3 ans à une parité relative au soja autour de 0,45. Le tourteau décortiqué a pris sa place à un niveau moyen de 0,65 : les formulateurs disposent dorénavant de deux tourteaux de tournesol sur des territoires de formulation bien distincts. »
Les protéagineux locaux n’ont pas suivi la même tendance que les oléagineux. « À leur apogée, au début des années 1990, leur production a avoisiné les 4 millions de tonnes. Ils ont été massivement incorporés dans les formulations notamment le pois, intégré jusqu’à 2,6 millions de tonnes particulièrement en porc. En 2013, la production de protéagineux français ne représentait plus que 800 000 tonnes. Ils trouvent encore un débouché intéressant en nutrition animale, en aquaculture où hormis l’apport de protéine ils présentent un intérêt technologique. Mais leur utilisation s’est largement réorientée ailleurs : en amidonnerie pour le pois, vers le food (Égypte pour la féverole, marché Pakistan-Inde-Bengladesh malheureusement perdu pour le pois jaune français). Le levier volume/prix ne fonctionne plus du tout en faveur de la FAB, en particulier dans l’Ouest où se situe l’essentiel de la production porcine. »

L’arrivée des drèches

Déchargement de maïs.

Déchargement de maïs.

Au cours de la décennie écoulée, les drèches de distillerie (DDGS) se sont également imposées dans le panel de matières premières à disposition des formulateurs. D’abord de blé, apparues dès 1990, puis de maïs : « Mais c’est un secteur qui ne devrait plus se développer en Europe car il n’est pas porté par des volontés politiques, remarque Marc Tartar. On lui reproche d’avoir mobilisé des disponibilités en céréales. Dans les faits ce n’est pas le cas. On peut regretter que ces matières premières n’aient pas joué un rôle plus massif et plus marquant. Mais les gains qu’ils ont apportés sur les coûts de formules ne sont pas anodins, surtout sur des créneaux type volailles label ou pondeuse. » Le facteur limitant à leur utilisation est leur disponibilité, surtout sur le blé, notamment depuis la reconversion du site industriel de Lillebonne. Aujourd’hui leur faible niveau de disponibilité est pallié par des importations, pour le maïs principalement depuis le Benelux, pour le blé sur la frange Est de la France depuis l’Allemagne. « De plus en formulation, il faut faire attention à l’impact du process en particulier du séchage sur la qualité des drèches, notamment les taux de lysine résiduelle et les digestibilités. Pour cela, Inzo° introduit des descriptifs par site dans sa matrice. Enfin, les DDGS de maïs peuvent concentrer les mycotoxines à des niveaux excessifs qui sont un facteur limitant à leur incorporation. »

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Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 688 juillet-août 2015

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