Eurotier 2012 : toujours plus grand

En battant ses records de participation, le salon Eurotier qui s’est tenu à Hanovre en Allemagne, du 12 au 16 novembre dernier, était une fois encore le grand rendez-vous mondial de l’élevage.

Dès les premières heures du matin, les visiteurs affluent au salon

Les chiffres donnent le tournis : 2 445 exposants de 51 pays (soit + 25 % par rapport à 2010), un total de 160 000 visiteurs dont 38 000 de l’étranger, une surface d’exposition de plus de 25 ha, soit une hausse nette de plus de 30 % et une hausse de 40 % des exposants venus de l’étranger. Ces derniers, au nombre de 1 151, viennent des Pays-Bas (197), de France (135), de Chine (97), d’Italie (94), du Danemark (86), de Grande-Bretagne (72), d’Espagne (68), de Belgique (57) et d’Autriche (51). « Il est frappant de constater que pratiquement tous les pays affichent une nette augmentation de participation », note la DLG, l’organisateur du salon, qui estime que les entreprises utilisent Eurotier comme plateforme leur permettant d’acquérir de nouveaux marchés. Au-delà des stands des exposants, l’une des forces du salon est l’organisation de multiples lieux de rencontres permettant aux professionnels d’échanger et de s’informer. Des forums et des colloques ont lieu, pour chaque espèce, dans les halls qui leur sont dédiés (aquaculture, volailles, bovins, porcs), sans oublier plusieurs conférences internationales, faisant le point sur les investissements en Europe de l’Est, en Ukraine, au Kazakhstan, et pour la première fois cette année dans les Balkans (Croatie et Serbie).

Feed Gallery

La Feed Gallery, un espace de mise en scène des matières premières utilisées en alimentation animale.

Le secteur de l’alimentation animale couvrait plusieurs halls d’exposition (halls 14/15, 16 et 17), avec comme nouveauté cette année la présentation d’un stand dénommé « Feed Gallery ». « L’alimentation intervient dans 60 à 70 % du coût des productions animales », rappelle la DLG qui propose cette année aux visiteurs de découvrir, pour la première fois, la grande variété des matières premières utilisées par l’industrie de l’alimentation animale. La plupart des 600 ingrédients listés dans la législation européenne était présentée par grandes familles : fourrages, matières premières issues de céréales (telles brisures et son de riz, farine de pain, farine de biscuits…), coproduits de fermentation et de distillation (germes de malt, pulpe de carotte…), nouvelles matières premières (algues, parois de levures…), légumineuses à graines et leurs issus de traitement (pois, lupin doux entier ou expandé…), tubercules et plantes à racines et leurs coproduits (betteraves à sucre, vinasse, mélasse…), oléagineux et leurs dérivés (graines de tournesol entières, déshuilées ou expellées…), substances minérales (sulfate de calcium, phosphate de magnésium, oxyde de magnésium, ), matières premières d’origine animale (plasma sanguin de porc, coquille d’œuf séchée, graisse animale, …). Au-delà des matières premières présentées par échantillons, la Feed Gallery apportait des informations sur l’approvisionnement et la sécurité des aliments en Europe, sans oublier un mini atelier de traitement hydrothermique de l’aliment avec un extrudeur de la firme Kahl. « L’aliment contribue à environ 70 % de l’empreinte carbone des productions animales telles que le porc et la volaille », commente la DLG, qui estime que la recherche d’une alimentation plus efficace permettrait de réduire les gaz à effet de serre et constitue un sujet fort d’actualité pour les années à venir au sein des filières animales européennes.

Lauréats

Sur le plan des innovations, l’édition 2012 d’Eurotier enregistre un nouveau record avec 300 innovations présentées par 182 exposants de 23 pays, et ceci dans 14 secteurs. Sur ce total, un jury a décerné 5 médailles d’or et 21 d’argent. Sur les 21 médailles d’argent, deux concernent le secteur de l’alimentation animale et ont été remportées respectivement par une société allemande et danoise.

La société Dr Eckel GmbH, fournisseur international d’additifs basé à Niederzissen, s’est vu décerner une médaille d’argent pour son Anta®Phyt BLT (Broiler Layer Turkey) développé spécifiquement pour le secteur de la volaille. Cette innovation est une combinaison totalement inédite de substances végétales naturelles riches en polyphénols, d’huiles essentielles et de substances actives à effet prébiotique. Anta®Phyt BLT a été développé sous recherche scientifique appliquée et aurait un impact sur le développement de germes indésirables. Son utilisation vise ainsi à réduire l’emploi de médicaments antibiotiques. La gamme Anta®Phyt n’est pas seulement orientée vers le domaine de la volaille ; elle trouve aussi des applications en porcs et en bovins (Anta®Phyt MO a été pensé pour être utilisé aussi bien en porcs qu’en volailles et Anta®Phyt RU pour les ruminants). Ce projet a été soutenu par le ministère fédéral de l’économie et de la technologie. Des produits de la gamme ont déjà été distingués cette année en Asie (Victam Asia de Bangkok).

De gauche à droite : Joaquim Brufau (membre du comité scientifique EPA, IRTA), Eric Auclair (trésorier EPA, Lesaffre Feed Additives), Peter De Schryver recevant son prix, et Laurent Dussert (président de l’EPA, Lallemand Animal Nutrition).

La firme danoise European Protein AS, spécialisée dans la production d’ingrédients fermentés puis séchés, a également décroché à Hanovre une médaille d’argent pour sa « Designer protein » (« Protéine à la carte »). Une méthode qui permet de créer une protéine révolutionnaire 100 % dépourvue d’OGM. La clé de cette innovation, qui permet de proposer à chaque éleveur une protéine répondant à ses besoins, est une usine implantée près de Vjle au Danemark. « Nous avons investi 5 millions d’euros dans cette usine qui vient d’être inaugurée et qui permet de mélanger à la carte toutes sortes de protéines animales ou végétales, avant de leur faire subir un process de fermentation », explique sur son stand Jens Legarth, le directeur de European Protein. Le process de fermentation utilisé dégrade au moins 80 % des facteurs anti-nutritionnels, avec comme résultat une amélioration de 15 % de la richesse en protéine du mélange. Des essais réalisés en 2011, à partir d’un mélange fermenté comportant notamment des algues et de la farine de colza, ont abouti à des résultats significatifs chez des producteurs danois de porcelets. « Nous sommes en mesure de créer n’importe quel profil en acides aminés et notre process utilise des bactéries lactiques dont on connaît les effets bénéfiques sur la santé de l’intestin », ajoute le directeur danois qui table sur une production de 200 000 t de protéines à la carte d’ici deux ans.

Deuxième séminaire volailles Rettenmaier

La firme allemande J. Rettenmaier & Söhne (JRS) a profité d’Eurotier pour organiser le 14 novembre son deuxième séminaire volailles sur le thème « Concentrés de fibres brutes insolubles : une nouvelle approche de performance, de santé et de qualité de la litière ». Dans sa présentation, Stephan Rettenmaier, vice-président de la société, a rappelé que son entreprise familiale, démarrée en 1878, comptait à ce jour plus de 1 800 salariés, 21 usines de production (en Europe, USA, Inde et Mexique) et trois centres de recherche (en Allemagne, USA et Inde). Les fibres organiques de qualité se situent au cœur de l’activité de la société qui ne compte pas moins de 12 divisions, dont une en nutrition animale et une autre en petfood.

Dans une première intervention, le Pr Mohamed Hafez (Free University of Berlin, Head of the Institute of Poultry Diseases) a rappelé l’incidence néfaste d’une litière de mauvaise qualité sur la santé des volailles. Puis le Dr Sanna Steenfeldt, de l’université d’Aarhus, au Danemark, s’est intéressée à l’effet de rations riches en fibres sur l’intestin, le comportement et la productivité de reproducteurs volailles.

Les résultats de deux expérimentations mettent en évidence que les rations riches en fibres réduisent les comportements stéréotypiques et améliorent le bien-être des animaux. « Nos résultats montrent qu’il faut trouver un bon équilibre entre les fibres solubles et les fibres insolubles dans la ration », ajoute la conférencière. Puis le Pr Mohamad Farran, de l’université américaine de Beyrut, s’est intéressé aux effets de l’Arbocel® (concentré contenant 70 % de fibres brutes cellulose, hémicellulose et lignine) sur la qualité des litières, la digestibilité des rations et les performances des poulets de chair. Les conclusions de ces essais menés sur des poulets de chair montrent qu’Arbocel® réduit de 10 % l’humidité des litières, tout en améliorant de 6 % la digestibilité des protéines ainsi que le rendement des carcasses. « L’originalité de cette nouvelle étude, faite en collaboration avec le Pr Farran, est d’étudier l’impact de l’Arbocel® sur la digestibilité de chaque acide aminé chez le poulet », note Thibaud Chabrillat, responsable Marchés Feed et Petfood pour Rettenmaieer France.

Dans sa conclusion finale, le Dr Manfred Pietsch, JRS Business Unit Manager Animal Nutrition, a fait une synthèse des interventions et rappelé le mode d’action d’Arbocel®. La lignocellulose dans la formulation augmente la taille du gésier, d’où un temps de rétention plus long et une meilleure interaction enzymes-substrat. D’autre part, d’autres essais réalisés au Mexique ont mis en évidence des villosités intestinales plus longues, offrant donc plus de surface d’absorption à l’origine d’une meilleure digestibilité.

Philippe Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 662 – décembre 2012

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