François Jacques, secrétaire général d’Arvalis, à droite, a coupé le ruban en compagnie de Norbert Benamou, directeur général de l’institut. Au centre, Maria Vilariño, responsable de la station.

Nouvelle station expérimentale : Arvalis démultiplie sa force de frappe

L’institut du végétal a rénové sa station d’expérimentation zootechnique. Les enjeux : bien-être animal et intégration du numérique. Les aliments évalués à Villerable (Loir-et-Cher) sont produits et analysés à Boigneville (Essonne).

François Jacques, secrétaire général d’Arvalis, à droite, a coupé le ruban en compagnie de Norbert Benamou, directeur général de l’institut. Au centre, Maria Vilariño, responsable de la station.

François Jacques, secrétaire général d’Arvalis, à droite, a coupé le ruban en compagnie de Norbert Benamou, directeur général de l’institut. Au centre, Maria Vilariño, responsable de la station.

Dédiée aux monogastriques, la station expérimentale Arvalis de Villerable (Loir-et-Cher) fut créée en 1975 pour travailler sur l’alimentation des porcs. 1990 marqua le passage aux outils de mesure de la digestibilité chez les porcs. En 2000, les outils permettant de travailler sur la digestibilité en volaille furent rapatriés de Boigneville (Essonne). En 2013, arriva la réglementation relative à l’expérimentation animale. « Cela nous a obligés à améliorer les conditions de logement des animaux, déclare Maria Vilariño, animatrice du pôle valorisation animale de l’institut du végétal et responsable de la station expérimentale villerablaise. D’où le passage à des hébergements collectifs quand c’est possible. Or un bilan de digestibilité nécessite des mesures individuelles. Pour résoudre cette équation, nous avons amélioré les conditions de logement individuel. » Ainsi, la surface des cages pour les coqs a été multipliée par quatre et atteint 1 m2. En outre, chaque cage est dotée d’un perchoir. De leur côté, les poulets passent plus de temps en collectif. Quant aux porcs, ils sont restés dans des logements individuels mais dont la surface a été portée à 4 m2, faisant bénéficier l’animal d’une certaine liberté de mouvement. « Mais quand on a besoin de le contraindre pour le bilan de digestibilité, la cage est fermée pendant trois à quatre jours. »

Des résultats statistiquement représentatifs

Le point de départ d’un essai de digestibilité, c’est un aliment proposé pour un animal. Maria Vilariño décrit la suite du processus : « Nous mesurons précisément ce que l’animal consomme et ce qu’il rejette (fèces ou fientes). Les aliments et les rejets partent au laboratoire pour des mesures de composition chimique : énergie, protéine, amidon, phosphore, etc. Avec ces mesures, on obtient la valeur nutritionnelle des matières premières ou des aliments. » Le schéma s’applique pour le coq, le poulet, le porc en croissance et le porcelet. À Villerable, Arvalis effectue également des mesures de performances individuelles avec peu d’aliment lorsque, par exemple, un client veut évaluer un nouveau produit. « Dans la mesure où nous sommes capables de faire des mesures individuelles, les résultats sont statistiquement représentatifs, même avec un petit nombre d’animaux. » L’intégration du numérique permettra de faire des mesures individuelles dans un cadre collectif : les loges des porcelets seront dotées d’un système de mesure automatique, développé avec Asserva, de la quantité d’aliment consommée avec une précision de 0,5 à 1 g ainsi que d’un système d’évaluation de la consommation individuelle d’eau. Des puces RFID permettent d’identifier chaque animal. Concernant le poulet, la démarche est similaire mais plus compliquée à mettre en œuvre pour des animaux dont la consommation est moindre et avec une précision de 0,03 g, soit le poids d’un granulé. « Nous avons une réflexion sur les parquets afin de les adapter à la croissance des animaux, indique la responsable de la station. À terme, on pourra collecter des fientes afin d’évaluer la digestibilité au moyen de prédictions par proche infrarouge (NDLR : en lien avec le pôle analytique de l’institut). Les mesures de la valeur nutritionnelle des matières premières que nous réalisons servent aux formulateurs pour actualiser leurs références et élaborer leurs formules d’aliments. » Précisons que tout ce que produit la station est communiqué à la filière via diverses publications, dont News@lim, lettre électronique diffusée à plus de sept cents abonnés à raison de quatre numéros par an.

La salle dédiée aux porcs : ceux-ci sont restés dans des logements individuels mais dont la surface a été portée à 4 m2. (Crédit photo : M. Lenartowski)

La salle dédiée aux porcs : ceux-ci sont restés dans des logements individuels mais dont la surface a été portée à 4 m2.
(Crédit photo : M. Lenartowski)

La quantité d’aliment consommée

« Nous avons des protocoles très variés », déclare Maria Vilariño. Exemple : évaluer les effets d’un aliment contaminé par des mycotoxines sur la performance du porcelet. « Et parfois, avec nos partenaires scientifiques, nous allons jusqu’à l’étude de résidus dans les tissus et les autres produits issus d’animaux. » En volaille, des travaux sur la digestibilité de l’amidon de céréales ainsi que ses effets sur la performance du poulet de chair sont conduits. Autre exemple : les interactions entre matières premières. « La plupart du temps, nous travaillons avec des partenaires : instituts techniques et Inra. Nous réalisons également des analyses sous contrats pour des clients qui nous demandent une expertise sur ces sujets. » L’ingénieur poursuit : « Dans le cadre d’un essai de digestibilité, nous effectuons les premières analyses chimiques de matière première pour formuler les aliments expérimentaux. Ensuite, nous organisons l’essai : les coqs sont sur place. Pour les poulets, nous nous fournissons auprès du couvoir. Quant aux porcelets, nous faisons appel à un éleveur. Ensuite, l’expérimentation débute. Plusieurs groupes d’animaux consomment les différents aliments expérimentaux. Après une période d’adaptation à l’aliment, nous entrons dans une phase de bilan : nous mesurons précisément la quantité d’aliment consommée et nous collectons les excrétas produits suite à la consommation de cet aliment. Ceux-ci sont homogénéisés, congelés puis lyophilisés. Ensuite, les échantillons d’aliments et d’excrétas sont envoyés au pôle analytique, qui mesure leur composition chimique. Lorsque les résultats reviennent, les ingénieurs procèdent aux calculs permettant d’avoir des valeurs de digestibilité ainsi qu’à des analyses statistiques puis ils rédigent un compte rendu de l’essai en vue d’une publication. »

Des calibrations proche infrarouge

Dans le Loir-et-Cher, Arvalis effectue également des essais de digestibilité iléale sur les porcs. Ces derniers subissent une intervention chirurgicale effectuée sur place par du personnel agréé. Objectif : mesurer la digestibilité des acides aminés en évitant le transit des aliments par le gros intestin, ce qui fausserait les résultats. Par ailleurs, pour le poulet, l’institut du végétal a développé des calibrations proche infrarouge de la composition des fientes (énergie, protéines et amidon). Objectif : obtenir des résultats plus rapides et moins coûteux. La responsable de la station conclut : « Avec cette technique, Arvalis est en train de valider des calibrations pour prédire directement la digestibilité des nutriments : un moyen de faire beaucoup plus de mesures, y compris de transition alimentaire. » À terme, cette méthode pourrait être utilisée en conditions d’élevage.

Gilles Hardy

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