Trituration de soja bio : une nouvelle usine en Anjou

Fruit d’un partenariat entre le groupe Nutriciab et la CAPL (Coopérative agricole des Pays de la Loire), un nouveau site de trituration de graines de soja bio vient de démarrer en Anjou, à Ambillou-Château. Baptisé Soleil de Loire, il compte, en 2018, produire 6 000 tonnes de tourteaux destinés à Aliments Mercier (1).

Démarrée en septembre 2017, l’usine monte en puissance pour triturer 6 000 tonnes de graines de soja en 2018.

Démarrée en septembre 2017, l’usine monte en puissance pour triturer 6 000 tonnes de graines de soja en 2018.

Tout est allé très vite. Fin 2016, une huilerie de colza et tournesol créée en 2010 par des agriculteurs conventionnels en Cuma arrête son activité, en quête de repreneurs. Soucieuse de pérenniser ce site, la CAPL se tourne vers Nutriciab (coopérative interdépartementale des aviculteurs du bocage). L’une des filiales de ce groupe basé en Vendée, Aliments Mercier, fabricant d’aliments pour bétail dédié à la bio depuis 2012, cherche à relocaliser son approvisionnement en tourteaux de soja bio français. Un partenariat se noue, basé sur une confiance réciproque.

Une filière cohérente

« Nous œuvrons pour construire une filière cohérente, et la pérenniser, explique Pascal Pageard, directeur général de Nutriciab. Ainsi, nous répondons aux nouvelles filières imposant des matières premières françaises en alimentation animale, comme Biocoop ou Biolait. » Le tourteau de soja bio et français étant encore rare (2), Nutriciab choisit, pour relever ce défi, de créer sa propre unité de trituration dédiée. Malgré les 160 kilomètres le séparant de l’usine d’aliments de Beaulieu-sous-la-Roche en Vendée, le site angevin est racheté début 2017. Il est réaménagé dans la foulée pour être opérationnel dès septembre 2017. L’investissement total est de 2,5 millions d’euros, « financé hélas sans aucune subvention, en raison de la rapidité de nos délais », pointe Pascal Pageard, lors de l’inauguration le 6 décembre. Le capital est partagé entre Nutriciab (51 %) et la CAPL (49 %).

Outil performant dédié

Entièrement automatisée, capable de fonctionner en continu toute l’année, même à distance via un smartphone, l’installation peut stocker pour l’instant 2 000 tonnes de graines bios et conversion 2e année. Elle en chauffe une tonne par heure entre 90 et 120 °C « pour éliminer les facteurs antinutritionnels et faire baisser l’humidité à 4-5 % », explique Alexandra Métivier, responsable du site. Les graines sont ensuite broyées, le tourteau refroidi. Deux cents tonnes de plaquettes peuvent être stockées à plat avant d’être livrées au fabricant. Une partie de l’huile filtrée est utilisée aussi dans l’aliment, et d’autres débouchés, comme la cosmétique, sont à l’étude. « La filière est sécurisée, et la traçabilité garantie entre le bio français, celui importé et le C2, insiste Jean-François Sauvêtre, directeur de production des trois sites Aliments Mercier, Soleil de Loire et Arrivé. Malgré l’impact sur les coûts de production, notre choix de dédier les sites à la bio renforce notre crédibilité, pour une filière bio durable. »

Jean-François Sauvêtre, directeur de production des trois sites Aliments Mercier, Soleil de Loire et Arrivé de Nutriciab, Patrick Pageard, directeur général de Nutriciab et Patrick Bremaud, directeur général adjoint de la CAPL.

Jean-François Sauvêtre, directeur de production des trois sites Aliments Mercier, Soleil de Loire et Arrivé de Nutriciab, Patrick Pageard, directeur général de Nutriciab et Patrick Bremaud, directeur général adjoint de la CAPL.

Traçabilité renforcée

Pour l’instant, le soja provient pour un tiers de France, notamment du Sud-Ouest et pour deux tiers du Togo. « L’objectif est d’arriver à un approvisionnement français en totalité, mais cela va prendre du temps, précise Patrick Pageard. La filière animale consomme plus de 60 000 tonnes de tourteaux de soja, et la production nationale actuelle n’est que de 16 000 tonnes. » Les procédures mises en place dans l’usine garantissent les origines de graines françaises imposées par Biocoop et aussi Biolait. « Nous appliquons un plan d’échantillonnage précis sur chaque camion, avec trois prélèvements conservés six mois, précise Alexandra Métivier. Chaque lot est traçable et contrôlable. »

La CAPL planche sur le déploiement de la culture de soja bio en Poitou-Charentes et en Pays de la Loire : « Nous avons mobilisé les semenciers sur des variétés très précoces, car les triples 0 ne le sont pas assez, précise Patrick Bremaud, directeur général adjoint de la CAPL. On espère bénéficier d’une génétique adaptée dans quatre ou cinq ans. Il faudra aussi assurer l’irrigation. » Pour subvenir aux besoins actuels, il mise sur 3 000 hectares. « En attendant, pour sécuriser notre filière, nous passons des contrats de trois ans sur des volumes avec des fournisseurs fiables pour des graines de qualité. »

Besoins en forte croissance

Aliments Mercier incorporent 20 % de tourteaux de soja entre 44 et 45 % de protéines dans ses formules pour volailles. « Il nous en faut 5 000 tonnes par an, précise son directeur général Pascal Pageard. Et nos besoins explosent, car ce produit est incontournable pour ses acides aminés. Il en va des qualités nutritionnelles et des indices de croissance. » En 2017, le fabricant produit 27 000 tonnes d’aliments, il en prévoit 30 000 tonnes en 2018, dont la moitié pour les volailles (en majorité de chair), le reste pour les ruminants et le porc. Il fournit 80 éleveurs, une quarantaine réunis dans le groupement VBO, Volailles bio de l’Ouest (voir la revue Biofil 114). Les 20 000 volailles bio sorties par semaine sont transformées à l’abattoir Elie Freslon : « Nous collaborons étroitement avec Franck Bardet, responsable des productions animales chez Biocoop, réseau qui concentre un quart de nos débouchés, le reste part en majorité en réseaux spécialisés. »

Pour répondre à la croissance bio, la capacité de l’usine pourra être doublée : l’installation d’une seconde ligne est d’ores et déjà prévue. « Nous envisageons d’investir 4 à 5 millions d’euros d’ici trois ans, confie le directeur général. Et plus aussi, car nous avons beaucoup de projets pour la bio. »

Christine Rivry-Fournier

(1) Article paru dans la revue Biofil N° 115, janvier-février 2018.

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