L'usine Sanders de grâces, construite en 1963, est exclusivement dédiée, depuis septembre 2017, à la production d'aliments biologiques.

Sanders Bretagne, Alinat : une première usine d’aliments bio

Sanders a inauguré, le 15 juin, sa première unité bretonne de production d’aliments biologiques. La conversion de l’usine de Grâces, près de Guingamp, dans les Côtes-d’Armor, a demandé un investissement de 150 000 euros, pour une production estimée à 13 000 tonnes fin 2018.

L'usine Sanders de grâces, construite en 1963, est exclusivement dédiée, depuis septembre 2017, à la production d'aliments biologiques.

L’usine Sanders de grâces, construite en 1963, est exclusivement dédiée, depuis septembre 2017, à la production d’aliments biologiques.

Dans l’objectif de poursuivre le développement de sa filière biologique, portée par sa marque Alinat*, le groupe Sanders a investi 150 000 euros dans la conversion de son usine d’aliments conventionnels de Grâces, en périphérie de Guingamp. Une nouvelle étape marquant l’engagement du groupe dans les filières de production bio, après l’accord de partenariat de fabrication d’aliments biologiques avec les Établissements Aurouze pour les élevages de la moitié sud de la France en 2013, l’adaptation de l’usine Sanders Nord Est de Rethel dans les Ardennes en février 2017 et la trituration des graines de soja biologique par l’outil Sojalim dans le Sud Ouest en septembre 2017.

« Un changement majeur est en train de se passer, notre rôle est d’accompagner ce changement, de l’amont à l’aval », a souligné Marie Grimaldi, directrice générale du domaine nutrition et transformation animales du Groupe Avril, lors de l’inauguration officielle du site, le 15 juin. « Aujourd’hui, c’est un top départ en Bretagne, un nouveau marqueur d’innovation stratégique pour aller plus loin, plus haut et plus fort avec vous ! » Sanders a profité de l’événement pour dévoiler ses orientations pour « s’engager dans le développement des filières animales en agriculture bio dans la région Bretagne ». Autour de trois enjeux : la consommation bio, le lien au sol et l’accompagnement des éleveurs.

Ces derniers ont donné lieu, pendant l’inauguration, à trois tables rondes, réunissant Goulven Oillic (Initiative Bio en Bretagne), Cyril Melin (Sofiprotéol), Pierre-Arnaud Wacquez (Sanders), Julien Sauvée (Fédération régionale des agrobiologistes de Bretagne), Danièle Even (Chambre d’agriculture 22), Hugues Mongé (Sanders Bretagne), Antoine Person (Sanders Bretagne) et Pierrick Saliou (éleveur de poules pondeuses). Une matinée d’échanges qui a réuni plus de 150 personnes et qui s’est achevée par la visite de l’usine.

Risque de rupture

Si le process et les équipements sont restés les mêmes, la ré-attribution du site a nécessité de revoir totalement les modes d’approvisionnement et le schéma de production. Près de vingt-cinq matières premières (bio et deuxième année de conversion) arrivent à l’usine, « ce qui est plus qu’avant », souligne Franck Jeanne, responsable du site. Et avec de nouvelles spécificités : « Certains tourteaux sont plus gras qu’en conventionnel par exemple. » Le cadre de référence des contrôles à réception est également différent. « Il faut vérifier et déchiffrer (mentions, logos) plus de documents, les refus sont moins anecdotiques (présence d’impuretés, insectes) et doivent être anticipés, comme les ressources sont limitées il y a un risque de rupture. Il faut envisager le processus d’achat différemment. »

Surtout pour avoir des céréales et des oléoprotéagineux bio sans recourir aux importations : « Un vrai défi ». D’où l’association de Sanders avec Sofiprotéol pour créer une filière sans OGM et française. « 3,65 millions d’euros ont été investis, qui doivent permettre à terme de fournir les usines françaises du groupe qui produiront de l’aliment bio (Rethel et Guingamp), indique Cyril Melin, représentant de Sofiprotéol. Ces investissements ambitionnent de répondre à une vraie demande des filières animales mais ils visent aussi à sécuriser totalement l’approvisionnement, notamment en assurant sur un plan qualitatif, la traçabilité des aliments. » Pour Hugues Mongé, directeur Sanders Ouest, il s’agit de « parvenir à construire une filière de production animale bio complète. Le développement du nombre d’éleveurs conduira au développement des productions végétales bio qui, lui-même, permettra de développer progressivement un maillage de collecte spécifique de céréales bio ».

Alinat compte aujourd’hui 32 fournisseurs de matières premières, « tous audités annuellement. Nous mettons l’accent depuis le début sur le sourcing et la sécurisation de nos matières premières biologiques », souligne Sophie Thouénon, directrice des filières biologiques. « L’usine ne gère pas ses approvisionnements », précise Franck Jeanne. En plus d’un service achat dédié, Sanders a fait appel à Thierry Aurouze, dirigeant des établissements éponymes. « Ils m’ont demandé de l’aide dans le cadre des achats de certaines matières premières. Je suis acheteur pour compte », explique ce dernier.

La ré-attribution du site a nécessité de revoir totalement les modes d'approvisionnement. Le nombre de matières premières réceptionnées a également augmenté.

La ré-attribution du site a nécessité de revoir totalement les modes d’approvisionnement. Le nombre de matières premières réceptionnées a également augmenté.

120 000 tonnes de capacité potentielle

La production d’aliment conventionnel à Grâces a été stoppée en juillet 2017. Après un mois et demi de nettoyage, l’outil de production a été modernisé, avec une chaudière basse pression, une station de remplissage de big-bag (contenance d’une tonne). Des travaux de maintenance ont été réalisés sur l’ensemble de l’usine et le site a été adapté à la production d’aliments toutes espèces (lire encadré p. XX). La production a repris mi-septembre 2017 (mais l’usine a été officiellement inaugurée en juin 2018). Elle affiche 250 tonnes d’aliments par semaine, soit 13 000 tonnes annuelles. « À pleine capacité, elle pourrait aller jusqu’à 120 000 t, indique Franck Jeanne. En conventionnel, on était à 90 000 t. Par rapport à Allègres-lès-Fumades et Rethel, nous avons ici la plus grande capacité potentielle. »

L’usine fabrique de l’aliment ponte, ruminant, porc et volaille de chair. « C’est un outil indispensable pour appuyer notre développement en productions biologiques sur l’ensemble des espèces animales », souligne Hugues Mongé. Aujourd’hui, 90 % de sa production est destinée aux poules pondeuses. « Pour appuyer le développement de la production d’œufs biologiques », précise le directeur de Sanders Bretagne. Elle compte 82 formules sous cahier des charges de l’agriculture biologique et fournit pour le moment les 100 éleveurs Alinat de la région Grand Ouest, soit un tiers du portefeuille client. Le site fonctionne avec quatre personnes, « un responsable adjoint et trois agents de production », contre une douzaine de salariés auparavant. « La production est beaucoup plus simple, explique Franck Jeanne. Il y a moins de contraintes, pas de risque de contamination par exemple, on peut donc enchaîner les lots. Les transferts interlot doivent être inférieurs à 3 %, nous sommes entre 0,5 et 0,23 % aujourd’hui. »

Ermeline Mouraud

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